08/03/2016
L’impensé de la République ( Editorial VST n° 561 "Une histoire d’héritage )…"

François Chobeaux


Et si les philosophes des Lumières et les pères de nos révolutions et de nos constitutions s’étaient trompés ? Et si le centrage sur la reconnaissance de l’individu et sur les droits de celui-ci, construit sur la négation des cultures et des appartenances collectives avec ses actuels effets sociaux et politiques ravageurs, était une erreur initiale fondamentale, introduisant dès l’origine le ver dans le fruit constitutionnel, ce qui en a altéré peu à peu et de façon irrémédiable la texture et la saveur ?

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Ces philosophes ont révolutionné la pensée du monde et sur le monde au XVIIIe siècle. En France, cela a contribué à la Révolution. Puis vint la Constitution, les Hommes égaux en droits… Comme si les individus n’appartenaient pas également, en même temps, à des groupes, à des collectifs, construits et agis par des cultures différentes ! Les jacobins contre les girondins, la Patrie en danger, la Terreur, tous unis sous la bannière tricolore, nécessité a fait loi. Et si était né là l’individualisme concurrentiel qui trouve aujourd’hui son apothéose dans le libéralisme capitaliste ? Liberté (de soi) d’abord, Égalité faut voir, Fraternité on verra demain. L’individu sans la culture c’est la loi de la jungle, l’individu sans la reconnaissance de son ou de ses groupes d’appartenance c’est l’anomie. Premier ver dans le fruit, donc, la négation des groupes et des identités collectives au nom de l’unité nationale à défendre, pensée comme un bloc sans failles et sans alternatives.Tous pareils.

Épisode suivant, cette affiche dans des salles de classe durant la Troisième République : « Interdit de cracher par terre et de parler breton ». L’école publique s’est construite sur la négation des appartenances territoriales, tous petits enfants individuels de la Patrie. Tous égaux grâce aux valeurs universelles, mais tous bien uniformes.

Troisième ver dans le fruit, aujourd’hui l’évidence d’inégalités sociales, culturelles, économiques, grandissantes. Banlieues de relégation, faciès, parkings sociaux faits de divers statuts et stages plutôt que vrais emplois pour les jeunes, racisme permanent et partout. Avec à la clé une partie des jeunes générations perdue, dont certains n’ont jamais cru ou ne croient plus dans les valeurs de la République. Comment s’étonner des développements, chez ces jeunes, de pensées simplistes, nationales-populistes ou religieuses, qui expliquent tout dans d’étranges rationalités et procurent à la fois identité, compréhension du monde et sentiment d’action sur celui-ci ? Les adhésions à des idéologies radicales sont d’efficaces moyens pour apaiser les angoisses. Et comment lutter contre les ravages de ces pensées simplistes, à part en comprenant que c’est aussi la façon dont la République a été pensée et est construite qui contribue largement à tout cela, et qu’au fond le problème n’est pas la réforme de l’école, la politique de la Ville ou l’aide à l’emploi pour les jeunes, mais la question de la reconnaissance des identités.

Il faut aujourd’hui reconnaître à la fois les appartenances collectives et les droits individuels, en n’opposant plus sujet et collectif, en sortant de l’« intégration » à la française qui désintègre en isolant. Cela sans aller à l’opposé, vers le « communautarisme » racial à l’anglo-saxonne. Changer les mots, les concepts, peut y aider : substituer individuation à individualisation, penser « communautés » et pas « communautarisme  », en articulant en permanence les deux termes afin qu’ils se renforcent mutuellement.

Mais même avec une nouvelle Constitution fondant une Sixième République qui pourrait articuler individu et appartenances, restera de toute façon à (re)construire une société qui propose à la fois des idéaux, des utopies, et une pensée de la complexité appuyée sur une analyse objective des conditions réelles de la vie, plutôt que sur la récitation incantatoire de mythes fondateurs certes généreux, merveilleux, mais rendus et devenus inopérants.

FRANÇOIS CHOBEAUX Avec les propositions critiques de MONIQUE BESSE, LIN GRIMAUD, SAÜL KARSZ, JEAN-PIERRE MARTIN, CHRISTINE PIEUCHOT, JOSEPH ROUZEL, HENRI SANTIAGO-SANZ.




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