« Les Céméa, ça m’a fait grandir d’un coup »

Article paru le 18 juillet dans le quotidien "Libérarion".

A l’origine de bien des vocations, les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active accueillent chaque année plus de 800 jeunes à Avignon, pour les sensibiliser et les initier à la pratique théâtrale.
Lors des ateliers dispensés par les Céméa, mardi dans leur QG avignonais, à l’école maternelle Les Ortolans.


« J’allais voir Ariel Garcia-Valdès en Richard III, il me faisait le même effet que Mick Jagger. » On imagine l’année 1984 et l’acteur Laurent Poitrenaux, 16 ans, le corps encore plus élastique qu’aujourd’hui, s’agiter d’un théâtre à l’autre. Il découvre Avignon grâce à un stage Ceméa, mouvement d’éducation nouvelle, responsable des premières émotions théâtrales de plusieurs générations. Poitrenaux se souvient des grands dortoirs improvisés, et de la place laissée aux obsessions adolescentes : « Je suis tombé sur le film Un jour Pina a demandé de Chantal Akerman dans les étagères. J’ai regardé 30 fois la cassette pendant le séjour. » Dans le TGV pour Avignon, il lit Jack Ralite. « C’est ce même rêve d’éducation populaire qui laisse les gens dans la complexité, sans leur proposer ce qu’ils attendent. C’est pas une colonie de vacances. » Les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), c’est cette utopie encore vivante proposée à des adolescents de milieux divers, fondée par Gisèle de Failly en 1937, qui affirmait après le premier stage au pied de la montagne Sainte-Victoire : « Tout être humain peut se transformer au cours de sa vie. Il en a le désir et les possibilités. » Chaque année, les Ceméa accueillent plus de 800 jeunes ados et lycéens au Festival d’Avignon, pour des séjours de sensibilisation et de pratique du théâtre, sans compter les militants animateurs présents, une centaine, malgré l’engagement de la ville qui a diminué.


Lors des ateliers dispensés par les Céméa, mardi dans leur QG avignonais, à l'école maternelle Les Ortolans. Photo Arnold Jerocki pour Libération

« Qu’est-ce que ça me fait ? »

Cet été, on a rencontré Vassili, qui fait partie des encadrants, après avoir été stagiaire à 14 ans : « Je me suis tout pris en pleine poire, la vie en collectivité, le rythme du Festival. Ça m’a fait grandir d’un coup. » L’école primaire Bouquerie a été retournée : les dortoirs dans les salles de classe, les douches dans la cour sous un tipi. Depuis dix ans, Vassili participe puis supervise le stage « Voir et faire du théâtre ». 550 euros les neuf, jours tout compris, pour chaque ado. Ils assistent à trois spectacles du « in », un du « off », font une création, reçoivent les artistes : « Ça ne peut pas être : "j’ai aimé", "j’ai pas aimé". On se demande : qu’est-ce que ça me fait ? » explique Vassili. La particularité : les ateliers de retour sensible, soit des débriefs en action. Les ados rejouent ce qui les a touchés, écrivent, sculptent. Laurent Poitrenaux se souvient : « Pour Jan Karski, d’Arthur Nauzyciel, en 2011, ils avaient tous reproduit un geste qui les avait marqués, c’était bouleversant. » On soigne l’esprit critique, l’avant et l’après-spectacle, l’impact de l’art dans la vie. Depuis trois ans, Kenza vient exprès de Rabat : « Je ne veux pas revenir toute seule. » « Ça nous guide, sinon on serait perdus », explique de son côté Lounès. Les ados craignent le silence qui caractérise le reste de l’année. Là : « On ne peut pas garder tout pour soi. » Le premier atelier sensible sur ce que chacun a « vu, entendu, ressenti » a été dédié à égalité à Thyeste de Thomas Jolly et à la Coupe du monde. « Il y avait des sentiments qui fonctionnaient pour les deux ! » lance Anaïs.

Les rencontres ont une suite : Vassili, 24 ans, va devenir assistant de son ancien animateur, le metteur en scène Mohamed El Khatib. L’histoire d’El Khatib colle aux Ceméa : il y a passé son Bafa, a encadré des colonies dans les forêts du Loir-et-Cher avant Avignon. Première fois, 22 ans. « Il fallait mettre en place des stratégies de rencontre, évincer l’idée de la question con que tu n’oses pas poser. Les artistes baissaient la garde, désarmés : t’es assis en cercle, on te montre une expo ou des textes écrits après avoir vu ton spectacle. » Lui-même a créé sa compagnie, Zirlib, « sur un coup de tête » avec des militants des Ceméa. Il explique : « Quand j’ai vu la Chambre d’Isabella de Jan Lauwers en 2004, je me suis dit : j’ai envie de faire ce métier. » Les Ceméa accueillent aussi d’autres groupes : via des MJC, des associations ou des lycées, dans les centres de jeunes et de séjour du Festival créés en 1959 à l’initiative de Jean Vilar.

Dans leur rapport d’activité 2017, les Ceméa déploraient le désengagement des collectivités territoriales. Près de 300 lycéens ne seraient plus en mesure de venir depuis deux ans. Laure Hamidi a prévenu ses élèves de l’atelier théâtre du lycée Blaise-Cendrars de Sevran : « La région Ile-de-France ne nous donne rien : si vous voulez y aller, il faut mouiller la chemise. » Alors ils ont fait l’accueil pour le théâtre Louis-Aragon (Tremblay-en-France), récolté une cagnotte, se sont lancés dans le crowdfunding. Au final, ils ont récolté eux-mêmes un tiers du budget. Les 45 minutes à pied de leur dortoir Ceméa au centre-ville ne leur font pas peur. Ils sont « les seuls de banlieue parisienne », ont rencontré « ceux des Hautes-Pyrénées, et ceux de Dijon », et puis finalement se sont mélangés : « On ne sait plus d’où on est. » Un autre dispositif au sein du Festival a fait venir des plus jeunes. « Avignon enfants à l’honneur » a permis à 400 enfants d’être accueillis dans la cour d’honneur par Olivier Py et Françoise Nyssen. Même ambition : un éveil à l’esprit critique. Dans la chapelle des Pénitents blancs, ils ont assisté au spectacle Au-delà de la forêt, le monde, l’histoire de Farid, enfant afghan qui part à pied en Angleterre. Laura, Pépijn, Cédric et Clara sont venus d’Auvergne. Ils ont aimé parce que « c’était la vraie vie, même si on n’a jamais rencontré de réfugiés, on est 1 500 dans le village ». Le jumelage avec Marseille a finalement pris. « Au début on ne se parlait pas, nous, on est de la campagne et eux de la ville, nous, on randonne, eux, ils vivent dans des appartements  ! »

« Il faut mouiller la chemise »

Les Rencontres internationales sont un temps fort des Ceméa : Gal Hurvitz a obtenu la bourse de l’Institut français à Tel-Aviv pour y participer trois étés. A 21 ans, elle débarque. « C’était étonnant de voir à quel point en France on prend le théâtre au sérieux, dans nos pays en guerre, c’est pas le cas. » L’expérience dortoir est à nouveau inoubliable : « Première fois que je dormais à côté de Syriens, d’Egyptiens, de Libanais ! On n’avait jamais eu l’occasion de se rencontrer, encore moins de parler de théâtre. » Et il y a eu « plein d’histoires d’amour ». Comme une première étape vers le futur. Par la suite, elle a créé un théâtre pour réunir des adolescents en difficulté, juifs et arabes, en Israël. Un seul regret : ne pas pouvoir retourner à Avignon. « Il faudrait un Cémea pour les adultes ! »


19/07/2018




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