||avril 2003
Envie d’agir, oui mais pourquoi ?
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Oui mais comment aussi ? Quand on n’a plus entre onze et vingt-huit ans et pas encore l’âge où la retraite sonne, âge il est vrai de plus en plus incertain, en ces temps, peut-on s’engager en tant qu’adulte ? L’engagement des jeunes vient d’être redéfini récemment dans le guide de l’engagement (Scéren, ministère de la Jeunesse, de l’éducation nationale et de la Recherche, Guide du routard). Ce guide a reçu l’appui du CIDEM et des partenaires que sont la MAIF, la MGEN et le CASDEN-BP. Il relance la question à partir de deux louables intentions : donner l’envie de s’engager et faciliter le passage à l’action. Dans le même temps, l’engagement des plus anciens se trouve quant à lui aussi valorisé de part la quantité des personnes qui sont disponibles et qui bénéficient de quelques vraies richesses : du temps, des compétences souvent élevées et surtout déjà acquises, des capacités financières, capables parfois de faire face aux coûts souvent ignorés de tout engagement.

Or, face à de tels engouements, ne faut-il pas s’étonner du silence retentissant qui résonne en notre pays comme en Europe sur la place de l’engagement associatif quand cet engagement est l’un des premiers, si ce n’est le premier pour des millions de femmes et d’hommes de tout âge et de toute catégorie sociale ou professionnelle ?
Le guide de l’engagement a naturellement privilégié l’action, son objet concret. Qui pourrait parmi les militants de l’éducation active remettre en cause ce primat de l’action sur le verbe ? Dont acte. Mais qui ne pourrait pas lire, objectivement, dans quelques exemples, le risque, ici et là, de survalorisation de l’action individuelle, de confusion entre les structures, l’oubli possible de projet de transformation de soi et des autres. Certes, chacun l’avait compris. Il ne s’agissait pas de faire le livret de l’engagement associatif.

L’engagement associatif est une évidence. Mais à peine reconnu à travers une charte des engagements réciproques signée en juillet 2001 entre l’état et les coordinations associatives rassemblées dans la CPCA, une fois le mode de financement précisé par une circulaire du Premier Ministre en décembre 2002, doté d’un dossier unique de demande de subvention, il faut bien convenir ensemble que le sens de la vie associative est encore loin de faire l’unanimité. Il y a parfois un fossé entre les intentions et les actes. Pour certains, la vie associative serait de ci ou de là. Pour d’autres, elle ne saurait avoir une quelconque activité économique. Ici, elle est trop grosse et organisée. Là, elle est trop éloignée du terrain et de l’action ou trop près des pouvoirs publics. Ce n’est qu’en creux, mais aussi par un remodelage progressif que se dessine la conception qui devrait prochainement se révéler au grand jour et qui n’est pas la nôtre. Sans attendre, il est urgent et nécessaire de rappeler notre conception de mouvement.

Une vie associative qui a un sens, c’est avant tout un projet conduit à travers des actions concrètes, élaborées dans un fonctionnement collectif, capable d’accueillir des acteurs de générations, de catégories sociales, de professions et de compétences différentes. C’est, pour les Ceméa, un projet inscrit dans une contribution à la transformation sociale. Ce projet veut lutter contre une société aliénante où la peur des autres ne laisse qu’un goût amer ou impossible de l’autre. Cette peur entretenue rend de moins en moins enviables et possibles des espaces institutionnels ou intermédiaires où les désirs et les non désirs d’éduquer et d’être éduqué peuvent se travailler ensemble entre générations. S’il est de notre responsabilité de créer quand c’est utile de nouveaux modes d’intervention éducatifs et pédagogiques, notre projet a besoin d’un projet de société, d’un projet de visée dont les autres forces vives (partis politiques et forces syndicales) ont la responsabilité. Mais pendant ce travail de refondation d’un projet de société, en restant en étroit contact avec la Rue, il est de la responsabilité de celles et de ceux qui font le choix de s’engager dans un mouvement d’éducation de faire valoir et de défendre ce type d’engagement. En effet, en ces temps où l’imaginaire et la réalité de besoin de sécurité, où la volonté de toute puissance et la réalité des guerres et des dictatures envahissent notre espace mental et l’espace de nos médias, il n’est pas facile de ne pas déserter le champ de la réflexion globale. Il peut être difficile d’oser faire valoir un engagement pédagogique où si l’envie d’agir doit toujours être première,celle-ci ne peut pas se détacher de l’exigence de réflexion, de lucidité et de raison. à moins que le seul rêve des hommes soit devenu d’être sujet assujetti, soumis et inféodé et non plus homme libre, c’est-à- dire comme il est cité dans le livret de l’engagement, « celui qui peut réaliser ses projets » - Jean-Paul Sartre.

Les militants de l’éducation nouvelle, les militants de l’éducation populaire ont un projet. C’est en le réalisant qu’ils seront libres, solidaires et laïques. Faisant preuve de l’intelligence des nécessités au plus près de leurs utopies concrètes, à travers les actions qu’ils choisissent de mettre en œuvre avec et pour les jeunes, ils ne subiront ainsi ni injonctions, ni subordinations, ni instrumentation. Volontairement, avec envie et plaisir, ils agiront. C’est ainsi, aussi, qu’ils pourront être rejoints par le plus grand nombre.

Jacques Demeulier, directeur général des Ceméa



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  • Jacques Demeulier

  • 31/03/2003
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