Position de la JPA sur le SNU

Le SNU n’est pas au départ une demande des organisations de la JPA qui portent d’autres propositions (ex : volontariat d’animation, expérience de la mixité au sein des ACM…) pour la jeunesse.

Pour autant, les objectifs du SNU (engagement, lutte contre les inégalités…) interpellent la JPA. Et ce d’autant plus que les décideurs politiques présentent de plus en plus le SNU comme une réponse à la pluralité des enjeux et/ou problématiques propres à la jeunesse (construction de la citoyenneté, difficultés d’entrée dans la vie adulte, décrochage scolaire et orientation…).

En outre, les organisations de la JPA ont une expertise et une expérience certaine dans l’éducation de la jeunesse, il est donc nécessaire qu’elles prennent part, aux côtés d’autres institutions ou organismes qui peuvent également intervenir sur le temps de la jeunesse (armée, pompier, secourisme, sport…). Elles portent des valeurs et développent des pratiques, notamment pédagogiques, qui doivent trouver leur place dans ce projet qui va concerner l’ensemble de la jeunesse française. Elles proposent d’être partie la phase de construction du SNU qui s’est ouverte, au niveau national comme territorial.

Pour la JPA, plusieurs principes doivent être au coeur du dispositif du SNU :

  • L’universalité de la phase obligatoire : tous les jeunes, français, avec une carte de séjour ou même jeunes migrants doivent pouvoir participer au SNU.
  • La mixité des publics et des territoires.
  • La prise en compte du parcours et des aspirations des jeunes : le SNU doit s’intégrer à leur projet d’étude et de vie et répondre à leurs besoins.
  • La continuité éducative, entre ce qui se construit à l’Ecole et au sein des ACM et ce qui se fera au sein du SNU.
  • La complémentarité du SNU avec toutes les autres politiques jeunesses (mixité, lutte contre les inégalités…), et notamment la promotion des ACM.

La JPA a des propositions à porter :

- L’hébergement des jeunes lors des 15 premiers jours du SNU en Accueil Collectif de Mineurs

Une partie des membres de la JPA sont des organisateurs de séjours collectifs et peuvent à ce titre proposer des hébergements pour les jeunes en SNU. Plusieurs conditions sont à réunir pour rendre possible cette proposition :

    • Articuler l’accueil des jeunes en SNU avec les activités des ACM (colonies de vacances, camps scouts et classes de découvertes) pour éviter un chevauchement qui nuirait à ces activités. En effet, le temps du SNU sera très majoritairement le même que celui des vacances scolaires, le choix de faire le SNU pendant le temps scolaire ayant été repoussé.
    • Favoriser la mobilité des jeunes : c’est à la fois un moyen d’expérimenter la mobilité mais aussi de favoriser la mixité, notamment territoriale. La question du transport est donc soulevée.
    • Associer les équipes des ACM hébergeurs au projet et activités du SNU, en fonction du degré d’implication qu’elles souhaitent. Elles ont, entre autre, un savoir-faire en matière de gestion de la vie quotidienne. Cela nécessite des moyens et une réflexion sur l’articulation avec les autres acteurs du SNU, notamment pour que cet aspect de l’encadrement ne repose pas uniquement sur un acteur, en lien avec les objectifs du SNU « pluridisciplinaires ».
    • Travailler par territoire : les réalités des territoires sont diverses, les réponses aux points précédents le sont donc tout autant. Les organisations de la JPA désirent que « les expérimentations se mettent en oeuvre en toute transparence ». Des associations membres de la JPA souhaitent être associées au niveau local aux
      expérimentations puis au déploiement du SNU, pour être force de propositions en
      fonction de leurs moyens et de leur projet.
    • Prendre comme cadre de référence la réglementation des ACM pour l’accueil des jeunes en SNU. D’une part, les jeunes accueillis sont mineurs et doivent bénéficier d’un cadre protecteur qu’offre la réglementation ACM. D’autre part, c’est aussi un moyen de sécuriser les parents.

- L’encadrement et la formation des encadrants ?
L’encadrement devra être assuré par des personnes expérimentées et formées.
La JPA n’est pas favorable à un encadrement par des jeunes en service civique et/ou en phase facultative du SNU, ce qui n’exclut pas des interventions ponctuelles. Il y aurait d’ailleurs une incohérence avec le service civique dans son esprit, avec lequel il n’est pas possible d’encadrer des jeunes en ACM. De même pour les jeunes issus des grandes écoles (piste évoquée) qui n’ont pas d’expérience en matière d’encadrement.

Les organisations de la JPA pourront s’investir dans l’encadrement, en fonction du projet mis en oeuvre et de la place qui leur est faîte.

Les organisations de la JPA peuvent également s’investir dans la formation de formateurs, notamment pour apporter des pédagogies issues de l’éducation populaire. Comme pour l’encadrement, plusieurs conditions sont néanmoins à réunir, tel que le partage des objectifs de la formation et la possibilité de contribuer au contenu de cette dernière.

- Quel contenu dans le SNU ?

  • Lors de la phase obligatoire (un mois entre 16 et 18 ans)

Pour la JPA, le contenu du SNU doit s’inscrire dans la continuité de ce qui se fait aujourd’hui à l’Ecole et dans les ACM. Il doit donc prendre appui sur les parcours existants (citoyen, santé…) et le socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Force est de constater que cette logique de parcours est trop peu mise en place, elle nécessite donc d’être renforcée. En particulier sur les enjeux de sécurité et de défense, les jeunes ont besoin de sens et pas seulement de connaître « les bons gestes » pour se protéger. Ainsi, ces enjeux doivent trouver leur place dans l’éducation à la citoyenneté et reposer sur la compréhension des problématiques géopolitiques. Les ACM ont un rôle à jouer dans cette éducation car ils sont des lieux d’apprentissage du vivre ensemble. Favoriser le départ en classes de découvertes et/ou colonies de vacances, en amont du SNU, pourra d’ailleurs faciliter la vie de groupe lors du SNU.

Pour atteindre ses objectifs, le SNU ne peut pas être une succession d’interventions de différents acteurs, mais bien un projet pensé de manière cohérente avec tous les acteurs concernés. La JPA demande donc à ce que la phase obligatoire du SNU soit construire autour d’un projet pédagogique, intégrant la période de 15 jours avec hébergement et la Sde période sans hébergement. Ces organisations peuvent être force de propositions pour construire ses projets.

Enfin, lors de la deuxième période de la phase obligatoire, les organisations de la JPA peuvent présenter leurs projets éducatifs et les différents engagements possibles dans l’éducation (BAFA et animation volontaire, implication dans un projet éducatif local…). Elles y voient aussi l’opportunité de donner à des jeunes éloignés de ces espaces d’engagement, l’envie de s’y investir. Certaines ont d’ailleurs déjà mis en place des projets pour favoriser l’engagement éducatif et accompagner les
jeunes dans cette démarche (Francas, EEDF…).

  • Lors de la phase facultative (3 à 12 mois entre 18 et 25 ans) :
    Les organisations de la JPA peuvent proposer et construire avec les jeunes intéressés des parcours d’engagement variés, au niveau local, européen ou international. Plusieurs conditions sont à réunir :
  • Reconnaître l’animation volontaire comme un espace d’engagement :
    • La JPA est favorable à la proposition de former au BAFA dans le cadre du SNU.
      Mais, pour ne pas créer d’inégalités entre les jeunes en SNU et ceux qui continueront
      à s’investir dans l’animation, en dehors de ce cadre, il faut que l’animation volontaire soit reconnue pour tous comme un engagement et valorisé, en termes de
      compétences et droit à la formation.
    • Reconnaître au sein du SNU des temps d’engagement ou discontinus s’ils sont réguliers et inscrits dans un projet. En fonction du choix et du contexte de vie, certains jeunes souhaiteront s’engager en parallèle d’autres activités (professionnelles, familiales…). Il faut aussi pouvoir reconnaître cet engagement.
  • Mettre les aspirations du jeune au coeur du projet d’engagement :
    • L’engagement devra être pleinement consentie et non utilisé comme un moyen de lutter contre la précarité qui touche une partie de la jeunesse. Un jeune qui ne désire pas s’engager mais qui souhaite plutôt trouver un emploi ou se former doit être accompagné pour cela. A noter d’ailleurs que le baromètre de la DJEPVA montre que les jeunes qui s’engagent sont ceux qui ont trouvé une certaine stabilité dans l’emploi.
    • D’autre part, c’est au jeune de choisir où et comment il s’engage. Pour prendre l’exemple du BAFA, il devra avoir la possibilité de choisir la structure où il est formé. L’information et l’accompagnement sont nécessaires pour permettre un choix éclairé.

A l’usage, comme tout dispositif, le SNU pourra être en partie détourné de ses objectifs. Pour s’assurer que le droit de choisir son engagement (et toutes ses composantes) soit effectif, des évaluations sont indispensables.

  • Prévoir une indemnisation des jeunes : c’est une condition incontournable pour que chacun puisse s’engager, quel que soit sa situation économique et sociale. C’est aussi une mesure d’égalité par rapport aux autres espaces d’engagement (service civique par exemple).
  • Maintenir les taux actuels entre jeune en formation BAFA et animateur expérimenté.

Les objectifs du SNU sont ambitieux et ne peuvent reposer uniquement sur ce dispositif. Il faut donc poursuivre et accentuer les différentes politiques en matière de mixité, de mobilité, de lutte contre les inégalités…

Les objectifs ambitieux du SNU nécessitent un budget important pour être mis en oeuvre.

Ces budgets ne devront pas être mobilisés au détriment d’autres budgets notamment pour les autres politiques et dispositifs jeunesse, et ce pour tous les échelons nationaux et territoriaux.


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