juin 2005
DOSSIER
Intimité et sexualité dans le travail social
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Le travail social, comme la relation thérapeutique, vise à changer son destinataire. Directement ou indirectement, il veut modifier les modalités d’existence pour en améliorer l’organisation, les matériaux (ceux du quotidien) et ce faisant en modifier le sens.
Dans ce remaniement, chacun s’approche de l’autre, au plus près de sa personne ou de son personnage, de son habitus familier, des significations qu’il utilise pour vivre. Cette proximité s’appelle globalement intimité. Cette intimité va inéluctablement s’érotiser, se charger d’émotions et d’affects, engager les corps vivants. Cela s’appelle la dimension sexuelle. Il convient d’éclairer ces dimensions, leur contenu et les problèmes de leur mise en jeu : nécessité, excès ou insuffisance, méconnaissance.
Intimité et sexualité ont partie liée mais ne se confondent pas.

Dossier coordonné par Jean-françois Gomez et Serge Vallon

Dans cette entreprise, l’engagement de l’un comme de l’autre sera requis. Il ne s’agira pas seulement de trouver « un » logement, « un » travail, « une » position sociale améliorée mais de « se » loger, de « se » réaliser dans un travail ou une activité, de « se situer » autrement et mieux si possible. Évidence pour le professionnel qui me lit mais pas toujours pour le décideur et le gestionnaire qui croit, ou fait semblant de croire, que l’on a affaire à la distribution d’un produit : le service-produit qui serait une marchandise comme une autre. Si cela était, le soignant, ainsi réduit à une marchandise, réduirait simultanément son client et usager à un consommateur-consommé : un objet lui aussi. Instrumentation mutuelle fatale à l’humanisation croissante que l’on doit en attendre.

Intimité : une géométrie variable du privé et du public
La variabilité de l’intimité est évidente : ici il est permis des émotions de deuil et d’amour, ailleurs non. Ici il est permis aux hommes de pleurer, ailleurs il est prescrit aux femmes de gémir. Ici on cajole et embrasse les enfants sur la bouche, ailleurs on les touche à peine.
Ici le corps est affiché, valorisé comme sain ou beau, ailleurs dissimulé et proscrit. Il suffit de regarder un film indien ou japonais pour s’étonner de l’interdiction du baiser entre amants mais pas de l’interdit visuel du meurtre. On connaît des familles où la circulation de l’argent est plus secrète que la vie sexuelle. Des familles où les générations se disent presque tout ; d’autres où il faut attendre l’ouverture d’un testament pour comprendre la place affective de chacun.
Cette variabilité est donc culturelle, familiale et personnelle. Il conviendrait d’en moduler les limites et d’en accepter l’absence d’absolu. Sauf à remarquer justement qu’il existe toujours une sphère d’intimité : ainsi des réserves de langage et d’émotions seront agencées. Souvent on les croit concentriques et l’on va du public au privé selon un gradient progressif. Parfois des bulles d’intimité se glissent dans des conduites publiques. Une exhibition contemporaine des rapports amoureux ou affectifs, par exemple dans la « téléréalité », montre une évolution du privé et du public et la recherche de repères nouveaux. Elle cache la persistance - déplacée - de ces espaces d’intimité. Ils sont nécessaires.
Pour le sociologue, la distance à autrui - de l’ami à l’ennemi, en passant par l’étranger indifférent - est une distance sociale toujours modulée, régulée par les rituels d’interaction.
Pour le psychanalyste, cette intimité consciente est destinée à protéger une intimité inconsciente. Un sujet doit supporter cette opacité subjective, cette extimité secrète qui surgit au détour d’un rêve, d’une émotion ou d’un acte manqué. Freud a montré la nécessité d’un appareil psychique fait d’espaces distincts. Lacan a insisté sur le nouage, par exemple dans des topologies en bande de Moebius où l’envers et l’endroit, le dedans et le dehors, sont à la fois distinct et en continuité.
La vie sexuelle, nécessaire sans être vitale, comporte ces registres publics et privés. Longtemps cachée, car elle laisse l’animal humain sans défense face à une agression extérieure, elle se montre plus dans une société plus sécurisée malgré les discours des peurs contemporaines. Elle devrait permettre - au-delà de n’importe quelle permissivité, préférable à des interdits hypocrites - cette réserve d’intimité psychique. Elle nécessite l’approche de l’humain inconnu que reste le partenaire amoureux et aussi l’inconnu de notre vie pulsionnelle et affective.
Souhaitons que les professionnels de la relation ne méconnaissent ni ne méprisent toutes ces dimensions. Qu’ils ne censurent pas l’expression publique des sentiments : des handicapés ont le droit de s’embrasser dans la rue et de faire chambre commune. Qu’ils n’écrasent pas plus les intimités de rêverie, de retrait, qui sont des jachères psychiques nécessaires, par des harcèlements comportementaux. Les dispositifs insitutionnels sont souvent opposés à l’individualisation, obsédés de performances et de protocoles prescriptifs et infantilisants. Cette intimité de ressourcement qui accepte une solitude qui n’est pas de l’esseulement ni de l’abandon, est indispensable à la vie subjective. Elle atténuera ces faux individualismes, miroirs des massifications et vrais prisons portatives.

Serge Vallon





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  • Serge Vallon

  • 31/05/2005
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