9 novembre 2009
VST n° 103 (DES LIEUX OU VIVRE) - Vivre chez soi malgré tout -
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ARIANE VIENNEY

Le service « Habitat » de l’AFASER travaille depuis 1976 sur l’aménagement et le
développement de services à partir de petites communautés d’adultes
handicapés mentaux et/ou psychiques insérées dans une cité HLM.

Les premières communautés de vie
réunissaient 7 à 8 résidants avec la présence
permanente d’un éducateur ; ce
modèle existe toujours. Il s’agit de petites
habitations ordinaires, insérées dans la
cité. Leur implantation géographique est
déterminante car elle doit faciliter l’accès
autonome de tous à tous les espaces de
la ville, à pied : proximité des commerces
et de tous les lieux publics, poste, médecins,
cinémas…
Une organisation de la vie permet à tous
d’y être acteur à part entière. Courses,
repas, ménage, suivi médical, loisirs… tout
se décide et se fait avec l’éducateur, il n’y
a pas de personnel de service. Et tout ce
qui concerne la vie quotidienne ordinaire
peut faire l’objet d’apprentissage et de formation
afin que ceux qui le peuvent et qui
le souhaitent progressent vers plus d’autonomie.
Des réunions hebdomadaires de
résidants régulent la vie communautaire,
et une large place est donnée à l’expression
des désirs et projets qui pourront se
réaliser. Des projets entièrement individualisés
s’élaborent avec chaque résidant et
sont mis en oeuvre, régulièrement évalués
par tous, résidants et équipe.
Ainsi est mise en place une dynamique
institutionnelle évolutive. Au niveau collectif,
c’est la vie communautaire. Au
niveau individuel, c’est la diversité des
parcours et des problématiques, donc des
projets, des soutiens et des aides : suivi
médical par les services de la ville, partenariat
avec les services de santé mentale,
les services culturels et sportifs de la ville,
avec d’autres services spécialisés…
Les principales caractéristiques de ces
communautés sont :
– une prise en charge par l’Aide sociale
pour le financement et le fonctionnement
de l’ensemble de la structure. Le résidant
reverse une participation forfaitaire journalière
fixée par la loi en fonction de ses
ressources. Il dispose alors de son
« argent de poche » et le gère avec l’aide
de l’éducateur ;
– une organisation simple et souple de la
vie quotidienne pour une compréhension
à la mesure de chacun ;
– une permanence éducative 24h/24.

Évolution, adaptation, invention
D’autres formules d’hébergement ont été
progressivement mises en place en fonction
des projets, des souhaits et des possibilités
des personnes qui vivent dans les
foyers communautaires.
Les appartements autofinancés sont des
logements pour deux ou trois personnes,
ou pour une personne seule en studio,loués par l’association à proximité géographique
des foyers, puis dans un second
temps situés plus loin dans la ville. Chaque
résidant paye l’ensemble de ses charges
locatives et gère un budget ; l’argent
prend alors véritablement tout son sens
social. L’équipe éducative intervient 6
jours sur 7, mais il n’y a plus de présence
permanente. Les soutiens psycho-éducatifs
et sociaux peuvent être importants, et
associés à de nombreux apprentissages.
Un palier supplémentaire est possible pour
les plus autonomes qui le souhaitent :
accéder par location ou achat à un logement
complètement autonome, à leur
nom, ce qui entraîne un changement dans
le contrat qui nous lie avec la personne.
C’est alors elle-même qui, véritablement,
définit les aides et soutiens qui lui sont
nécessaires, ce qui sous-entend en amont
qu’une formation et un parcours personnel
aient permis d’apprendre à reconnaître,
à identifier ses propres besoins,
qu’ils soient d’ordre matériel ou non. Cela
suppose de la part des professionnels un
grand respect des choix de la personne, ce
qui ne va pas parfois sans poser des problèmes
éthiques, surtout lorsque l’on sait
que plus la personne est insérée en milieu
ordinaire, et plus elle rejoint les conditions
précaires de travail et de salaire de nombreux
individus, en devant souvent renoncer
à certaines aides financières, ce qui
fragilise d’autant sa situation.
Enfin, pour d’autres résidants, une situation
intermédiaire a été trouvée entre un
logement entièrement autonome inaccessible
pour eux, une vie en foyer communautaire
où les soutiens permanents
ne sont plus nécessaires, et la vie communautaire
trop pesante avec le temps.
Ils sont actuellement quatre à habiter
ensemble dans un logement à proximité
des foyers existants avec une aide et des
soutiens à la vie quotidienne, sans pour
autant qu’un éducateur dorme sur place,
en étant sous la même protection administrative
que ceux des foyers.
Ainsi, toutes les étapes pour aller d’un
soutien permanent à l’absence de soutien
sont progressivement mises en place.
Mais, bien évidemment, cette évolution
vers plus d’autonomie n’est pas la réalité
de tous et, parallèlement, le vieillissement,
l’évolution de certaines pathologies
et l’augmentation des dépendances
nous ont amenés à nous interroger. Les
structures d’habitat évoluent donc également
au fur et à mesure des transformations
que vivent leurs usagers. Aucune
limite d’âge n’est fixée pour vivre dans
l’une de celles-ci, mais c’est à partir de
l’observation et du constat de l’accroissement
des niveaux de dépendance que la
question est abordée : une plus grande
fatigabilité de certains, une aggravation
de l’état de santé pour d’autres, liée à
l’âge, ou à la pathologie. Ces nouveaux
besoins doivent être identifiés et évalués.
L’usager lui-même peut bien sûr exprimer
ses difficultés, mais bien souvent, elles ne
sont pas identifiées comme telles. Il est
nécessaire de traduire des comportements,
d’analyser des difficultés qui sont
la conséquence d’une inadéquation entre
ce que peut vivre la personne et ce qu’on
lui propose, voire ce qu’on lui impose.
Comment pallier l’inadéquation des
rythmes individuels et les difficultés grandissantes
rendant le quotidien de plus en
plus difficile à vivre pour tous, alors qu’en
particulier la question du vieillissement
est massive et fait partie des priorités des
projets des pouvoirs publics, notamment
dans les préconisations et orientations
des politiques départementales ?

Avant, et afin de construire des réponses
institutionnelles avec des moyens adaptés,
nous sommes passés par une phase
de travaux de recherche, de colloques, de
réunions de concertation diverses pour
étayer et argumenter la mise en oeuvre de
réponses adéquates. Cette phase de
réflexion a permis d’avancer de façon à la
fois adaptée et rationnelle dans les évolutions
à mettre en place.
Nous avons créé en 1992 des demipostes
d’aide-ménagère dans les foyers.
Ainsi la reconnaissance des difficultés et
du ralentissement de certains n’a pas été
un poids supplémentaire pour les résidants
plus efficients, mais a été compensée
par ces aides. Les effets bénéfiques
ont été immédiats.
Au service de suite en appartements, la
question de l’argent et des ressources se
pose de façon plus aiguë puisque les résidants
subviennent entièrement à leurs
besoins. Quand la question de la dépendance
arrive, il s’agit de renforcer,
d’adapter et modifier les soutiens et les
accompagnements dans une logique
complètement individualisée de maintien
à domicile, cela avec autant de réponses
particulières que de situations singulières
au sein des appartements : adaptations
diverses des soutiens par l’équipe, développement
de nouveaux partenariats
dans la ville, des possibilités de retour au
sein des foyers communautaires, projets
de réorientation…
L’amorce d’un accueil de jour en 1994,
avec la création d’un demi-poste d’aide
médico-psychologique, permettait un
accueil tous les après-midi dans l’un des
foyers pour les personnes qui atteignaient
l’âge de 60 ans et pour celles pour qui les
exigences d’un travail à temps plein en ESAT
devenaient trop difficiles. Cinq résidants
bénéficient alors de ce service et rentraient
chaque jour de l’ESAT après déjeuner.
Il faudra attendre encore quatre ans pour
créer en 1996 un véritable service d’accueil
de jour implanté dans le même
quartier, ce qui est très important pour
préserver le lien, l’insertion et l’autonomie
des usagers. C’est un petit service
atypique qui répond à un double besoin
d’accueil identifié sur le département : le
problème des jeunes adultes sortant de
structures pour enfants et n’ayant pas
accès au travail ; le problème des personnes
handicapées mentales âgées du
foyer et des appartements qui ne sont
plus en mesure d’aller en ESAT. L’évaluation
du fonctionnement de ce nouveau
service montre que c’est pour les usagers
âgés une réponse entièrement adéquate,
leur permettant de continuer à vivre chez
eux tout en gardant un espace d’activité,
de rencontre, de création et de lien social
complètement individualisé, et de préparer
ainsi l’avenir, voire d’envisager plus
tard une réorientation rendue nécessaire
mais pensée et préparée suffisamment
pour éviter des ruptures brutales. Et pour
les jeunes, c’est un véritable espace de
formation à la vie sociale, à l’acquisition
d’une plus grande maturité ; c’est l’occasion
de prendre le temps après tout le
parcours de l’enfance et de l’adolescence
pour se poser et se projeter dans une vie
d’adulte qui ne fait que commencer.
Depuis février 2003, l’effectif de ce service
a été doublé, permettant ainsi de
diversifier encore plus les projets et les
accompagnements, et de répondre aux
besoins grandissants, tant pour les jeunes
que pour les plus de 45 ans.
En complément de la création du service
d’accueil de jour, le regroupement dans
l’un des foyers des personnes ne travaillant plus ou seulement à temps partiel
et l’ouverture permanente depuis le
1er janvier 2000 – assurée par un poste
d’AMP, puis depuis 2006, compte tenu de
l’augmentation importante des personnes
accueillies en journée, avec une nouvelle
augmentation des moyens – permettent à
la structure de s’adapter véritablement
aux rythmes et aux besoins de chacun.
Jusqu’à fin 1998, les foyers fermaient à
8 h le matin, puisque initialement toutes
les personnes travaillaient en ESAT. Or, malgré
de nettes améliorations dues au service
d’accueil de jour, des difficultés
persistaient en raison du rythme imposé
par la fermeture durant la journée.
Les résidants plus âgés, ne travaillant plus
ou seulement à temps partiel, peuvent
prendre le temps de se préparer tranquillement
le matin et profitent de l’ouverture
permanente de l’un des foyers,
avec de réelles possibilités de soins et
d’accompagnement. Chacun peut ainsi
moduler en fonction de ses possibilités
ses activités hors du foyer. Les effets
bénéfiques ont été immédiats. Sans cette
permanence d’ouverture de notre service
Habitat, la vie serait devenue impossible
pour beaucoup de résidants. Actuellement,
ils sont nombreux à profiter de
façon permanente de ce service à partir
duquel ils peuvent aménager leurs activités
quotidiennes internes ou externes :
travail à temps partiel, participation ponctuelle
au service d’accueil de jour, activités
avec d’autres services de la ville (personnes
âgées, secteur de santé mentale,
culturel, artistique…). Cette ouverture
permanente a permis également d’élargir
les possibilités d’accueil à des adultes qui
ne travaillent pas en ESAT, pour la plupart
adressés par le secteur psychiatrique ou
sans prise en charge spécifique.
D’autres perspectives jusque-là à l’étude
se sont développées ces dernières
années, favorisées par l’ouverture continue
de l’un des foyers et l’agrandissement
de deux des foyers permettant de
bénéficier de chambres individuelles. Un
service d’accueil temporaire, d’évaluation
et de formation à la vie sociale en situation
d’hébergement est intégré aux
foyers communautaires. Il s’appuie sur
l’ensemble de la structure avec des
moyens supplémentaires éducatifs et psychologiques.
Ce service permet de faire
des expériences de vie hors du milieu
habituel en se sentant en sécurité et sans
engagement pour du long terme, de se
préparer en douceur à une autre forme
de vie, de construire progressivement un
projet de vie autonome avec les soutiens
et les paliers nécessaires, ou encore d’évaluer
l’à propos d’un projet d’habitat en
foyer ou en appartement et de préparer
d’éventuelles étapes futures.
Après toutes ces évolutions, nous proposons
maintenant :
– trois foyers communautaires et un foyer
intermédiaire d’une capacité totale de
25 places ;
– un service d’accueil temporaire de deux
places intégré aux foyers ;
– un service de suite en appartements et
d’accompagnement à la vie sociale de
20 places ;
– un service d’accueil de jour de 18 places.
Nous pouvons ainsi diversifier au maximum
l’accueil et l’accompagnement des
personnes handicapées mentales et psychiques,
tout en s’adaptant à leur évolution
et besoins, tant vers plus
d’autonomie que vers la prise en compte
de l’augmentation de leur dépendance.

ARIANE VIENNEY, directrice du service Habitat de l’AFASER





09/11/2009
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