BD et DVD : Persépolis

Persépolis, une BD et un film de Marjane Satrapi
Ed. L’association.

Le regard d’une enfant puis d’une adolescente sur le rapport orient-occident.
A l’heure où beaucoup de politiques gouvernementales appréhendent le rapport entre les peuples avec une vision binaire du monde, une logique du clash des cultures et des civilisations qui opposent les peuples et les cultures entre eux ; qui développent les amalgames entre religions et civilisations et augmentent les préjugés contre le monde arabe, cette BD et le film proposent une autre approche du rapport à l’autre, contre une guerre des civilisations. Persépolis, nous mène à réfléchir et à aborder autrement le rapport orient-occident, l’engagement politique, la résistance et la relation intergénérationnelle parents, enfant, grands-parents. Un peu comme Mafalda, le personnage de la BD de Quino, la petite Marji de Marjane Satrapi requestionne la société et le monde dans lequel elle vit, en Iran puis en Autriche, dans les années quatre-vingt. Elle a ce regard critique qui remet en question toute forme d’aliénation qu’il soit religieux ou pas.

La petite fille, curieuse et éclairée, va chercher conseil auprès de sa grand-mère dont le personnage qui fait fonction de passeuse n’a plus rien à craindre de la société. Cela montre dans les guerres, que l’on ne se tourne pas assez vers les anciens, d’autant plus dans ces pays de culture à transmission orale. Persépolis attire aussi notre attention sur le rôle des femmes et leur capacité à s’opposer. Souvent, quand un Etat est au bout et qu’il ne peut plus répondre, qui descend dans la rue ? les femmes ; ce sont elles qui font vibrer les cordes. Marjane Satrapi nous invite dans une de ses interviews à déconstruire les « représentations occidentales » de l’Orient. « En Autriche, ma première étape a été d’expliquer que mon père n’avait pas trois femmes et pourquoi je ne cavalais pas à la maison sur un dos de chameau. Ils s’étonnaient que je puisse avoir déjà fait du ski et que je boive de l’alcool. Imaginez-vous un peu : vous venez, à l’époque, du déjà très moderne Téhéran pour atterrir dans un petit coin d’Autriche, et on vous explique ce qui est ici moderne. Ils n’avaient même pas un cinéma dans le village ! » Le dialogue interculturel est devenu aujourd’hui plus qu’un objet et un concept : il est avant tout un projet politique. Travailler sur nos représentations, déconstruire nos stéréotypes, c’est aussi faire l’apprentissage de l’autre et lutter contre l’illusion de la rencontre. C’est à ce travail que nous invite Marjane Satrapi.

On peut aussi consulter le site :
www.Was-haeltst-du-vom-westen.de
sur le dialogue entre jeunes d’orient et d’occident.

Nathalie Guégnard


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