Dans le numéro de janvier, nous alertions sur la question de
l’influence éducative ou consumériste que peut avoir l’omniprésence
des écrans sur les enfants et les jeunes, et sur les conséquences
qu’un tel environnement peut avoir sur leur comportement et la construction de leur identité. Télé, ordinateur, console de jeu, téléphone mobile, selon une enquête TNS Sofres, chaque famille française où vit un enfant de 6 à 11 ans dispose de dix écrans. S’agit-il d’apprendre aux enfants et aux jeunes à s’adapter ou de leur apprendre à résister à la domination des media dans nos « habitus » de vie quotidienne et nos modes de consommation ?
Face à cette question, il semblerait qu’un nombre de plus en plus important de parents soient ambivalents, en étant aussi sensibles aux sirènes de la société de consommation numérique qu’inquiets face aux risques de ne pas pouvoir contrôler le comportement de leurs enfants face aux écrans. Déjà très télé-spectateurs, ils sont devenus consommateurs de jeux vidéos, à un point tel que certaines catégories de la population sont la cible des stratégies de fabricants de jeux vidéos, au même titre que les enfants et les jeunes.
Que faire et que dire à ces nouvelles générations de parents ?
Les responsabiliser vis-à-vis de leurs enfants ? Leur dire que ces
produits sont comme d’autres aux vertus virtuellement jouissives,
et à consommer avec modération ? Certainement ! Que la logique de la société de consommation n’est pas de devenir une société éducative, bien au contraire. Les informer, les éduquer, certes inlassablement, tout en sachant que l’enjeu est politique, et que ce n’est pas gagné tant l’idéologie du libéralisme s’impose comme la seule légitimité possible de notre temps. Car ces familles n’expriment pas le sentiment d’un déni de leur condition et de leur frustration dans le fait de s’adonner aux jeux
vidéo, à la télé à défaut d’autres pratiques culturelles.
Au contraire, c’est toute la force de ces media que d’avoir inversé
la réalité et de faire prendre l’espace des media, pour des espaces
de narcissisation des personnes et leurs contenus pour des objets
de valeurs porteurs de socialisation, ce qu’ils ne sont pas.
Pour être de son temps, être comme les autres et l’être chacun
pour soi ; il faut être virtuel, accro aux séries télé, ne lire que les quotidiens gratuits, et aussi s’adonner à certains jeux vidéos...
La liste est longue des modèles d’intégration conforme ou promus
par la pub, les media et la pipolisation de l’espace politique, vis-à-vis desquels la responsabilité des éducateurs devient de plus en plus déterminante ; éduquer c’est plus que jamais faire des choix, faire vivre des valeurs, fussent-elles minoritaires, et les assumer.
Bertrand Chavaroche
rédacteur en chef
Christian Gautellier
directeur de la publication
Consulter également le site Enfants,Ecrans, Jeunes et Médias des Ceméa