Les récents projets-réformes du ministre de l’Education nationale, révèlent pour le moins un mode de considération des enfants et des jeunes scolarisés de notre pays, qui nous inquiète. C’est pour cela que depuis plusieurs mois, les Ceméa se sont associés et ont contribué aux appels, pétitions, déclarations émanant de vingt organisations. Nous avons exprimé notre opposition au projet de nouveaux programmes
du primaire qui vont à l’encontre des objectifs déclarés d’élévation du
niveau de performance des enfants et de réduction du taux d’échec par trois. Nous demandons leur refonte dans le cadre d’une réelle consultation des partenaires de l’Education.
Aujourd’hui, c’est une parole singulière que nous adressons, en réaction aux attaques successives contre les pédagogies nouvelles. Par la remise en cause délibérée du principe qui entend placer l’enfant au centre du système éducatif, les pédagogies nouvelles sont montrées comme le mauvais objet responsable de l’échec scolaire.
Marie Raynal, écrit dans le numéro 152 de Ville école intégration diversité, de mars 2008, qu’il ne suffit pas d’exercer sa volonté, ni de faire des efforts pour réussir. « Ce parti pris, dit-elle, en contrepoint trop accentué de l’idéologie de l’exclusion sociale, renvoie chacun à la responsabilité pleine et entière de ses échecs ou de ses réussites. Si les efforts sont bien entendu une composante indispensable de la réussite, une définition trop simple exclut d’office les enfants qui vivent dans la précarité permanente, les soucis et la violence. » Ce n’est certainement pas en diminuant le nombre de postes d’enseignants au risque de perpétrer des effectifs trop chargés d’élèves dans des classes déjà difficiles que l’on pourra améliorer les conditions de la réussite scolaire.
Ce n’est pas non plus en scolarisant tous les temps, au détriment des actions éducatives globales hors l’école, que l’on permettra aux enfants de trouver, du sens aux apprentissages, au vivre ensemble et de se confronter au monde qui nous entoure.
Les résultats des années de travaux conduits par les mouvements pédagogiques, les sciences humaines, les sciences de l’éducation, sur les processus d’apprentissage et la place centrale de la motivation (1) sont balayés. Ils sont remplacés par de multiples discours « populistes » (2) fondés sur la morale et sur l’autorité qui témoignent d’une volonté de retour vers des principes éducatifs anciens.
C’est parce que l’éducation est globale que les Ceméa, mouvement complémentaire de l’école, remettent l’éducation nouvelle et les méthodes actives au coeur des débats. Ce que les grands fondateurs de l’Education nouvelle ont pensé ont pensé souvent pour des publics spécifiques, nous en avons besoin aujourd’hui pour tous. ■
Zahra Boudjémaï
directrice du département pratiques et politiques éducatives
Jean-François Magnin
directeur général des Ceméa
1. Rapport du CERI, « Comprendre le cerveau, naissance d’une science de l’apprentissage » . 2007.
2. Qualificatif donné par Jack Lang et Luc Ferry dans un article du Nouvel Observateur, n°2262 paru en mars 2008