||1er février 2010
ÉDITORIAL
VEN 537 - Editorial : "Un bel anniversaire aux arrières-goûts amers !".
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Jean-François Magnin directeur général des Ceméa

Il y a vingt ans, l’ONU promulguait la Convention internationale des droits de l’enfant. C’était l’aboutissement d’un long combat depuis les philosophes des Lumières et la lutte pour les droits de l’homme, puis pour la reconnaissance de la spécificité des droits de l’enfant. Dès 1920, Janusz Korczak *, le grand pédiatre et éducateur polonais, mort à Treblinka avec les enfants du ghetto de Varsovie dont il s’occupait, avait déjà réclamé auprès de la Société des Nations une charte spécifique pour les droits de l’enfant. Le 7 août 1990, moins d’un an après sa promulgation, la France ratifiait la convention. Pour les Ceméa, cette décision renforçait leur volonté de promouvoir une éducation fondée sur le respect et la responsabilisation, sur l’importance du rôle éducatif de l’adulte permettant à l’enfant de construire ses connaissances, ses compétences et de prendre progressivement sa place de citoyen engagé dans son environnement. En effet, l’essor d’une éducation émancipatrice, active, où l’enfant est acteur de son devenir dans des collectifs stimulants était indissociablement lié aux droits promus par la convention. Le Parlement français, le 6 mars 2000, en votant une loi créant un défenseur des enfants, renforça par là l’orientation prise en août 1990. Une autorité indépendante du pouvoir en place pouvait intervenir en faveur des enfants dont les droits ne seraient pas respectés. A la spécificité des droits s’articulait une autorité spécifiquement dédiée à la garantie de ces droits. Trente-deux pays dans le monde et dix-sept pays d’Europe ont aussi créé des défenseurs des enfants. Dominique Versini, défenseure des enfants en France, préside depuis septembre 2009 le réseau européen de trente-cinq défenseurs des enfants. C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de supprimer cette institution. Peut-on faire un lien entre cet événement et d’autres éléments de contexte ? Depuis plusieurs années, les pédagogies innovantes, les pratiques éducatrices émancipatrices sont attaquées parfois avec violence par les tenants de valeurs éducatives conservatrices promouvant le retour à des pédagogies passéistes. L’objectif premier n’est pas l’émancipation et l’acquisition de l’esprit critique par les enfants et les jeunes mais l’apprentissage de la dépendance et de la soumission. Dans cette logique, les droits des enfants n’ont pas d’importance, seuls les devoirs comptent. La suppression du défenseur des enfants est en cohérence avec cela. Les Ceméa ne partagent pas ces objectifs éducatifs et la conception de la société qu’ils sous-tendent. Au respect des personnes, aux devoirs vis-à-vis des autres et de soi-même, aux solidarités collectives absolument nécessaires dans notre société fragilisée doivent nécessairement s’articuler une réaffirmation et même un renforcement des droits, pas leur régression. ■



01/02/2010
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