VEN 568 - Jouer avec des Marionettes
La rentrée dans le rétro !
Jean-Baptiste Clerico

L’Éducation nouvelle est très attachée
à être cohérente, c’est-à-dire à faire
ce qu’elle préconise. Lors de l’accueil
d’un groupe, si elle promeut l’égalité,
les personnes accueillies seront assises
en rond, y compris les encadrants…
Le proverbe « faites ce que je dis et non
pas ce que je fais » devrait être proscrit
de toutes formes d’éducation.


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Le nouveau ministre de l’Éducation nationale
a annoncé, et mis en oeuvre, une série de
mesures pour faire évoluer notre système
éducatif. Nous ne reviendrons pas sur l’ensemble
de ces mesures, seulement sur une ou
deux. Premièrement, la question du redoublement,
il semblerait que cette mesure, le
fait de « ré-autoriser » le redoublement soit
bien acceptée par la population française.
En effet, 68% des Français.e.s seraient hostiles
à l’interdiction du redoublement1. La question
a été posée de cette manière-là, nous pouvons
nous demander si la question avait été :
« Êtes-vous favorable au redoublement ? »,
aurions-nous obtenu, alors, le même pourcentage
d’adhésion ? Nous sommes en droit
de nous demander pourquoi ce ministre, ce
gouvernement, décident de mettre en oeuvre
cette mesure. Est-ce parce qu’elle est acceptée
par une large majorité d’électeur.e.s ? En tout
cas, ces derniers.dernières sont massivement
hostiles à son interdiction. Le fait d’aller, sur
certaines réformes, dans le sens de l’avis du
plus grand nombre n’est-il pas une stratégie
pour « préparer » des mesures plus impopulaires
 ? Est-ce parce que cette mesure est
efficace ? Dans ce dernier cas, de quelle efficacité
parlons-nous ? Celle de favoriser la réussite
scolaire du plus grand nombre ?
Celle de permettre de meilleurs apprentissages ?
Celle de développer de nouvelles compétences
 ? Celle de sélectionner une certaine
classe sociale d’élèves ? Nous pensons que
ces questions sont légitimes.
Une deuxième mesure qui va être mise en
oeuvre est d’inciter (d’obliger ?) les enseignants
à utiliser des méthodes pédagogiques qui ont
été testées scientifiquement. Nous pouvons
tout de même nous demander si le ministère
fait bien référence à l’ensemble des disciplines
scientifiques.
Il nous semble intéressant, ici, de croiser ces
deux mesures : « permettre le redoublement »
et « faire référence à la littérature scientifique ».
Le fait d’autoriser le redoublement a-t-il été
étudié scientifiquement et la littérature scientifique
de cette thématique le recommande t-
elle ? Nous pouvons penser que c’est le cas,
sinon cette mesure ne serait pas proposée.

La question du redoublement
et des apprentissages

Mais quarante ans d’études sur cette question
nous montreraient que le redoublement ne
favorise pas les apprentissages. La littérature
de cette thématique de recherche parle de
« redoublants » et de « faibles promus ». Dans
ce dernier cas, il s’agit d’élèves qui n’ont pas
forcément acquis toutes les connaissances et
compétences à la fin de l’année scolaire mais
qui ont tout de même intégré le niveau
supérieur. Dès 19752, ainsi que les premières
méta-analyses anglo-saxonnes 3 du début
des années Quatre-vingt et celles du début
des années Quatre-vingt-dix 4, montrent que
le redoublement est préjudiciable aux élèves
qui en sont l’objet, c’est-à-dire que les redoublants
progressent significativement moins que les élèves faibles promus.
Ces études nous montrent également qu’à niveau
constant, c’est-à-dire en fin de CE1, il n’y a
pas de différence entre les élèves « faibles
promus » et les redoublants, si ce n’est que
les redoublants ont un an de plus que les
autres ! Comme toujours, dans le cas de ce
type de recherche, il s’agit de moyenne, nous
constatons tout de même que pour certains
élèves le redoublement peut être positif
l’année du redoublement, c’est-à-dire que
ces élèves obtiennent de meilleurs résultats
la deuxième année que la première. Mais
cette proportion d’élèves est faible ; seulement
20% des élèves redoublants se trouvent
parmi les 50% d’élèves qui réussissent le
mieux aux tests proposés. Les travaux français
du début du XXIe siècle 5 vont également dans
ce sens. En moyenne, les promus faibles
obtiennent de meilleurs résultats que les
élèves pénalisés d’une année au début de
leur parcours scolaire à l’école élémentaire ;
les moyennes du groupe des promus faibles sont systématiquement et significativement
supérieures à celles du groupe des redoublants.

Redoublement et parcours scolaire
Un tableau paru dans la revue Éducation
et Formation 6 met en évidence le lien entre
la précocité du redoublement et l’échec
scolaire. La moitié des élèves qui ont redoublé
leur CP vont quitter l’école sans diplôme
ou avec le seul diplôme national du Brevet
des collèges. Seuls 9% d’entre eux décrocheront
un baccalauréat général ou technologique.
S’il redouble en CM2, l’élève a encore
une probabilité de 40% de quitter l’école
sans diplôme ou avec un DNB alors que
cette situation ne concerne en moyenne que
19% de l’ensemble des élèves. Si nous prenons
une classe d’âge : 70% obtiendra un diplôme
de niveau IV (niveau Bac), ils ne seront que
25% s’ils ont redoublé leur CP, 36,6%
leur sixième et presque 75% leur troisième.
Le redoublement de la troisième est donc
efficace pour obtenir son Bac !

Redoublement et sélection ?
Ces éléments nous font donc penser que
cette mesure concernant le redoublement ne
semble pas reposer sur de solides bases
scientifiques, en tout cas sur la question des
apprentissages scolaires. Ferrier (2003) a
montré que si l’on cumule les enfants ayant
redoublé une ou deux fois, le nombre d’enfants
nés au mois de décembre est presque trois
fois plus élevé (582) que ceux nés au mois de
janvier (206). Le redoublement peut donc
nous aider à identifier les enfants qui sont
nés en fin d’année civile 7. Plus sérieusement,
il semblerait que les enfants les plus jeunes,
au sein une classe d’âge, sont ceux qui
redoublent le plus, sans doute du fait de leur
manque de maturité. Mais le redoublement
peut aussi nous permettre d’identifier la
classe sociale des parents, en effet le modèle
proposé par Vallet et Caille en 1996 permet
d’analyser l’impact de la catégorie socioprofessionnelle
des parents sur le redoublement
d’un.e enfant. Avoir un père cadre supérieur,
plutôt qu’un père ouvrier, augmente de
10,5% les chances de connaître une scolarité
sans redoublement. Ce modèle permet également
de savoir qu’une mère dotée au moins
d’un baccalauréat, DNB, accroît les chances
de ses enfants de 11,4%. 8 Au regard de
ces quelques éléments présentés ci-dessus
les Ceméa pointent une réelle contradiction
entre le fait de mettre en oeuvre une mesure,
annoncée comme une réforme, (le redoublement)
sans qu’elle soit suffisamment validée
scientifiquement. Alors que par ailleurs
c’est ce qui est demandé aux enseignants !
Les Ceméa continueront dans les espaces
de dialogue à faire connaître leur projet et
les fondamentaux qui le sous-tendent pour
favoriser la réussite de tous les élèves.
Les Ceméa sont attachés aux cycles d’apprentissage,
ils permettent de prendre du
temps, d’adapter des démarches pédagogiques,
d’individualiser des enseignements. C’est bien
sur une période qu’un élève doit acquérir
des connaissances et des compétences et
non pas seulement sur une année scolaire ;
et la durée de trois ans nous paraît pertinente.
De plus, les cycles permettent le travail
d’équipe entre enseignants d’une année sur
l’autre ce qui favorise un regard croisé sur
les élèves. Cette période de trois ans permet
de limiter l’impact du mois de naissance sur
la réussite scolaire. Une mesure favorisant
les cycles, c’est-à-dire favorisant le travail
d’équipe, l’évaluation formative, nous aurait
paru plus pertinente à mettre en chantier
rapidement. Malgré ces éléments « scientifiques
 », il ne s’agissait pas ici de dénigrer
pour autant la question du redoublement.
Prenons l’exemple d’un enfant qui n’arrive
pas à descendre d’un arbre, ce n’est pas en
le faisant remonter, sans lui apprendre auparavant
à en descendre (« Regarde, telle branche
est solide. Accroche-toi de telle façon à
celle-là ») qu’il arrivera la deuxième fois à en
descendre seul.

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27/11/2017




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