Ces 15-18 ans qui nous questionnent...

« Il nous faut pourtant faire
la différence entre les enfants, les
adolescents et les jeunes
adultes pour ne pas nous tromper
et répondre, en tant qu’éducateurs,
aux besoins des adolescents tout
en nous référant à leurs attentes,
leurs intérêts »


Cette intervention visant à travailler sur la connaissance du
public adolescent commence par cette question :
« Finalement, qui sont ces 15 – 18 ans ? »

 Des ruptures dans les rapports à son environnement

On peut considérer qu’à cet âge, l’adolescence est en train
de se terminer. Beaucoup des transformations sont déjà
bien engagées, « ils sont dans l’adolescence ».
Physiquement, ils finissent de grandir, le cœur a fini de se
développer, permettant des efforts longs, impossibles
jusque-là et qui changent le rythme des activités pratiquées.
La sexualité est en plein développement, le corps poursuit
son changement, les envies aussi et les adolescents en ont
conscience.
Cette remarque nous renvoie aux 4 ruptures acceptées et
regrettées de l’adolescence développées par Alain
Braconnier, médecin psychiatre et psychanalyste (« Le guide de l’adolescent », Odile Jacob, 2007...)

- 1. Rupture par rapport à la dépendance à la famille

A l’entrée au collège, cette rupture se traduit par une
déclinaison enfantine. Dans un premier temps, vers 14-
16 ans, l’adolescent demande à ses parents de le déposer
avant le collège pour arriver seul et paraître grand, c’est
aussi le moment où les jeunes sont demandeurs
d’indépendance, veulent faire des choses sans les adultes.
On va dormir chez des amis, on passe les après-midi entre
jeunes, sans les parents mais souvent encore sous le regard
d’un adulte un petit peu plus à distance.
Plus tard, vers 16-17 ans, on prend conscience que
l’autonomie que l’on gagne est inéluctable et nécessaire.
Cette indépendance est revendiquée et démonstrative vis-àvis
des autres, des copains, des adultes, mais en même
temps ils sont dans une quête permanente (mais loin du
regard des autres) de l’affection des parents. Elle est
confusément inquiétante, apportant de nouvelles libertés
mais apportant aussi la conscience du temps qui passe et
du fait que l’on est amené à remplacer ses parents dans la
société, à vivre après leur mort. Cette inquiétude et ce
besoin d’indépendance se traduit souvent par des rapports
conflictuels avec la famille qui reste tout de même le seul
point de repère intangible.

- 2. Acceptation de la sexualité.

Cette partie importante des changements dans la relation à
l’autre est source d’excitation, de réjouissance et d’envie de
découverte mais aussi d’inquiétude. A ce sujet, un certain
nombre d’études montre que l’inquiétude est plus forte pour
les garçons que pour les filles, que les questionnements
sont aussi très importants pour les garçons. « Vais-je être à
la hauteur ? Suis-je normal ? » La pression sociale est forte
et il faut y répondre.
Cette question et ces inquiétudes fragilisent les adolescents
et influent sur les comportements pour maintenir une image
publique qui ne laisse pas paraître ces questionnements.

- 3. La projection dans l’avenir

Là encore il existe une dualité chez les adolescents dans la
façon de se projeter dans l’avenir. D’un côté il y a un
enthousiasme à se projeter dans un avenir d’adulte
rayonnant et abouti, qui a un travail qui lui plaît, une famille
et une indépendance qui permettent de s’épanouir. De
l’autre côté, il prend conscience des contraintes qu’impose
une vie d’adulte et ne souhaite pas forcément les assumer.
Les adolescents se réfugient alors dans un mode de vie
« Carpe Diem », sur le mode de ce que l’on peut voir dans le
film Le Cercle des poètes disparus, on vit les choses au
rythme où elles se présentent sans doute parce qu’il est trop
difficile de se décider à s’engager dans un avenir qui promet
de permettre d’avancer mais dans lequel, une fois engagé il
faudra assumer des contraintes d’adulte avec toutes les
incertitudes que suppose l’inconnu.

- 4. Le contrôle des pulsions

L’adolescence est le moment où l’on comprend, on admet
qu’il faut maîtriser ses pulsions et ses émotions. On
développe un contrôle de soi bénéfique qui permet de moins
rougir en public, d’être moins maladroit et moins impulsif
dans ses gestes@ Ce même contrôle permet aussi de
maîtriser ses envies de faire des bêtises, de respecter les
codes sociaux selon les situations. Cette maîtrise est
souvent mal vécue par les adolescents qui y voient là une
soumission à des règles qu’ils n’ont pas choisies, à l’ordre
dominant. Et c’est aussi ce sentiment qui amène à des
comportements contestataires.
Des réalités différentes et des changements dans
la relation aux accueils collectifs
Mais parler des 15-18 ans, ce n’est pas parler d’une
catégorie homogène de jeunes dont on peut tirer des
généralités sans apporter quelques modulations.
A 16 ans, c’est la fin de la scolarité obligatoire et c’est aussi
la première étape de l’orientation scolaire. Selon le choix qui
est fait, les réalités sont différentes : le choix d’une scolarité
en cycle long n’amène pas les adolescents dans le même
monde que le choix d’une scolarité courte ou, à plus forte
raison, de l’apprentissage. L’indépendance financière sera
plus ou moins rapide que l’on soit étudiant ou apprenti, se
développe aussi parfois un certain complexe du savoir entre
les filières longues et les filières « pro ». Les jeunes en
apprentissage ou dans les filières courtes ne se jugeant
« pas capables » de discuter ou de réfléchir comme
pourraient le faire les étudiants des filières longues.
C’est aussi l’approche de la majorité légale et notamment la
possibilité de passer le permis de conduire, symbole de
l’indépendance. C’est dans ce cadre que les structures de
jeunesse, qu’ils connaissent souvent depuis leur enfance,
essaient de leur proposer un accueil et des activités. Le
public qui était captif jusque là, amené par les parents qui
souhaitaient les voir au centre, devient un public volatile qu’il
faut dans un premier temps faire venir au centre. Il est donc
nécessaire de les intéresser, de leur montrer un intérêt pour
eux à venir tout en étant vigilant à ne pas devenir
démagogique et quitter notre rôle éducatif pour les séduire,
en faire uniquement des clients de ces structures.

 Modes et cultures

Enfin on ne pourrait pas parler des caractéristiques de
l’adolescence sans évoquer la relation qui existe (et la
confusion) entre intérêt et besoin.
Le poids de l’environnement et de la société de
consommation est prégnant aussi à cet âge, ce qui fait dire
à Jean François : « Dans nos sociétés, l’adolescence, quand
on la situe, est devenue moins une tranche d’âge qu’une
classe sociale avec son pouvoir d’achat ». La vision qu’en
ont ceux qui n’y sont pas met aussi les adolescents sous
pression. Les plus jeunes ont hâte d’y être pour grandir plus
vite, pendant que les adultes idéalisent ce qu’ils ont pu y
vivre créant une nouvelle catégorie, les « adulescents », qui
cherchent à se comporter comme de grands ados.
Il nous faut pourtant faire la différence entre les enfants, les
adolescents et les jeunes adultes pour ne pas nous tromper
et répondre, en tant qu’éducateurs, aux besoins des
adolescents tout en nous référant à leurs attentes, leurs
intérêts.

Ces constatations nous obligent à faire la distinction entre ce
que l’on nous présente comme une culture adolescente et
les modes qui touchent les adolescents. Les modes sont
des supports temporaires qui permettent aux individus une
identification à un groupe ; elles ne sont que de passage
lorsque la culture serait un élément plus permanent. Si
l’adhésion à la musique, l’importance du paraître peuvent
apparaître comme des éléments de la culture adolescente,
et répondent à un certain nombre de besoins que l’on
identifie ensuite, le « rap » et les « jeans slim » restent des
modes comme l’ont été le rock et les cheveux longs à leur
époque. Si le mécanisme contestataire qui sous-tend le
succès de ces mouvements reste le même (ce que l’on
identifiera à la culture adolescente), sa traduction varie selon
les périodes (ce que l’on identifiera à la mode). Les modes
emprisonnent et briment, notre rôle d’éducateur est donc
d’identifier les besoins qui se cachent derrière pour y
répondre et permettre aux individus de se construire et de
progresser :
- Exister : Agir, Produire, Créer
Chaque adolescent a le besoin d’exister, de se sentir
vivre et d’être utile. Le fait d’agir, de produire ou de créer
permet à l’individu de laisser une trace. De même que les
adultes font des enfants pour continuer de vivre après
leur mort, par le souvenir qu’ils laissent, les adolescents
ont le besoin de laisser une trace pour le collectif, dans la
société. Construire pour se construire.
- Exprimer, s’exprimer
Par les arts, par la musique, parfois par l’écrit ou par
l’oral, les adolescents ressentent le besoin d’affirmer
leurs convictions, leurs doutes, de tester leurs idées en
commençant leurs phrases par le « Moi, je@ ». Les
messages sont parfois directs, parfois indirects, comme
ces bandes qui discutent l’air de rien à côté d’un
professeur dans le couloir du lycée.
- Se socialiser
Les phénomènes de modes, de bandes, de « meilleurs
amis » sont des illustrations de ce besoin de
socialisation. Le besoin de s‘identifier à un groupe, se
rassurer quant à sa normalité pousse les adolescents à
se rassembler mais aussi à se séparer pour affirmer ou
construire une identité. Ce que renvoie l’autre est une
sorte de miroir qui rassure sur ses propres choix. « Je ne
suis pas le seul, je ne suis donc pas tout à fait dans le
faux, je suis normal. » Mais alors que doit-on penser de
la solitude, de ces adolescents solitaires ? Est-ce une
solitude voulue ou subie ? Comment y répond-on ?
Quelques pistes pour des actions réalistes et
concrètes
De ces quelques remarques sur l’adolescence, il est
intéressant de faire le lien avec quelques principes que l’on
peut retrouver dans les actions d’animation à destination des
15-18 ans :
- Tenir compte du réel, s’appuyer sur le réel pour « faire
du vrai » qui donnera du sens et ne sera pas une
simple action qui vise à séduire et rester sur les
intérêts superficiels que peuvent exprimer les
adolescents au premier abord. C’est-à-dire ancrer ces
actions dans un environnement, en fonction des
besoins fondamentaux des jeunes qui s’inscrivent
dans le projet. S’appuyer sur la vie du quartier pour
accompagner les plus âgés, ou les plus jeunes, donner
des responsabilités vers l’extérieur et la vie locale en
préparant, par exemple, les adolescents à être babysitter
dans le quartier, en leur proposant de passer le
BAFA et en les accompagnant dans cette aventure, en
inscrivant leur action dans l’histoire du quartier et de
ses habitants.
- Tenir compte du rapport au temps des adolescents et
de la difficulté de se projeter dans un temps long qui
sépare le moment où l’on s’inscrit sur une action et sa
réalisation. Entre temps, il y aura eu les difficultés
rencontrées pour monter le projet, les phénomènes de
groupes qui, lorsqu’un se désengage, entraîne les
autres. Puis ils reviendront@ Comment dans cette
situation monter un projet à plusieurs mois pour partir
en vacances, en voyage ou en chantier solidaire ?
Faut-il pour autant ne proposer que des projets courts,
à la semaine voire à la journée ? Et pourtant les
adolescents ont besoin de s’engager, et c’est aussi la
durée qui donne du sens et la satisfaction d’avoir
réussi quelque chose.
- Enfin, où est l’adulte et que fait-il ? Il reste une aide à
la réussite du projet et doit être celui qui donne la
visibilité à la réussite tout en accompagnant à
l’autonomie. Et l’on retombe sur le besoin de doser
notre action entre accompagner et faire à la place.
Entre le besoin d’autonomie des adolescents sur les
projets (et si l’on parle de projets longs la question est
encore plus importante) et le devoir de réussir le projet
collectif pour qu’il soit constructif et non destructeur. Si
l’on parle de monter un projet de vacances et que l’on
engage le projet, il faut qu’un groupe parte en
vacances. Peut-être que l’adulte aura dû faire
beaucoup de choses à certains moments, mais il
faudra aussi qu’il sache profiter des moments
d’engagement pour lancer le groupe en autonomie.
L’adulte a un devoir d’aider l’adolescent à réussir.
En conclusion, il est important dans cette phase de leur vie
que les adolescents puissent rencontrer des adultes de
passage qui les accompagnent dans ce temps de transition
vers l’âge adulte puis qui disparaîtront sûrement. Il faut des
adultes en capacité d’écoute qui soient capables de les
accompagner dans cette transition. « Des adultes
identificatoirs positifs » (d’après le docteur Zeller dans une
intervention d’un regroupement des CEMEA).

Benoit Leutreau


17/03/2010




La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE 2017
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Politiques sociales
Pratiques culturelles
MÉDIAS, ÉDUCATION CRITIQUE et ENGAGEMENT CITOYEN