Agir ou subir ? - Editorial du VEN 575
Jean-Luc Cazaillon, Directeur général des Ceméa

Les profonds bouleversements qui traversent la société ne nous épargnent pas et l’entreprise de refondation de l’Éducation populaire, démarche politique, sociale et culturelle originale fondée sur l’émancipation solidaire est fortement bousculée. Nos associations sont bousculées, notre mouvement est bousculé, nos militantes et
nos militants sont bousculés. Il y a nécessité de relever les nombreux défis qui se posent à nous, de nous situer par rapport aux grandes stratégies et orientations qui marquent l’action publique aujourd’hui. L’année à venir, préparatoire d’un congrès doit nous engager, en profondeur, dans ce travail d’anticipation.
Il y a quelques années, quand je questionnais comment « faire plus avec moins », le chef de cabinet du ministre me répondait alors : « faire différemment ». J’ai bien peur qu’il nous faille effectivement réfléchir à faire différemment aujourd’hui ! Dans d’autres logiques, dans d’autres économies, dans d’autres stratégies. Nous supportons aujourd’hui bien des tensions, nous faisons notre possible pour tenir par endroit. Mais demain, avec « moins » nous ne pourrons plus faire ce que nous faisons sauf à sacrifier nos ambitions, notre projet. Il nous faut résolument refuser ces perspectives ! Aujourd’hui encore, si certaines de nos actions sont habituelles pour l’organisme de formation, d’autres testent, expérimentent, constituant ainsi de véritables « chantiers » d’innovation éducative et sociale. Analyser les besoins, inventer et construire des propositions adaptées, tout cela fait partie de notre histoire, de notre patrimoine.
Notre mouvement tire sa richesse de sa diversité certes, mais surtout de sa capacité à construire les liens, les points d’unité de cette diversité, ces espaces où des acteurs aux compétences plurielles confrontent leurs points de vue pour faire sens partagé. Ainsi, dans l’hexagone comme dans les territoires des Outre-Mer, en France comme en Europe et dans le Monde, nous portons nos ambitions militantes, nous publions, exprimant et diffusant ainsi nos conceptions, nos valeurs, témoignant de nos pratiques comme autant de situations éducatives au service de notre projet de transformation sociale.
Pour notre mouvement, l’un des enjeux réside dans nos capacités actuelles et futures à passer d’une dynamique du développement le plus souvent agi sous la pression économique à celle d’une évolution stratégique permettant de faire face aux évolutions générales de la société. Face à la complexité des enjeux actuels, au net retrait du dialogue avec les institutions, il existe pour les Ceméa, mais sans doute plus largement pour l’ensemble des mouvements militants un risque de retrait idéologique. Il est vital d’inscrire nos actions dans la triple perspective de conjuguer le sens de notre projet, nos capacités à élaborer et mettre en oeuvre des actions originales tout en les situant comme autant de réponses adaptées aux besoins des publics et des territoires.
Je ne sais quel sera le slogan du congrès de Caen en août 2020, mais à la question que nous posait récemment le président des Ceméa d’Occitanie : « Agir ou subir ? » je réponds sans hésiter, Agir !

Lire le sommaire et commander le VEN 575


© Site officiel des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)