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Madagascar
Ensemble de nos réflexions sur le document
"LE FIL CONDUCTEUR DE NOS TRAVAUX"
Méthode de travail :
-Lecture collective et premier échange lors de notre réunion
du 08 Février 2003,
-Lecture individuelle,
-Regroupement des membres actifs au Centre CEMEAM d’Ankadikely Ilafy
les 21 et 22 Mars 2003.
Constat :
Nous constatons, et nous en sommes fiers, que les 4 idées forces
qui sous-tendent notre action n’ont rien perdu de leur actualité
à l’époque de la mondialisation, et pour notre pays
en particulier, elles s’affirment de plus en plus comme les pôles
d’orientation qui guident les différentes réformes
du système éducatif post-colonial. Ce constat est devenu
d’ailleurs la principale raison de notre motivation à militer
au sein des CEMEAM, tous nos membres actifs étant bénévoles,
et nos pratiques quotidiennes nous confortent chaque jour davantage dans
le bien-fondé de ces idées énoncées il y a
près d’un demi-siècle maintenant.
L’évolution générale de la politique éducationnelle,
et même de la politique tout court dans notre pays va dans le sens
de nos idées.
Les exclus :
Certes, il y a encore un long chemin à passer des intentions,
et même des discours et des textes officiels, à la réalité
: L’école que nous a léguée la colonisation
reste élitiste, et la déperdition scolaire est importante
:
Sur 100 élèves qui entrent en 11ème, 35 parviennent
en 7ème (40% pour les garçons et 30% pour les filles).
La distorsion entre la langue d’enseignement (l’adoption
du français comme telle est chaque fois la monnaie d’échange
de la reconnaissance des nouveaux pouvoirs par l’ancienne métropole)
et la langue de la vie quotidienne (le malgache) écarte systématiquement
les ruraux qui constituent près de 80% de la population : peu ou
pas de pratique du français en dehors des villes. La maîtrise
du français incite d’ailleurs de nombreux jeunes à
l’exode rural (Cf. extraits du séminaire "Civilisation
et culture" joints à nos réflexions).
C’est ce qui explique d’ailleurs l’engouement pour les
écoles privées, confessionnelles essentiellement, qui sont
plus présentes à la campagne que les écoles publiques,
car les enseignants y ont plus de liberté pour enseigner en malgache.
Mais même en ville, l’éducation des enfants en situation
difficile est la plupart du temps pris en charge par les ONG confessionnelles
(catholique surtout) qui laissent une place importante à l’éducation
spirituelle.
Le Taux de redoublement au niveau primaire est de 33,9% pour le public
et 17,4% pour le privé.
C’est notre idéal de Laïcité et la gratuité
de l’éducation qui sont remis en question.
Le phénomène d’exclusion est donc important (non scolarisation
et déscolarisation)
Que faisons-nous pour améliorer cette situation?
-Elargir le plus possible notre public : en effet, nos différentes
activités nous permettent d’être en contact quasi-permanent
avec diverses catégories de personnes : enfants en situation normale,
enfants des rues, enfants des écoles françaises, enseignants
de tous les niveaux, futurs cadres et cadres en place de l’Education
Nationale, animateurs, éducateurs et leaders de quartier, parents
d’élèves, etc…
-En général, nous réalisons nos formations et nos
centres de vacances en langue malgache.
Mais dans les sessions qui s’adressent à un public officiel
(formation des conseillers pédagogiques, des professeurs de collège
et des inspecteurs de l’enseignement ), pour ne pas faire fi des
textes, nous recourons au bilinguisme. Nous n’hésitons pas
d’ailleurs à pointer du doigt le problème et à
dénoncer la politique linguistique menée depuis la colonisation,
nous référant en cela aux travaux de l’UNESCO sur
l’importance de la langue maternelle comme langue d’éducation.
-Nous intervenons depuis 1986 dans les projets d’éducation
alternative qui visent les enfants, les jeunes et les populations en situation
difficile, en somme le public menacé de marginalisation en ville,
pour ne pas laisser aux seuls ONG confessionnels leur éducation.
Concernant le formel et le non-formel :
A notre point de vue, l’éducation formelle telle qu’elle
existe dans notre pays est sélective et diplômante. Le non-formel
est ouvert, et permet plus facilement la mise en pratique de nos idées,
mais il n’est pas diplômant, non lucratif.
Si au niveau des enfants, le non-formel est constitué essentiellement
par tout ce que nous appelons péri, para, post et extra-scolaire,
il convient à notre avis de mieux le généraliser,
mieux l’organiser, peut-être même le comptabiliser dans
le travail de l’éducateur et le valoriser dans le cursus
de formation de nos enfants.
Au niveau des adultes, le non-formel constitué essentiellement
par les loisirs doit également être organisé et vulgarisé.
Nous pourrions sans doute proposer une politique de gestion saine du temps
libéré.
Les NTIC permettent aussi à notre avis d’intégrer
une partie du non-formel à la vie familiale (importance de la vie
familiale dans l’éducation de l’enfant, et importance
de l’éducation des parents).
Tout être humain peut se développer et même se transformer
au cours de sa vie. Il en a le désir et les possibilités.
C’est surtout la deuxième partie de cette idée qui
a fait l’objet d’échanges importants dans notre association.
- Le désir de se développer peut-il être étouffé
? (complexe de l’assisté). Dans nos pratiques éducatives,
heureusement, c’est par ses activités personnelles, ou par
sa participation à des activités collectives que l’apprenant
acquiert des connaissances, des compétences, et enrichit ses ressources
personnelles. Nos pratiques sont tout le contraire de l’assistanat.
- Il arrive que les possibilités personnelles (appelons les internes)
soient méconnus et donc inexploitées.
D’où l’importance des activités variées
que nous organisons régulièrement dans nos stages autour
du thème « Connaissance de soi » (autoscopie, auto-évaluation,
grille de progression personnelle). Souvent nous avons constaté
des changements positifs de comportement à la suite de ce genre
d’activités.
- Pour ce qui est des possibilités externes permises par l’environnement,
toutes nos activités de découverte et d’étude
du milieu aident à en prendre conscience.
La personne est un tout.
Le contenu de l’enseignement, surtout au niveau du secondaire,
est encore en partie copié sur le modèle français,
avec les différentes disciplines littéraires et scientifiques
et une approche parcellaire des connaissances.
A la campagne, l’école constitue encore un monde différent
de celui de la vie : dès qu’on franchit le portail de l’école,
on change de comportement et de relation, on change de langue. Au lieu
d’aller chercher l’eau au puit ou à la rivière,
il suffit de tourner un robinet pour en avoir. Si à la maison on
s’éclaire encore le soir à la bougie ou avec une lampe
à pétrole, à l’école, il suffit d’appuyer
sur l’interrupteur.
Et ce monde de l’école qui offre un modèle de vie
facile et véhicule une autre culture, déracine les enfants
et les jeunes qui auront par la suite tendance à aller le retrouver
ailleurs (exode).
Que faisons-nous ?
-Dans les stages que nous organisons pour les enseignants, l’interdisciplinarité
et le travail d’équipe sont, non seulement encouragés,
mais vécus dans le quotidien et dans la pratique des activités.
L’exemple de l’équipe des formateurs leur permet de
constater que ce n’est pas une utopie.
-Nous priorisons toujours les objectifs de comportement, avant les objectifs
de compétence, les connaissances venant ensuite en complément
comme outils.
-La vie du stage en internat est un outil puissant de rectification de
comportement : elle est inséparable de la formation et sert de
support à de nombreuses réflexions et à des échanges.
-Les différentes activités vécues en stage permettent
une approche globale du thème à traiter. Les thèmes
à traiter sont d’ailleurs présentés de façon
à mettre en valeur leur transversalité.
-Nous nous efforçons à intégrer l’école
à son milieu et à l’ouvrir à son environnement
par différentes activités : classes vertes ou classes promenades,
visites et enquêtes, introduction en classe du plus grand nombre
d’éléments possible du milieu (décorations,
artisans ou paysans comme personnes ressources, thèmes de leçon
et exemples pour illustrer, etc…).
Quelle place pour la machine ?
Très peu encore à Madagascar, surtout à la campagne.
Concernant notre engagement en faveur d’une alphabétisation
scientifique pour tous.
Nous pensons qu’il faut intensifier notre action, peut-être
en ne perdant pas de vue les Sciences humaines.
L’éducation doit se fonder sur l’activité,
essentielle dans la formation personnelle et dans l’acquisition
de la culture.
La pédagogie du projet est encore balbutiante à Madagascar
au niveau de l’école.
Les CEMEAM l’ont mise en œuvre dans la formation des animateurs/éducateurs
qui travaillent auprès des enfants et des jeunes en situation difficile,
mais c’est un thème qu’il faudrait débattre
dans le pays ou même dans la zône (un projet à soumettre
à la FICEMEA ?)
L’image de « la classe équipée de matériel,
de documents, d’un mobilier qui permet le travail individuel et
le travail de groupe » est encore du domaine du rêve à
Madagascar.
Le maître ne dispose que d’un seul mode d’intervention,
le mode traditionnel dans lequel il explique et fait exécuter.
Le travail individuel se limite souvent au devoir à faire à
la maison.
C’est depuis nos interventions institutionnalisées dans la
formation des enseignants et cadres de l’Education Nationale que
les travaux de groupe entrent petit à petit en classe, bien que
les conditions matérielles (effectif, mobiliers, espace et disposition)
ne s’y prêtent pas.
L’être humain est un être social
Nous souhaitons avoir plus d’informations (Pourquoi pas une formation)
sur la « pédagogie institutionnelle » et surtout sur
les pratiques.
En tout cas, l’internat limité ou temporaire que nous pratiquons
dans nos stages et dans nos centres de vacances offre réellement
une bonne occasion pour apprendre à vivre ensemble.
Nous constatons d’ailleurs que les résultats sont positifs
si tout le monde participe à la mise en place de l’organisation
et à la régulation de la vie de groupe.
Il faut certes maintenir un certain équilibre pour que l’individu
puisse se retrouver seul (Gestion du temps et des lieux de vie)
Concernant la culture et les cultures
Nous renvoyons au texte joint concernant le séminaire sur la «
Civilisation et culture » pour affirmer que la langue n’est
pas un simple véhicule de la culture, elle est elle-même
culture.
Nous constatons que les cultures dominantes qui tendent à déferler
et à engloutir les autres sont celles du Nord en général,
celles des anciennes puissances coloniales en particulier. Ce déferlement
est à la mesure des moyens financiers et des NTIC dont disposent
ces pays.
Il y a 1 chinois sur 3 ou 4 hommes sur la terre, mais la culture chinoise
reste endiguée par exemple à l’exception de certaines
pratiques médicales et culinaires.
Un métissage culturel est certes souhaitable, mais il ne faut pas
le comprendre comme un phagocytose des richesses culturelles des peuples
du Sud par une culture dominante du Nord.
Les cultures propres à chaque peuple ne doivent pas se réduire
à des folklores.
THEMATIQUE 1
L’EDUCATION PERMANENTE, L’EDUCATION TOUT AU LONG DE LA VIE
Très peu de chose à dire sur ce thème.
Nous constatons à Madagascar que l’éducation des adultes
se focalise surtout sur "l’éducation familiale",
entendez- par là le planning familial.
Mais d’autres thèmes sont de plus en plus traités
: la propreté dans la lutte contre les épidémies,
la protection de l’environnement, les nouvelles techniques de culture
et d’élevage, etc…
Très peu encore d’éducation à la démocratie
en dehors des périodes électorales.
Cette éducation des adultes est surtout l’œuvre d’ONG
et des organismes internationaux comme le FNUAP, le FAO ou le PNUD, en
partenariat avec les ministères concernés.
L’éducation à la citoyenneté commence à
peine. Les CEMEAM l’introduisent partiellement dans la formation
des Leaders de quartier, mais cela se limite pour le moment à la
ville d’Antananarivo.
THEMATIQUE 2
Education nouvelle, écologie et globalisation
A la question : La globalisation comme espoir (pour certains) et comme
menace (pour d’autres) : comment éviter les erreurs, comment
rendre positives les opportunités ?
Voici quelques aspects positifs de la globalisation à Madagascar
:
-L’importance que prend l’écotourisme : Certes ce sont
les grandes chaînes hôtelières internationales qui
en tirent le plus de profit, mais toujours est-il que les populations
locales prennent conscience de la richesse que représente leur
environnement et se mobilisent pour participer à sa gestion.
-Les grandes institutions internationales se préoccupent de protéger
les richesses floristiques et faunistiques de Madagascar : des fonds importants
sont injectés pour répertorier les espèces endémiques,
pour créer des réserves et autres zônes protégées.
-Développement de la coopération régionale et même
internationale pour intercepter et réprimer le trafic des espèces
protégées (animaux, végétaux et minéraux
– pierres précieuses et métaux précieux). C’est
ainsi que des milliers de tortues, des lémuriens, du saphir et
de l’or ont été rapatriés de l’Ile Maurice,
de la Réunion et même d’Allemagne.
Que faisons-nous ?
-Les CEMEAM font depuis une dizaine d’années de l’écotourisme
pour des enfants et des jeunes (colonies de vacances, classes vertes pour
les écoles françaises d’Antananarivo).
-Des sessions de formation ont été organisées à
Antananarivo et à Fianarantsoa à l’intention des responsables
et animateurs des Centres d’Education à l’Environnement,
lors de leur création entre 1991 et 1993. Ces centres représentent
aujourd’hui une structure pérenne dépendant du Ministère
de l’Education Nationale et coordonnant les activités d’éducation
à l’environnement dans toutes les écoles deMadagascar.
-Dans nos sessions de formation, l’apprentissage de l’organisation
et de la gestion collective de l’environnement du stage est une
activité régulière.
THEMATIQUE 3
Laïcité, sphère publique, sphère privée
Nous sommes entièrement en accord avec les options présentées
dans le document.
Voici cependant quelques remarques concernant Madagascar :
-Le religieux occupe une place importante dans la vie du malgache (aussi
bien les croyances traditionnelles, que les religions musulmane et chrétiennes).
Dans tout ce que l’on fait, s’il n’y a pas ne serait-ce
qu’une allusion à Dieu (la plupart des réunions ou
séances de travail commencent par un mot de remerciement à
Dieu, parfois par une prière, même dans les manifestations
publiques et officielles), on a du mal à rassurer et à mobiliser
les gens.
Lors des évènements de l’année dernière,
le soutien de la Confédération des églises Chrétiennes
et l’approbation des musulmans ont contribué à rassembler
la grande majorité des malgaches autour de Marc RAVALOMANANA, le
Président actuel.
-Il y a d’ailleurs une sorte de syncrétisme (issu sans doute
de la croyance traditionnelle en un seul dieu créateur, identifié
par la suite comme Allah par les immigrants arabes, et comme le Dieu d’Abraham
par les occidentaux), ce qui fait que le mouvement oecuménique
a pris une certaine importance chez nous (une bible unique vient d’être
éditée).
Signalons en passant que les occidentaux qui ont entretenu en premier
des relations avec Madagascar sont les Anglais (fin 18ème et début
du 19ème siècle) et ils ont introduit le protestantisme.
Lorsque la France a colonisé le pays à la fin du 19ème
siècle, elle a soutenu les missions catholiques pour contre-balancer
l’influence anglaise. Jusqu’à l’heure actuelle,
on constate que l’église catholique et les ONG catholiques
bénéficient davantage de l’aide Française que
les autres églises et ONG.
-Donc rôle très important des églises (catholiques
surtout) dans les services sociaux : éducation, santé, et
même dans les actions de développement (adduction d’eau
dans les villages, prise en charge des populations en situation difficile
en ville).
L’élite dirigeante du pays est issue à 80% des grandes
collèges catholiques, protestants ou anglicans.
Que faisons-nous ?
-Dans nos stages, même si aucune prière et aucun culte n’est
prévu dans le programme, lorsque la session dure au-delà
empiète sur un jour de prière (vendredi soir pour les musulmans,
samedi pour les adventistes, dimanche pour les chrétiens), nous
accédons à leur demande pour qu’ils puissent organiser
un moment de prière ensemble sans empiéter sur le programme
des activités prévu. Généralement ce culte
œcuménique (15 à 30 minutes) se fait très tôt
le matin du dimanche, présence non obligatoire. Mais des représentants
volontaires des différentes religions le préparent dès
le samedi soir, se répartissent les tâches et établissent
le timing.
Nous avons constaté que la séance permet aux uns et aux
autres de mieux se connaître : les musulmans y expliquent par exemple
la signification du Ramadan, ou le véritable sens du Djihad.
Souvent la séance suscite des échanges informels entre stagiaires.
A notre avis, il y a là occasion d’apprentissage de la tolérance.
-Notre association travaille en partenariat, non seulement avec des organismes
publiques (Ministère de l’Education Nationale, Ministère
de la Population, Ministère de la Santé, Ministère
de la Jeunesse, Ministère du Tourisme, Institut National de Formation
Pédagogique), mais aussi avec des ONG laïques et des ONG confessionnelles.
THEMATIQUE 4
Pour une éducation à la citoyenneté démocratique
A Madagascar, l’éducation à la citoyenneté
démocratique est encore embryonnaire, et elle se réduit
souvent à tout ce qui se fait en période électorale
: les explications données par les autorités et quelques
ONG (Justice et Paix, Education Citoyenne, etc…) sur l’importance
et la nécessité de voter, sur ce que l’électeur
doit et peut faire en tant que citoyen.
L’importance du taux d’analphabétisme est pallié
par le recours à l’oral (c’est un élément
important de la culture malgache, l’écrit ne s’est
développé que tardivement), et surtout aux images.
Par contre, la solidarité sociale est un élément
caractéristique de la culture malgache et elle reste forte dans
toutes les circonstances et même en ville,chez les couches les plus
occidentalisées de la population. C’est sans doute ce qui
explique en partie la réussite des mouvements populaires de 2002
pour faire partir les anciens tenants du pouvoir sans trop de mal, socialement
parlant.
Que faisons-nous ?
-La pratique systématique de la démarche participative
dans tous nos stages est déjà, à notre avis, un apprentissage
à la citoyenneté démocratique.
-Dans nos stages, nous ne manquons pas d’intervenir dans ce domaine
et aidons surtout nos stagiaires à acquérir des outils d’observation
et d’analyse, tout en leur fournissant des éléments
de comparaison.
-D’autres thèmes, traités dans plusieurs types de
stage et s’appuyant sur des activités concrètes contribuent
aussi à cette éducation citoyenne : les techniques de communication,
les techniques du choix et de la prise de décision, les techniques
d’analyse d’un problème, les techniques de résolution
d’un problème.
THEMATIQUE 5
Education nouvelle et nouvelles technologies de la communication
Nous constatons à Madagascar que la mondialisation tend à
creuser l’écart entre ville et campagne :
Si la population urbaine (environ 20% de la population totale) est entrée
dans l’ère des technologies nouvelles de communication et
est devenue un marché potentiel pour les produits des multinationales,
la grande majorité de la population, les ruraux, n’a accès
ni aux multimédia, ni au téléphone, ni à la
télévision, ni à la presse, ni même à
la radio, sauf des cas limités où on reçoit des émissions
locales de musique essentiellement.
Cette frange de la population exclue de la mondialisation est épargnée
également par la globalisation car elle vit en économie
d’auto-subsistance.
Que faisons-nous ?
Le multimédia n’est pas encore entré dans nos stages
sauf des cas très rares, mais nous épousons la position
des CEMEA pour une éducation aux moyens modernes de communication,
bien que pour le moment, le coût des installations reste prohibitif.
Documents annexes
Nous rapportons ici quelques extraits du document final du séminaire
"Civilisation et culture"
Organisé par l’Université d’Antananarivo du
29 au 31 mai 2001.
"On parle de civilisation pour un groupe d’êtres humains
qui se reconnaissent dans un modèle de vision du monde. Le phénomène
de culture est l’ensemble de toutes les expressions par lesquelles
une civilisation témoigne sur elle-même. Parmi celles-ci,
la langue n’est pas un simple véhicule de la culture, elle
est elle-même culture.
De ces définitions, il a été établi :
- que pour atteindre un ensemble de personnes données, donc œuvrer
efficacement dans la perspective des objectifs retenus, on doit respecter
leur mode de pensée, leurs structures de pensée, les structures
de leur être.
- Qu’un développement ne peut s’envisager qu’en
prenant l’homme comme point de départ et comme point d’aboutissement.
L’individu fonde ses aspirations au bien-être et à
l’épanouissement sur des valeurs. Dans les pays en voie de
développement, les valeurs originelles du groupe interfèrent
avec les nouveaux modèles de jugement et de comportement introduits
par les grands courants culturels transnationaux (véhiculés
notamment par l’école, les médias, etc…)"
(Pages 2 et 3)
"Les termes qui traduisent en malgache les notions de développement
sont fivoarana / fandrosoana /fandrosoana et fampandrosoana. Ils rendent
compte d’une part, pour les premiers termes, du stade de développement
et donc du développement endogène, et d’autre part,
pour les seconds termes, des formes induites de développement…"
"La vision linéaire ethnocentriste du développement
est toujours en rapport à l’Occident selon les thèses
des étapes historiques évolutionniste et diffusionniste.
Dans ce contexte, le développement touche aux aspects technico-économiques,
sociaux et culturels, et se fonde notamment dans les […] du transfert
de technologie."
"Les mouvements développementalistes récents, après
les échecs des divers programmes initiés de la mondialisation,
ont décidé d’intégrer l’aspect anthropologique
(la dimension humaine) dans toutes les actions de développement
: c’est le développement endogène, par opposition
à développement induit, volontariste, etc…Mais cette
option est loin d’être effective."
"Le droit pour les partenaires de choisir les formes et les contenus
des actions de développement et d’avoir leur rythme est à
le base de ce choix. Il faut alors réviser les actions dites induites
et notamment celles des intervenants extérieurs afin de les inclure
dans le cadre des valeurs et des pratiques socio-culturelles auxquelles
les partenaires tiennent et qui leur servent à se définir
eux-mêmes. Il en est de même pour les formes endogènes
… où la définition du développement doit venir
de la population elle-même"
(Pages 5 et 6)
"L’émergence de la dimension culturelle et linguistique
s’explique par le fait que nous vivons une crise économique
et sociale qui vient ébranler les certitudes prônées
par l’approche technico-économiciste du phénomène
de développement. Cette crise met en évidence la nécessité
de prendre en considération un facteur jusque là négligé
: la culture et, partant, la langue."
"Cette prise en compte s’inscrit dans une conception du développement
compris comme l’expression de la capacité d’une société
à créer des solutions originales à ses problèmes
spécifiques. Le développement est donc appréhendé
comme un phénomène qualitatif et multidimensionnel s’inscrivant
dans une perspective historique, et qui apparaît comme une question
plus culturelle qu’économique."
"Dans cette conception, la culture et la langue occupent une place
centrale. En effet, toute stratégie de développement opère
dans un espace social défini par des relations de communication
; par ailleurs, le langage est la caractéristique fondamentale
des sociétés humaines. Enfin, c’est la culture qui
donne un sens et un contenu au développement."
"Les expériences démontrent par ailleurs que les stratégies
de développement réussissent lorsqu’elles se nourrissent
du terreau culturel local. Cette prise en compte de la culture et de la
langue locale est une des conditions de la participation des populations
au processus de développement."
"Mais le primat de la dimension culturelle dans le processus de développement
n’est pas une raison pour évacuer la problématique
de la productivité qui est celle de l’économie. En
effet, le refus d’une approche économiciste ne doit pas nous
amener à substituer à la problématique économique
une problématique purement culturelle, ce serait retomber dans
une approche réductionniste."
"Si la dimension culturelle est une dimension stratégique
du développement, le programme d’ajustement structurel (qui
pose les bases d’une nouvelle société), la stratégie
de lutte contre la pauvreté ou la bonne gouvernance peuvent difficilement
faire l’économie d’un débat sur la question
culturelle et linguistique. En effet, les mesures que ces choix politiques
préconisent s’inscrivent dans une dynamique interculturelle,
voire de choc de cultures, et nécessitent un véhicule linguistique
pour diffuser les nouvelles valeurs et les nouvelles normes."
"Mais la langue n’est pas dans cette problématique un
simple outil de communication, elle est en même temps un moyen et
un lieu d’expression de l’individu en tant qu’être
social. Marqueur d’appartenance à un groupe, la langue est
aussi un instrument de pouvoir et de domination, fonction qu’elle
assure notamment au travers de la politique linguistique qui est à
la fois l’agent et le produit du processus de stratification sociale
et l’outil nécessaire pour la conquête et l’exercice
du pouvoir politique."
"En admettant que le problème fondamental de Madagascar est
celui de son développement, et sachant qu’il n’y a
pas de développement sans véritable participation de la
population aux décisions, à toutes les étapes du
processus, nous pouvons émettre l’hypothèse que si
Madagascar se trouve dans la situation actuelle, c’est notamment
parce que les politiques linguistiques que le pays a connues depuis la
colonisation jusqu’à aujourd’hui ont exclu une grande
partie de la population du processus du développement".
(Pages 6 et 7)
"La communication en milieu rural, au sens large du terme, pose problème
et pourtant elle est au centre du développement qu’il veut
induire.. En effet, le milieu rural est défini par sa pauvreté
légendaire, et particulièrement remarquable par l’absence
ou le mauvais état des moyens de communication : routes et moyens
audio-visuels."
"Les exigences des transferts de technologie imposent des communications
entre le milieu rural et les intervenants qui servent de courroie de transmission
de la mondialisation dans le contexte de contact des cultures. Pourtant
des blocages divers ne favorisent pas cette communication et entravent
le développement. Il s’agit en particulier des visions et
des attitudes vis-à-vis du milieu rural, visions négatives,
péjoratives, attitudes de méconnaissance, voire de mépris
vis-à-vis des paysans."
"Les blocages viennent également des attentes non prises en
compte et des incompréhensions entre les priorités des ruraux
et les visions des intervenants."
"Les déséquilibres viennent de la communication à
sens unique entre développeurs et ruraux : on vient toujours pour
leur apprendre quelque chose, leur enseigner le développement,
mais rarement on vient apprendre ou connaître et valoriser les modes
de pensée, de pratiques et les potentialités du milieu rural."
"La connaissance et le respect des valeurs, des structures et des
pratiques traditionnelles sont primordiales dans toutes les formes de
communication en milieu rural malgache"
(Page 12)
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