Le Bafa écartelé
Fabrice Deboeuf

Le champ de l’animation est en profonde évolution
depuis quelques années. Mutation qui ne va pas sans questionner
le statut et la formation des acteurs. La réforme
des rythmes éducatifs, la création des accueils périscolaires
ont accéléré la professionnalisation d’une partie de l’animation
en ACM. À l’autre bout de la planète ACM, plus d’un
million d’enfants partent chaque année en séjour collectif
encadré par des centaines de milliers de jeunes animateurs
ne se destinant pas au métier d’animateur mais le faisant
dans le cadre d’un engagement volontaire et citoyen.


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LA RÉFORME PASSE À CÔTÉ DES ENJEUX

Ces évolutions auraient dû amener le ministère de la Jeunesse
et des Sports à les prendre plus en compte dans
la rénovation du Bafa et du Bafd qu’il a initié en novembre
2011. À l’origine, cette réforme est d’abord motivée par
la simplification administrative et le renforcement des
contrôles des organismes de formation.
La réforme des rythmes scolaires et l’évolution du contrat
d’engagement éducatif (contrat de travail pour les animateurs
d’ACM dans le cadre extrascolaire) intervenus dans la période obligeaient à repenser le périmètre de
la rénovation. À l’issue du travail de concertation,
un nombre important d’organisations, dont les Ceméa
ont émis un avis défavorable au texte proposé
au CNEPJ (Conseil national de l’Éducation populaire
et de la jeunesse) le 9 juin 2015. En effet pour nous,
cette réforme n’est pas suffisamment porteuse de sens
et de clarification pour les ACM et les formations qui
en découlent. D’abord parce qu’il y a une incohérence
entre le décret qui réaffirme le sens de l’engagement
des jeunes pour un encadrement occasionnel et non
professionnel pour le Bafa et le Bafd et l’arrêté qui permet
de faire une partie de son stage pratique en temps
périscolaire. Mais aussi parce que le Bafa et le Bafd restent
orphelins d’un texte plus global actant la création
d’un véritable statut du volontariat dans l’animation.
Malgré les prises de position dans ce sens dans le rapport
de la commission parlementaire du député Michel
Ménard sur l’accessibilité des jeunes aux séjours collectifs
et de loisirs, l’intervention au Sénat de la ministre
de la Jeunesse et des Sports Najat Vallaud-Belkacem
lors d’un débat sur les colonies de vacances en juin
2014, l’intervention du président de la République
François Hollande au congrès Léo Lagrange et
le rapport du président de l’Assemblée nationale
Claude Bartolone sur l’engagement citoyen et l’appartenance
républicaine, cette question n’est toujours pas
traitée. Les textes présentés au CNEPJ, loin de régler
cette question, la rendent encore plus floue en amalgamant
les animateurs oeuvrant dans un cadre professionnel
sur le temps périscolaire et les animateurs oeuvrant
dans un cadre non professionnel lors des temps extrascolaire
en particulier lors des séjours collectifs.

DISPARITION DE L’OBLIGATION
DE L’AGRÉMENT JEP

Nous réaffirmons également l’ancrage des ACM et
des formations Bafa-Bafd dans l’Éducation populaire.
Nous portons un projet de vacances et de loisirs collectifs
émancipateurs en opposition à une vision marchande
et consumériste. Et dans cette approche, nous
regrettons la disparition de l’obligation de l’agrément
JEP (Jeunesse et Éducation populaire) dans les textes
réglementaires. Celui-ci n’est plus obligatoire pour
demander l’habilitation nécessaire à l’organisation de
formations Bafa-Bafd. Un certain nombre d’organisateurs
d’ACM sont des entreprises commerciales dont
les offres sont destinées à répondre à la demande
solvable ou à capter la commande publique via
les appels d’offre. Il nous semble que, tant en matière
de formation que d’organisation des ACM, un agrément
JEP obligatoire et contraignant permettrait une
certaine clarification entre les démarches éducatives et
celles à seule finalité marchande. Cette nécessaire
clarification s’inscrit dans le même mouvement que
la reconnaissance d’un volontariat de l’animation qui
ne pourra vivre que dans le cadre d’un engagement
social et citoyen de jeunes pour les vacances dans des
structures à but non lucratif.

L’ouverture d’un travail sur les colos innovantes
proposé par le ministère suite au rapport de Michel
Ménard ne peut-il pas être l’occasion de valoriser
le sens éducatif et les valeurs de l’Éducation populaire
dans les vacances collectives ? Dans le même temps,
une commission de travail du CNEPJ doit être créée
sur la question de la professionnalisation de l’animation,
ce dont nous nous réjouissons. Nous espérons, et
ne doutons pas, que soit créée dans la même logique
une commission sur l’engagement des jeunes non
professionnels dans l’animation.

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30/07/2015




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