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WEBDOCUMENTAIRES
Le webdocumentaire au Festival du film d’éducation
jean Pierre Carrier
Des webdocumentaires dans une salle de cinéma, n’est-ce pas un contre-sens ? S’ils sont diffusés sur Internet, ce n’est pas seulement pour s’affranchir des circuits traditionnels ou ne plus être tributaires des contraintes de programmation de la télévision. S’ils sont en ligne, c’est parce qu’ils sont conçus pour tirer partie des ressources et surtout des modalités de fonctionnement de la Toile. L’écriture multimédia d’abord, alliant de façon originale, images fixes et animées, sons et textes. Sur Internet, le multimédia ne se conçoit pas en dehors d’une hypertextualité – plus précisément il devient hypermédia -, c’est-à-dire qu’il fonctionne comme un texte ouvert, donnait accès par un système de lien à d’autres textes, d’autres ressources, organisés pour faire sens dans leur enchainement, dans leur complémentarité ou dans leur opposition. Et puis surtout, la navigation qui est proposée laisse à l’utilisateur la possibilité de personnaliser son parcours, de faire des choix, plus ou moins libres il est vrai, mais lui réservant une part d’initiative et dans les réalisations les plus complexes, d’intervenir dans les contenus, pour les compléter à sa guise plutôt d’ailleurs que de les modifier, mais faire en quelque sorte partie prenant du projet, en y ajoutant sa touche personnelle, en ouvrant un monde de significations closes à l’espace infini des réseaux sociaux. Dans une salle de cinéma, sur grand écran, dans un système spectatoriel nécessairement collectif et sans possibilité de personnalisation des contenus ou de leur accès, n’est-ce pas cette interactivité qui se perd ? Ne dénature-t-on pas l’essence même du webdocumentaire en en faisant une simple démonstration effectué par un seul, qui s’accapare la navigation, réduisant les spectateurs à la passivité et surtout à la dépendance vis-à-vis de sa propre vision ? Des webdocumentaires dans un festival de cinéma n’est-ce pas faire entrer le loup dans la bergerie ? Le spectacle cinématographique est une expérience unique et qui ne trouve véritablement son sens que dans une salle obscure, avec une projection sur un écran faisant face au spectateur. Déjà les diffusions télévisées peuvent être considérées comme de bien pâles succédanés de l’expérience cinématographique, opérant une perte considérable de la qualité de l’image et même du son, malgré les progrès à ce niveau des DVD, Blueray et des dispositifs dit de Home Cinéma. Et puis surtout la réception dans le cadre familial, avec ses possibilités de perturbations de toutes sortes qu’elle renferme, dénature profondément ce qui depuis l’origine fait l’unicité de l’expérience cinématographique, l’émotion, la peur ou l’angoisse, face à un train, ou un avion, qui fonce sur le spectateur. Au moment où les conditions financières du cinéma sont précarisées par la crise, en particulier au niveau de la production et la diffusion de films documentaires dits « d’auteur » ; au moment où trop de films n’ont précisément que l’occasion des festivals pour trouver un public, n’est-il pas paradoxal, voire dangereux, d’ouvrir l’espace d’un festival de cinéma à autre chose que des films ? Au Festival du Film d’Education, nous avons fait le choix de la complémentarité et non de la concurrence. Nous proposons de découvrir ces « nouvelles écritures » ; de dialoguer avec leurs auteurs, réalisateurs, producteurs, diffuseurs ; d’échanger sur leur façon d’aborder les problèmes de société actuels et de nous ouvrir à une réflexion sur les valeurs qui sous-tendent l’action éducative. Pour la 8° édition du festival qui s’est déroulée à Evreux du 4 au 8 décembre 2012, nous avons organisé une Master Class avec 4 classes de lycées de la ville autour du webdocumentaire B4, fenêtres sur tour de Jean-Christophe Ribot. Pour la séance incluse dans le programme du festival, nous avons sélectionné outre cette œuvre, deux autres webdocumentaires : Paroles de conflits de Raphaël Beaugrand et Palestiniennes, Mères Patrie, travail de fin d’étude des étudiants de l’école de journalisme de Strasbourg. Et nous espérons bien avoir montré qu’ils ont tout à fait leur place dans la réflexion globale du festival. Jean Pierre CARRIER Mise en ligne le 21 décembre 2012
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