Il y a vingt ans, l’ONU promulguait la Convention internationale des droits
de l’enfant. C’était l’aboutissement d’un long combat depuis les philosophes
des Lumières et la lutte pour les droits de l’homme, puis pour la reconnaissance
de la spécificité des droits de l’enfant. Dès 1920, Janusz Korczak *, le grand pédiatre
et éducateur polonais, mort à Treblinka avec les enfants du ghetto de Varsovie
dont il s’occupait, avait déjà réclamé auprès de la Société des Nations une charte
spécifique pour les droits de l’enfant. Le 7 août 1990, moins d’un an après sa
promulgation, la France ratifiait la convention.
Pour les Ceméa, cette décision renforçait leur volonté de promouvoir une éducation
fondée sur le respect et la responsabilisation, sur l’importance du rôle éducatif
de l’adulte permettant à l’enfant de construire ses connaissances, ses compétences
et de prendre progressivement sa place de citoyen engagé dans son environnement.
En effet, l’essor d’une éducation émancipatrice, active, où l’enfant est acteur
de son devenir dans des collectifs stimulants était indissociablement lié aux droits
promus par la convention.
Le Parlement français, le 6 mars 2000, en votant une loi créant un défenseur
des enfants, renforça par là l’orientation prise en août 1990. Une autorité
indépendante du pouvoir en place pouvait intervenir en faveur des enfants
dont les droits ne seraient pas respectés. A la spécificité des droits s’articulait
une autorité spécifiquement dédiée à la garantie de ces droits. Trente-deux pays
dans le monde et dix-sept pays d’Europe ont aussi créé des défenseurs des enfants.
Dominique Versini, défenseure des enfants en France, préside depuis septembre
2009 le réseau européen de trente-cinq défenseurs des enfants.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de supprimer cette institution.
Peut-on faire un lien entre cet événement et d’autres éléments de contexte ?
Depuis plusieurs années, les pédagogies innovantes, les pratiques éducatrices
émancipatrices sont attaquées parfois avec violence par les tenants de valeurs
éducatives conservatrices promouvant le retour à des pédagogies passéistes.
L’objectif premier n’est pas l’émancipation et l’acquisition de l’esprit critique
par les enfants et les jeunes mais l’apprentissage de la dépendance et de la soumission.
Dans cette logique, les droits des enfants n’ont pas d’importance,
seuls les devoirs comptent. La suppression du défenseur des enfants est en cohérence
avec cela.
Les Ceméa ne partagent pas ces objectifs éducatifs et la conception de la société
qu’ils sous-tendent. Au respect des personnes, aux devoirs vis-à-vis des autres
et de soi-même, aux solidarités collectives absolument nécessaires dans notre société
fragilisée doivent nécessairement s’articuler une réaffirmation et même un
renforcement des droits, pas leur régression. ■