Pour un meilleur usage du monde
Des histoires de mobilité aux Ceméa - Dossier VEN 569 " Voyager, découvrir,rencontrer et changer


Introduction au dossier "Des histoires de mobilité aux Ceméa"

Les Ceméa portent des valeurs d’Éducation populaire et les appuient sur des démarches de rencontre et de coopération. L’Éducation nouvelle s’inscrit dans cette logique en mettant en avant la place prépondérante du milieu dans la construction des personnes ainsi que celle de l’activité dans cette conception émancipatrice de l’éducation. La question du départ et du voyage est au coeur de cette double appartenance.
Depuis leur origine les Ceméa ont réfléchi à cette question. Pourquoi partir ? Cela renvoie à une rupture dans une situation quotidienne et routinière.
De cette rupture peut naître une mobilisation de la personne pour faire face à une nouvelle situation. Elle est créatrice d’énergie de mobilisation, favorable aux apprentissages et à la transformation sous certaines conditions.
Les Ceméa ont beaucoup travaillé sur ces dernières à travers l’accompagnement des départs en vacances et la préparation des jeunes en séjour en autonomie. Il s’agissait de préparer les enfants et adolescents à partager le quotidien avec d’autres loin de leurs proches dans un environnement différent du leur, pour se sentir assez forts, rassurés pour se lancer dans cette aventure. La dimension internationale est une des caractéristiques intrinsèques des mouvements d’éducation nouvelle. C’est cette démarche qui a été ré-investie dans l’accompagnement des séjours dans d’autres pays. Elle a été formalisée au moment où les Ceméa ont organisé pour l’agence Peja la formation au départ et l’évaluation
au retour pour les volontaires européens. Seul un accompagnement de ce processus permet individuellement et collectivement de faire de cette expérience dans un autre contexte, un moment riche de découverte et d’apprentissage.
Le développement des programmes européens a répandu le terme mobilité.
C’est ainsi que les Ceméa l’ont vu se diffuser dans le réseau au rythme de l’accroissement de leur activité internationale. Mais même si les programmes européens associent souvent « Mobilité » à des projets internationaux, elle ne peut en être le synonyme, comme elle ne l’est pas non plus du terme
interculturalité.


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Pour un meilleur usage du monde

Régis Balry
Isabelle Palanchon

La mondialisation est une réalité qui « impacte » nos différents quotidiens (concurrence internationale, dumping social, internet et réseaux sociaux) avec un niveau local global parfaitement interdépendants et indissociables. Nous vivons donc une mondialisation paradoxale avec à la fois une démultiplication des échanges (réseaux sociaux, échanges financiers) et à la fois peu de réelles rencontres, peu de connaissances des réalités de l’autre et parfois même de forts replis identitaires.
Dans ce contexte, un mouvement d’éducation comme les Ceméa se doit de relever plusieurs défis : démultiplier les situations inductrices d’interculturalité et d’éducation à l’interculturel.
« Rencontrer est un art difficile ; cela s’apprend ; l’enseigner à tous est la tâche première de notre communauté. » La citoyenneté ne peut pas se vivre concrètement à travers des discours, des institutions européennes éloignées du quotidien des habitant-es, des jeunes. Elle doit s’incarner dans l’éprouvé en permettant à travers les rencontres l’apprentissage de l’altérité tout au long de sa vie pour permettre d’acquérir des compétences interculturelles. Favoriser une éducation à l’altérite c’est poser les enjeux de l’égalité et pour y arriver, libérer nos différences. Appréhender les enjeux, la complexité du monde qui nous entoure.
Cette éducation est nécessaire pour construire des remparts contre le racisme, le complotisme.

La construction européenne
La dimension internationale et européenne fait partie de la singularité des mouvements d’éducation nouvelle, qui placent l’humanisme au coeur de leur projet politique. Depuis quatre-vingts ans, les Ceméa militent pour une Europe sociale, fondée sur la rencontre des peuples. Dès la création de l’association, nos pédagogues entretiennent des réflexions et échangent des pratiques avec leurs pairs en Europe : Italie, Belgique au départ et aujourd’hui avec des organisations dans quinze pays. La chute du mur de Berlin a permis ensuite de renforcer les liens avec des structures socio-éducatives d’Europe centrale et orientale. Puis, le développement des programmes de mobilité type Erasmus+ ont permis à plus de formateurs, formatrices d’expérimenter le travail en équipe internationale, de rencontrer de nouvelles associations et de construire des projets. Aujourd’hui, cette Europe sociale et solidaire unie dans la diversité reste encore à construire. Elle apparaît toujours comme une alternative à l’Union européenne trop centrée sur les institutions et une approche économique libérale. Les Ceméa considèrent la rencontre et les échanges entre personnes nécessaires au renforcement d’une citoyenneté européenne et à la reconnaissance de la société civile pour revitaliser cet espace démocratique. Dans notre réseau, plus de sept cents personnes vivent chaque année une expérience professionnelle ou citoyenne dans une quinzaine de pays européens. La mobilité est à la fois une expérience personnelle permettant aux stagiaires la compréhension de réalités quotidiennes différentes mais aussi
une expérience collective incitant ainsi à la solidarité entre territoires.

L’éducation interculturelle
Les dernières élections en France et en Allemagne témoignent de la montée en Europe des nationalismes et le retour de valeurs conservatrices. Les propos ou positions racistes ne sont plus l‘apanage de certains extrémistes mais se sont diffusés dans la société. Ces phénomènes renvoient à notre capacité de vivre ensemble, interrogent notre rapport à l’autre.
Pour faire face à cette réalité, les acteurs.trices éducatif.ve.s et sociaux.ales, les responsables associatif.ve.s, les décideur.euse.s politiques doivent être mieux formé.e.s pour appréhender, comprendre, problématiser la diversité culturelle. Il ne s’agit pas de se limiter à une approche techniciste mais de concevoir l’interculturel comme une démarche permettant l’apprentissage de l’altérité dans une visée politique et sociale du « vivre ensemble » du local à l’international. Comme nous l’avons fait dans les rencontres de jeunes au moment de la réconciliation franco-allemande, nous proposons aujourd’hui des espaces de rencontre et de formation
permettant de se sensibiliser à différentes langues et cultures, de prendre conscience de ses stéréotypes et préjugés, de donner à voir de son identité dans une perspective de compréhension et reconnaissance mutuelle. Ce sont aussi des espaces d’innovation, où chacun.e est amené.e à expérimenter ses capacités à agir dans un bain culturel, linguistique différent et ainsi s’interroger sur son rapport à l’altérité et la différence. L’interculturalité demande de l’égalité dans les rapports entre les personnes, elle n’existe pas dans des relations dominants-dominés. Il n’y a pas d’interculturalité sans justice sociale.

Appréhender les enjeux géopolitiques
et s’inscrire dans la solidarité internationale

Les enjeux autour de la géopolitique tels que le complotisme, l’importation de conflits internationaux, n’ont peut-être jamais été autant médiatisés qu’aujourd’hui. L’éducation à la géopolitique est alors primordiale pour lever des tabous éducatifs et accompagner les personnes dans leur compréhension. Il faut parler du colonialisme, de la question de la Palestine, de la politique de l’Onu, des parcours migratoires… Mais oser aborder ces sujets « brûlants » demande de travailler autour de plusieurs axes :
- La formation des professionnel.le.s et des volontaires à des approches différenciées
d’une réalité (historique, économique, sociale) et à une méthodologie pour appréhender une situation méconnue et complexe.
- Le refus de la négation, premier creuset du complot. Combattre l’antisémitisme existant chez certain-es jeunes, nécessite de comprendre les raisons de la création d’Israël, le colonialisme et le sionisme. Le déni de ce courant politique ne pourra que renforcer l’antisémitisme lui-même et toutes les dérives complotistes.
- Un regard croisé des enjeux géopolitiques grâce à une coopération éducative internationale.
La situation européenne et internationale nécessite aujourd’hui de mettre en oeuvre
ces intentions éducatives. Le contexte économique fragile ne doit en aucun cas être
une raison suffisante pour négliger ces enjeux fondamentaux, mais au contraire un argument de plus pour construire par l’éducation un avenir international moins incertain.

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19/02/2018




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