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  • François Chobeaux
  • Vie Sociale et traitement N° 125 - l’avenir de la psychithérapie institutionnelle
    Chambres d’isolement : la contagion dans les têtes - Edito du VST n°125
    François Chobeaux

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    Lu récemment sur un forum professionnel d’éducateurs : « Je travaille dans
    le secteur autisme. Nous avons des enfants très violents, nous voulons donc
    aménager une chambre de repos pour la sécurité d’un enfant qui se tape
    la tête contre les murs et casse tout ! Nous voulons que cette pièce soit
    fermée (pour ne pas mobiliser un éducateur devant la porte et pouvoir
    nous occuper des autres enfants) avec un hublot pour le surveiller. Avez-vous
    cela dans vos structures ? Faut-il forcément un accord du soin ? Cela
    fait un peu hôpital psychiatrique mais nous en avons absolument besoin
    pour un enfant qui se met en danger, nous-mêmes et les autres enfants
    du groupe qui sont terrorisés ! Merci de nous aider. Nous n’avons pas d’aide
    de l’hôpital de jour qui ne veut pas de notre enfant car aucun groupe ne
    lui correspond ! Lol nous restons avec notre enfant sans aucune solution.
     »
    Les échanges qui suivent partent dans trois directions : un rappel des bases
    de la clinique individuelle avec la suggestion de chercher à comprendre
    quand et comment les crises de cet enfant démarrent ; la proposition d’application
    par les éducateurs d’une méthode de réponse comportementaliste
    portant sur la sécurité de tous, avec indication de la piste Internet
    à suivre pour la découvrir ; et le conseil de s’appuyer sur les recommandations
    de l’ANESM et de la HAS en ce qui concerne les salles d’apaisement,
    dont la nécessité apparaît comme une évidence pour les contributeurs.
    Ce qui est étonnant, c’est que les avis sont diamétralement opposés entre
    les tenants de l’approche par la compréhension clinique, qui ne parlent
    absolument pas de la gestion des crises, et ceux de la contention, qui
    n’abordent pas l’étiologie des mêmes crises. Comme une façon de mettre
    en jeu ici de façon inconsciente le conflit binaire entre l’approche psychodynamique
    et l’approche cognitivo-comportementale. Ce qui est étonnant,
    également, c’est que la question du fonctionnement institutionnel,
    de l’analyse de l’institution en tant qu’espace producteur potentiel de
    souffrance n’est absolument pas posée. Et ce qui est choquant, c’est
    que la majorité des contributeurs ne s’embarrassent pas de questions
    éthiques à propos de la solution évidente qu’est l’isolement en
    chambre ad hoc : c’est techniquement possible, il suffit de suffit de respecter
    les règles.

    La discussion s’est tarie après quelques jours d’échanges animés, la dernière
    contribution proposant une efficace solution : « À l’IME où je suis,
    on possède une pièce comme celle que vous avez décrite. Nous avons
    une page FB et on peut se contacter par téléphone. » Réponse soulagée
    (?) : « Je prendrai contact avec vous. » Puisqu’on a le droit, pourquoi
    encore plus discuter, c’est vrai, non ?

    Ne soyons pas naïfs. Il y a des situations où la mise à l’écart du groupe
    et le containement (le countaining de Winnicott, pas la contention) sont
    nécessaires, et il peut y avoir besoin d’un lieu pour tenir à l’écart. Un
    « lieu » ; surtout pas une « chambre d’isolement » ! La différence sémantique
    n’est surtout pas neutre. Il y a aussi des équipes mal encadrées,
    mal formées, avec des hiérarchies incompétentes. Et il y a des services
    de pédopsychiatrie avec qui les relations sont difficiles. Mais tout cela
    justifie-t-il d’aller si simplement et directement à LA solution technique
    de l’isolement dans une chambre capitonnée ?

    Une question semblable était posée il y a peu de temps dans un débat
    public portant sur la légitimité de l’isolement en psychiatrie ; ici également,
    l’origine des crises de violence n’était pas abordée. L’impossibilité
    croissante de les gérer était pointée avec les explications convergentes
    connues : la fin de la formation des infirmiers spécialisés en psychiatrie,
    la féminisation du personnel soignant, la banalisation médicale de l’internat
    en psychiatrie, et le sous-encadrement des services. Pourquoi pas ?
    Rien n’est faux dans ce triste tableau. Mais tout le monde oubliait que
    les chambres d’isolement sont de diffusion récente, enfants de la politique
    sécuritaire sarkozienne, et leur usage était légitimé par un
    double argument massue : « Elles sont là, il faut bien s’en servir et d’ailleurs
    elles sont utiles
     » ; et aussi, de toute façon, « il y a une recommandation
    de bonne pratique, si on la suit ce n’est pas de la sauvagerie
     »
    Force est de constater que faute de références théoriques et pratiques
    permettant de prendre en compte les complexités, les recherches de
    réponses aux situations de violence vont évidemment vers le plus simple
    et le plus évident, dans une logique réactionnelle sans issue, qui ne fait
    que répondre à une violence du sujet, non comprise, par une violence
    d’institution non analysée car non consciente.
    Augusto Boal, l’inventeur du Théâtre de l’Opprimé, parlait du flic qu’on
    a dans la tête
    comme du premier niveau de l’oppression auquel résister.
    Il y a ici de grandes perspectives en la matière, à commencer par l’interrogation
    de la formation que ces jeunes professionnels ont reçue et
    celle du rôle de leur hiérarchie. Ils sont tellement le produit de
    l’époque, et de l’absence de pensée autre que corporatiste dans le milieu
    professionnel !

    FRANÇOIS CHOBEAUX

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    08/04/2015




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