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Films
Chronique d’un été
Jean Rouch, Edgard Morin, 1960
Article publié dans le VEN 536, et rédigé par Jean Pierre Carrier Chronique d’un été est le premier film, et sans doute le seul, à avoir revendiqué explicitement l’appellation de Cinéma Vérité. Formule des plus problématiques ; comment le cinéma pourrait-il revendiquer de dévoiler LA vérité ? Certes les auteurs ne sont pas assez naïfs pour avoir cru cela possible. En fait, il s’agissait simplement pour eux de se référer à Dziga Vertov et à son Kino Pravda – les compléments cinématographiques du journal du parti bolchevique. Toujours est-il que l’expression fut quasiment définitivement abandonnée par les cinéastes, même si on la retrouve encore aujourd’hui dans maints commentaires. Comme s’il s’agissait d’une sorte de boîte noire du cinéma documentaire toujours hanté par le souci de ne jamais encourir le reproche de falsification (truquage, bidonnage, maquillage, transformation) de la réalité. Prêcher le vrai pour ne pas risquer de se voir accusé du faux. Dans son introduction, Rouch présente le film comme « expérimental », ce qu’il explicite en précisant qu’il est tourné non avec des acteurs mais avec des personnes communes, rencontrées au hasard dans la rue, « monsieur tout le monde » en somme. Ce qui ne correspond précisément qu’à la séquence du micro-trottoir. Pour le reste, s’il ne s’agit pas d’acteurs professionnels, s’ils ne jouent pas un rôle qui ne correspondrait pas à leur personnalité, les hommes et les femmes présents dans le film sont quand même choisis par les auteurs du film pour leur singularité, comme l’Africain Lam ou l’ancienne déportée Marceline Loridan, future cinéaste, auteure d’un nombre important de films, soit en coréalisation avec son compagnon Joris Ivens, soit comme auteure à part entière. S’agit-il alors d’approcher aussi précisément que possible la vérité de ces êtres, sans masque pourrait-on dire ? Là aussi Rouch questionne dès l’introduction la faisabilité d’une telle entreprise : comment peut-on affirmer que l’on puisse être devant une caméra comme l’on est en son absence ? Et ce que l’on dit dans un micro relié à un magnétophone n’estil pas influencé par cette dimension de propos enregistré ? Et Rouch de parler de « ruse » pour rendre compte du travail que Morin et lui vont mettre en oeuvre, travail d’interviewers et de sociologues. Parler de ruse dans la même séquence où il a été question de cinéma vérité en dit long sur l’incertitude qui règne sur l’entreprise. Il n’y a alors qu’une seule solution ; tenter le coup, jouer le jeu, et on en reparlera à la fin de l’été, au moment de conclure le film. Mise en ligne le 4 novembre 2009
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