La décentralisation est en marche, le sens est donné, confirmé, amplifié. Complexités de logiques sans moyen, superposition d’échelons de traitement, empilement des dispositifs et lutte de pouvoirs, mais surtout interpellation du rôle de l’Etat dans ses missions d’animation et de régulation, de garant des équités et des grands équilibres. L’émergence renforcée des lieux de décisions politiques au local, les dynamiques qui se veulent placer le citoyen au cœur de démarches dites de démocratie participative sont-elles pour autant synonymes d’une autonomie accrue des territoires ? Utopies concrètes ou illusions ?
Le recul de l’Etat, l’évolution des modes de vie n’ont pas permis l’émergence au plan local d’une nouvelle dynamique de cohésion sociale. Aujourd’hui, les territoires sont présentés comme les meilleurs garants du développement, les mieux placés pour organiser la mobilisation des différents acteurs, pour développer des réponses adaptées aux spécificités locales. Pour notre mouvement, cette apparente évidence de la « décentralisation » ne doit pas occulter la réalité de la globalisation et de la complexification croissante des interdépendances qui exacerbe les concurrences, entre les personnes, les entreprises, les territoires, mais aussi, au moins potentiellement, les solidarités.
Ces évolutions interpellent cependant notre histoire, nos ambitions, éclairent nos modes de développement, questionnent notre structuration.
Le sens politique de notre action reste bien celui de participer par la pédagogie et l’éducation à la refondation d’un projet de société alternatif. Cette ambition, se doit aujourd’hui d’intégrer les réalités de notre pays. Ce sont les collectivités qui prennent les compétences Jeunesse, qui souhaitent investir davantage les compétences liées à l’Education. Qui se préoccupent de la cohérence des actions qui maillent l’Ecole, les Loisirs, le travail Social, la Culture, la Santé, l’Europe et les actions Internationales. Ce sont aussi les réalités issues des dernières élections municipales et cantonales. Nous y voyons l’opportunité de pouvoir mieux positionner notre projet, mieux faire valoir ce que nous faisons déjà, mieux agir en amont des grandes orientations, pour peser, pour accompagner l’émergence de projets politiques forts en faveur de toute la Jeunesse, pour militer en faveur de politiques éducatives concertées.
Auprès des collectivités locales, les Ceméa peuvent, doivent, devenir des acteurs de premier plan du développement local. Cette volonté d’agir sur et avec le(s) territoire(s) pose donc ici les bases d’un véritable changement en profondeur des modalités de mise en œuvre des missions de notre mouvement.
Mais pour ce faire, il convient d’accompagner plus largement le milieu associatif. Il faut cesser de l’enfermer dans le seul champ de l’assistance, il faut renouer avec la promotion de la personne. Il faut conduire le changement. Cela concerne tout autant les responsables associatifs eux-mêmes que les pouvoirs publics.
Jean-Luc Cazaillon
Directeur général adjoint des Ceméa