La réponse du collectif enjeux e-médias à l’appel des trois académies
Christian Gautellier directeur de la publication, Président du collectif Enjeux e-médias

Six ans après son rapport L’enfant et les écrans, c’est cette fois-ci, sous forme d’un appel à une vigilance raisonnée sur les technologies numériques, que l’Académie des sciences conjointement avec les Académies de médecine et celle des technologies, s’adresse à l’opinion publique. Intitulé « L’enfant, l’adolescent, la famille et les écrans », ce texte Lire l’ensemble de l’analyse sur la médiathèque éduc’active des Ceméa, apporte quelques recommandations générales mais oublie l’essentiel.

Comme l’écrit Elisabeth Baton Hervé [1], dans son blog : « Pourquoi les trois académies se réfugient-elles derrière leur statut et légitimité… sans se référer à un plus large panel de spécialistes ? » Elles se situent à nouveau, « au-dessus » ou « à côté » de tous les acteurs qui agissent au quotidien sur ces questions, tant par leurs travaux de recherches, d’observatoire des pratiques numériques des jeunes qu’à travers des dispositifs et actions d’éducation aux médias et à l’information qu’ils mettent en oeuvre. Recourir à la seule autorité des « académies » sans citer les recherches sur lesquels elles s’appuient, constitue la première faiblesse de cet appel. Au regard des enjeux et du rapport de force à créer face aux puissantes industries numériques, il y a au contraire nécessité de créer des convergences et des stratégies d’actions communes, pour construire une société de l’information et du numérique, démocratique, humaniste et respectueuse des droits fondamentaux. Ne poser la vigilance que du côté des « usagers », enfants, parents, éducateurs, relève de l’aveuglement alors que la matrice de construction d’une « vigilance raisonnée » suppose une co-régulation en triptyque : avec les industries, les puissances publiques nationales et européennes et la société civile.
La responsabilité des industries numériques, notamment des Gafam, n’est
nullement posée dans le texte, vis-à-vis des risques et dérives énoncés.
Les auteurs renvoient toute la responsabilité aux parents, voire aux jeunes
eux-mêmes. Et au final, à la « mise en place de formations, permanentes
et continues pour tous les intervenants auprès de la jeunesse… » Elle est
bien sûr nécessaire, comme nous y travaillons chaque jour en tant qu’associations éducatives en lien avec les institutions éducatives et culturelles publiques, mais elle ne peut se substituer à des dispositifs de régulation
du système...


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