||19 février 2008
70 ANS
Hommage à Henri Laborde
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Les Ceméa ont fêté l’année dernière le 70e anniversaire de leur création et chacun des quatre numéros de la revue parus a présenté quelques faits marquants et événements pédagogiques majeurs dans l’histoire de notre mouvement d’éducation. Mais il n’était pas possible de clore cette rubrique sans parler d’Henri Laborde, un nom et une œuvre souvent oubliés aujourd’hui dans les références des Ceméa, et inconnus de beaucoup d’éducateurs et de militants de l’éducation nouvelle. Voici donc, pour engager l’année 2008, un texte d’hommage écrit par Denis Bordat qui fut délégué général des Ceméa de 1969 à 1979. Il est interviewé par Robert Mendra, qui fut chargé d’inspection générale des enseignants mis à disposition des associations par le ministère de l’Education nationale.

Robert Mendra - Je souhaiterais dans un premier temps que vous évoquiez une personnalité qui a joué un rôle déterminant dans la genèse des Ceméa et qui a contribué non seulement à éclairer la pédagogie de l’éducation nouvelle mais aussi l’animation des loisirs éducatifs. Or cet acteur majeur n’a guère laissé de traces écrites et aujourd’hui son souvenir s’est largement estompé. Je veux parler, bien sûr, d’Henri Laborde

Denis Bordat - Effectivement Laborde, c’est quelqu’un qui n’a jamais écrit, et comme il n’a jamais écrit il « n’existe plus », même aux Ceméa. Ce n’est pas le cas de Gisèle de Failly à qui l’on peut se référer encore aujourd’hui. Laborde ne rédigeait même pas ses rapports d’assemblée générale. C’était un méditerranéen qui s’exprimait aisément, clairement et dont les interventions laissaient une forte impression qui suscitait adhésion et enthousiasme. Je l’ai découvert en 1940, à Paris, alors que je venais d’entrer à l’école primaire supérieure Turgot (EPS), devenue plus tard collège puis lycée. Je venais d’y être admis ainsi que Miguel Demuynck et Pierre Girard. Avant Turgot, Laborde était professeur à l’Ecole Normale de La Roche-sur-Yon. Laborde ce n’était pas un professeur comme les autres, d’abord dans sa relation aux élèves avec lesquels il établissait d’emblée des rapports de confiance et de dialogue. Il était, dans sa manière d’enseigner, assez « destructuré ». Il n’arrivait pas en classe avec « le cours tout prêt ». Quand il commençait, on ne savait pas à quoi s’attendre. Certes, il ne se présentait pas à nous, la tête vide, mais toujours avec un thème à partir duquel il improvisait. Il construisait son enseignement, en l’adaptant à nos réactions, à notre attente et aux circonstances du moment. Par exemple il nous disait, un jour : « Je vais vous parler de l’expérience de Bakoulé… expérience novatrice avec des enfants infirmes ». Avec Bakoulé nous vivions notre première aventure pédagogique. Né en Tchécoslovaquie, en Bohème très exactement, il parcourut le monde avec une chorale constituée d’enfants gravement infirmes, rescapés de la guerre de 1914-1918. Bakoulé fut aussi l’un des premiers militants de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle. Moi, j’arrivais de ma banlieue, du côté des champs de lilas entre le Fort d’Ivry et de Vitry… Je n’avais jamais vu un livre chez moi, dans ma famille et je tombais « là-dedans ! » C’était une façon de découvrir plein d’aventures – voire quelques aventuriers - de la pédagogie. A chaque fois c’était la surprise... Il était censé nous enseigner le français comme chaque professeur enseignait sa matière. Mais, pour lui, le français c’était tellement général que cela permettait d’aborder tous les terrains de la connaissance. Dans les EPS qui faisaient partie de la filière de l’enseignement primaire, je préparais le brevet supérieur. Le baccalauréat était alors préparé dans la filière du secondaire, en lycée, et lui seul ouvrait l’accès à l’enseignement universitaire. Le brevet supérieur pour sa part ouvrait la porte à d’autres voies plus professionnelles, notamment à l’enseignement primaire. Laborde nous a fait entrer dans la pédagogie « par le petit bout », par un côté pratique ; par sa façon d’enseigner, pas par les théories. Freinet par exemple ce n’était pas les théories pédagogiques qui se sont élaborées en partant de ses travaux ; elles arrivaient après
« l’imprimerie » et elles en résultaient. Laborde nous apportait l’invention géniale de l’imprimerie à l’école introduite par Freinet qui conciliait à la fois un enseignement global mais aussi un enseignement rigoureux qui prenait corps entre les doigts des élèves avec « les lettres par lettres » de la composition imprimée. Un jour, il est arrivé en classe et il a dit : « Aujourd’hui, je vais vous lire un poème ». Il a commencé de sa voix inoubliable dont tout le monde garde le souvenir :

« Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon » …

A chaque fois c’était un choc, souvent déterminant pour nous. Ainsi je n’ai jamais appris un poème d’Apollinaire et pourtant je les garde en mémoire. Pourquoi ?
Je n’ai jamais eu à les apprendre, mais je les sais. Il avait une influence majeure par l’impulsion que sa personnalité créait. Apollinaire je ne l’ai pas appris, je l’ai intégré.

R. M. – Comment Henri Laborde a-t-il transposé ces qualités d’enseignant aux Ceméa ?
D. B. – Dans la création des Ceméa c’est sans doute lui qui a fourni le dynamisme de l’adhésion. Je crois que s’il n’y avait eu que Gisèle de Failly, les Ceméa ne seraient pas devenus si rapidement ce mouvement de formation éducative, ce mouvement d’éducation populaire. Pour Gisèle de Failly, son objectif, son rêve étaient plutôt de voir se créer une grande Direction de l’Education nationale ou de la Santé en faveur de l’action sociale et du développement des loisirs collectifs. Une structure en somme, voire une partie d’une administration. Laborde avait en lui l’expérience concrète du scoutisme. En Corrèze où il avait fait ses débuts d’enseignant, en liaison avec quelques chercheurs, il avait participé à des fouilles avec ses élèves. Je lui dois d’avoir appris à travailler de mes mains et d’en être fier. Sorti d’un milieu familial des plus modestes, élevé dans un quartier de « cabanes » parmi les champs de lilas avec, après mon succès au certificat d’études l’ambition maternelle d’entrer en apprentissage dans un salon de coiffure ! J’arrivais à Turgot quasiment à l’état brut. Que je sois reçu en très bonne place, au certificat d’études avait donné lieu, dans mon quartier, à une véritable fête. Je devais à mon instituteur d’avoir pu poursuivre mes études au Cours Complémentaire d’Ivry, mais il avait eu bien du mal à persuader ma mère que c’était mieux pour mon avenir de continuer mes études. « Pas de feignants dans la famille, lui avait-elle répondu ». Laborde a d’emblée élargi notre horizon, nous a fait découvrir des centres d’intérêt, des espaces culturels sans pour autant les soumettre à un programme pédagogique préalable. Ainsi, nous étions un petit groupe d’élèves à le raccompagner parfois jusque chez lui, rue de Sévigné. Du collège Turgot près de la place de la République à l’église Saint-Paul, nous traversions le quartier du Marais qu’il nous a fait découvrir, comme en se promenant, en parcourant les ruelles, en pénétrant dans les cours des vieux hôtels chargés d’histoire, alors mal entretenus et occupés par des commerces, des ateliers… « Tenez, c’est ici que Mozart a logé… » Mozart ! Vous imaginez ? Ou bien « On va rentrer dans cette cour : regardez bien l’escalier qui est là… » Il faisait tout cela par petits bouts, comme un paysan découvrant la capitale, au hasard des balades !

R. M. – Vous nous faites bien comprendre à la fois l’adhésion, presque la fascination que provoquait Henri Laborde et l’influence qu’il a pu exercer sur une génération avide de changement et de découverte au sortir de la seconde Guerre mondiale. Mais comment s’est faite sa rencontre avec Gisèle de Failly ? Parce qu’en fait la valorisation des colonies de vacances, la vocation éducative et sociale de la vie collective pour les jeunes, elle s’en est préoccupée dès le Front populaire. Elle n’était pas enseignante au départ, plus tournée vers l’action sociale, l’une des animatrices
de « l’Hygiène par l’exemple ». En quelles circonstances leurs itinéraires se sont rejoints ?
D. B. – Précisément, je ne sais pas. Peut-être au cours d’une réunion, en se découvrant des points communs de réflexion et d’action. Ils fréquentaient des milieux sans doute assez différents mais qui, au niveau des idées, créaient des affinités… Et puis, il y avait le scoutisme.

R. M. – Henri Laborde avait-il toujours des relations avec les Eclaireuses et Eclaireurs de France ?
D. B. – Au moment où nous l’avions comme professeur à Turgot, il avait déjà pris quelques distances, pas idéologiques mais plutôt dans le partage des tâches. Il s’était catalogué très vite comme un acteur de formation, pas un théoricien mais quelqu’un qui part avec une troupe. En ce qui concerne la vie associative s’il n’y avait pas eu Laborde il n’y aurait jamais eu de mouvement Ceméa. Il y aurait eu peut-être d’autres choses avec Gisèle de Failly, des choses intéressantes, certainement mais pas cet important mouvement qui éclatait littéralement à la Libération. Parce que les Ceméa, tels qu’ils existent aujourd’hui, ne permettent pas d’imaginer l’essor de ce mouvement qui a jailli d’un seul coup à la Libération. Ce fut extraordinaire. Les gens des autres associations ne comprenaient pas ce succès qui leur paraissait inexplicable. Bien sûr, il y avait eu cet étouffement de la guerre et particulièrement de toute l’époque des années d’occupation, tout cela devait jaillir un jour. A ce propos, je reviens à mon premier stage, au château de Soucy, dans l’Essonne. C’était, en 1943, un stage semi-clandestin, non seulement à cause de l’occupation, mais parce que sa définition, sa destination n’était pas claire. Seule certitude il n’était pas orienté au départ vers les colonies de vacances. Il rassemblait majoritairement des enseignants ou de futurs enseignants conscients de la nécessité de mettre en œuvre une nouvelle forme d’éducation, de changer la façon de « faire la classe » pour les plus jeunes, encore scolarisés mais qui voulaient vraiment devenir enseignants, ou pour les enseignants en activité qui aspiraient à faire un autre métier que celui qui avait marqué leur scolarité. Dès notre arrivée à Soucy, nous avons retrouvé Laborde, mais il n’était pas seul comme à Turgot ; il y avait autour de lui toute une équipe : Gisèle de Failly qui là s’appelait Griffon (sans doute une réminiscence des Eclaireurs de France). Il y avait William Lemitt dit Patte de Chat, Jacques Vivant (Oursin), Schmitt dit Léopard et Laborde bien entendu qui s’est appelé longtemps Loup Gris. Si je cite ces noms, c’est qu’ils marquent l’équipe qui devait dès 1944-1945 assumer la mise en œuvre des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active dans leur dimension nationale et internationale.

R. M. – Mais comment Laborde vous a-t-il présenté cela ?
D. B. – Il est arrivé un jour à Turgot pour son cours, comme d’habitude, et il nous a dit. « Vous savez, il y a une chance qu’il ne faut pas rater : un stage de quelques jours qui regroupera des enseignants à quelques kilomètres de Paris, au château de Soucy ; une expérience unique en internat, mixte ». Pour nous, à cette époque le mot « mixte » était déjà un attrait insolite. « Les élèves de Turgot qui veulent s’inscrire peuvent y participer ». Ce n’était pas très cher et plusieurs d’entre nous se sont inscrits. Ce stage ne nous a donc pas été présenté comme étant destiné à des moniteurs de colonies de vacances plutôt comme une expérience pédagogique. En cours de stage Laborde nous a dit : « Il y a un endroit où vous pourriez faire des expériences formidables sur le plan pédagogique, d’abord parce que ça dure peu de temps et que c’est moins contraignant que l’école. Ce sont les colonies de vacances ». C’est ainsi que nous avons été orientés et que nous nous sommes investis dans les vacancesollectives. La mise en « mouvement » des Ceméa, c’est l’œuvre de Henri Laborde. L’expansion doit beaucoup à son investissement personnel dans les régions. A la Libération un homme a joué un rôle décisif pour les Ceméa : ce fut Jean Guehenno ; il fut chargé par le gouvernement provisoire d’organiser une Direction de la culture populaire et des mouvements de Jeunesse. Il faisait partie de ce groupe d’enseignants (il était professeur agrégé) et d’intellectuels héritiers du Front populaire désireux de réformer l’enseignement, de promouvoir l’éducation populaire et de valoriser les loisirs ; milieu où se retrouvaient Gustave Monod et Louis Cros, ce dernier devint vingt ans plus tard président des Ceméa. Henri Laborde connaissait André Lefevre, commissaire national des Eclaireurs de France et figure marquante du scoutisme laïque, lui-même lié à Gisèle de Failly dans la création des Ceméa. Il y avait donc tout un groupe décidé à promouvoir ce qu’on appelait l’éducation nouvelle, tant dans l’Education nationale que dans les mouvements d’éducation populaire et de loisirs. Jean Guehenno demanda à Henri Laborde de venir dans son Cabinet. Il accepta la proposition. Il avait alors une double idée : créer aux Ceméa une équipe nationale d’une part, et des équipes régionales d’autre part. Il avait déjà en tête des noms à la suite de contacts et des premiers stages ; et c’est ainsi qu’il me proposa d’entrer parmi les tout premiers dans l’équipe nationale. Grâce à lui je réduisis mes ambitions de carrière ; je renonçai à une carrière universitaire et j’entrai dans l’enseignement comme instituteur. Seuls les instituteurs pouvaient être mis à la disposition de nos associations. A partir de là je fus mis à disposition des Ceméa dont je devins le premier délégué général en 1969.

R. M. – Dans vos propos Laborde semble avoir, lui aussi, structuré les Ceméa. Or vous m’avez dit que Gisèle de Failly avait l’esprit plus structurant que lui. En fait ne formaient-t-ils pas une sorte d’attelage ?
D. B. – C’était je pense la conjonction de deux personnalités. Il n’y avait pas de compétition entre eux, pas du tout. Mais ils étaient complémentaires. Elle écrivait et lui il agissait sur le terrain, sur tous les terrains. Il a eu un rôle d’élargissement des objectifs des Ceméa, comme le champ des maternelles, des vacances d’adolescents, de la maladie mentale, de la formation artistique…

R. M. – Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce que vous avez vécu ?
D. B. - Parlant de ma vie, je dirais qu’elle a été fabuleuse. J’ai eu une vie extraordinaire grâce à ce goût de la découverte que nous partagions et qui n’avait pas coursalors dans les écoles de France par comparaison à ce qui existait dans d’autres pays.
A une époque où il n’y avait pas encore de structure internationale aux Ceméa, on nous demandait, individuellement, d’organiser un stage en Belgique, en Italie – je parle de l’Italie parce que ce fut ma première action en dehors de nos frontières. C’était un choc… et puis on m’a demandé d’aller ensuite plusieurs fois en Afrique où je suis retourné souvent et où je me suis beaucoup investi tout au long de mon activité.

R. M. – Qu’est-ce qui, à vos yeux, explique cet essor très rapide et international ?
D. B. – C’est difficile à dire… des militants de la première heure, dont Laborde. Il a été porteur d’une vision enthousiasmante. Je l’ai déjà dit, c’était un méditerranéen, mais en plus c’était un homme qui valorisait les réussites alors que Gisèle de Failly manifestait plutôt des exigences de travail, de ténacité. La formation par elle était plus contraignante et rigoureuse. Laborde avait un immense pouvoir de conviction, d’entraînement ; ils se complétaient. Laborde était aussi plus audacieux et disposé à élargir le champ d’action des Ceméa ; il percevait la nécessité d’élargir le champ de nos activités. Un bon exemple a été celui de notre engagement dans le Festival d’Avignon, ce qui à première vue n’avait pas grand rapport avec l’activité « colonies de vacances ». Avignon fut la rencontre de deux hommes, lui et Jean Vilar. Sans l’organisation par les Ceméa des Rencontres de jeunes, en 1955, le Festival aurait-il pris cette importance et cette pérennité ? On peut se poser la question. Paul Puaux, le successeur de Vilar à Avignon se la posait encore. Gisèle de Failly était parfois inquiète de cet élargissement de nos activités. Elle craignait qu’on ne perde de vue nos objectifs fondateurs dans la trop grande diversification des actions. C’est la rigueur de Gisèle de Failly et le rayonnement de Henri Laborde qui devaient faire des Ceméa le plus important mouvement d’éducation populaire à la Libération.



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  • Denis Bordat

  • 19/02/2008
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