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  • François Chobeaux
  • Non aux gifles et aux coups de pied aux fesses ! - Editorial du VST N°126 "Comment prendre soin"
    François Chobeaux

    Nous voici donc mis au ban des nations civilisées par le Conseil de l’Europe,
    cette grande institution intergouvernementale garante du respect
    et de l’application du droit. La France, pays des droits de l’homme et
    des libertés, la France, signataire de la Convention internationale des
    droits de l’enfant, n’a toujours pas interdit la gifle, ni la fessée !


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    Dans sa grande vigilance juridique, cette indispensable instance en charge
    de la destinée morale du continent nous a interpellés le 4 mars : « Le droit
    français ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante
    et précise des châtiments corporels. »
    Bigre, quel triste sort que celui des enfants français, giflés, fessés et rompus
    de coups de pied aux fesses par des adultes restant impunis par la
    grâce d’un laxisme législatif ancré sur un préhistorisme pédagogique.
    Faut-il pourtant rappeler que quelques solides textes pénalisent en France
    la maltraitance des personnes vulnérables, qui plus est des mineurs ? Que
    d’autres textes, solides également, fondent et organisent une protection
    de l’enfance qui peut être imposée aux parents ? C’est ce qu’a fait
    immédiatement la secrétaire d’État chargée de la famille. Merci. Mais
    ça n’a pas suffi, la polémique continue.
    Elle continue parce que la question n’est pas celle des maltraitances
    majeures, c’est celle de la baffe qui part quand ça chauffe trop. Et là,
    l’exigence européenne avec ses trois adjectifs qualificatifs « claire »,
    « contraignante » et « précise » inquiète.
    Il va évidemment être nécessaire de typer, caractériser, définir, en un
    mot de mettre en norme, pour savoir de quoi l’on parle. Définir très
    exactement les actes interdits, donc les décrire avec une extrême précision.
    Il va falloir quantifier la puissance maximum autorisée, après s’être
    mis d’accord sur un outil de mesure évidemment agréé et sur des seuils
    graduant l’horreur. Différencier la pichenette de la tapette, celle-ci de
    la baffe, avec les doigts ou avec la paume, et évidemment traduire ces
    mots en vingt-cinq langues afin de ne parler que d’une seule auprès
    de nos instances de contrôle. Il va falloir fixer des seuils de puissance :
    moins de 3 newton, ça passe mais n’y revenez pas, plus de 10 c’est le
    procès aux assises. Attendons avec grand intérêt la publication de ce futur et ô combien nécessaire document, qui pourra peut-être bien involontairement
    constituer une suite à un récent ouvrage américain à succès
    racontant la rencontre animée entre un beau chef d’entreprise et
    une gentille stagiaire, comme une nouvelle visite de la littérature érotique
    inscrite dans la lignée de Sade, Pauline Réage, Anaïs Nin et Virginie
    Despentes. Enfin un texte réglementaire passionnant !
    Ce courant de fond non violent pose également des questions beaucoup
    plus politiques, nettement moins plaisantes. Pendant ce temps dans
    toute l’Europe, les enfants roms sont baladés avec leurs parents, des
    mineurs étrangers isolés sont maltraités dans le cadre de droits nationaux
    incohérents entre eux, des maltraitances institutionnelles se
    poursuivent avec des dispositifs publics d’éducation et de soins largement
    perfectibles, des mineurs sont emprisonnés… La focalisation morale
    sur la violence privée vient ici masquer la violence institutionnelle, administrative,
    bureaucratique, normative, gestionnaire, rationaliste, quantifiante,
    objectivante, émanations de ce monstre doux qui jamais ne lève
    main ni pied mais qui codifie, sélectionne, trie, évalue, catégorise, en
    oubliant juste l’humain.
    Alors oui, trois fois oui à une éducation non violente, mais ne nous trompons
    pas de sens pour lancer la machine : à société dure, violente, productions
    humaines violentes… dont les baffes. La faute initiale au baffeur,
    qui évidemment ne fait que reproduire cette société à sa façon ? Quand
    on n’a pas appris à inter-dire quand ça va mal, comment faire autrement
    qu’interdire en sanctionnant, la main pour le faire remplaçant parfois
    les mots pour le dire s’ils ne sont pas là ?
    Et pour finir, à propos de littérature : si je me souviens bien, cette immonde
    mère perverse, sadique, qu’est Folcoche dans Vipère au poing, de Bazin,
    est une excellente mère au filtre des exigences du Conseil de l’Europe
    puisque jamais, au grand jamais, elle n’a levé la main sur ses deux garçons.
    Il y a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent.

    FRANÇOIS CHOBEAUX
    Avec les relectures de Lin Grimaud, Carine Maraquin, Joseph Rouzel

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    28/04/2015




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