||février 2003
L’Éducation populaire en question
 Ajouter au panier

Premier Forum social européen à Florence

Du 6 au 10 novembre 2002 s’est tenu dans la ville toscane de Florence le premier Forum social européen (FSE). Prévu pour rassembler 15 000 délégués d’organisations du mouvement social européen, il a accueilli plus de 59 000 participants, pour une moyenne d’âge stupéfiante comprise entre 20 et 22 ans. Les organisations d’éducation populaire, comme toute organisation militante ou citoyenne dont l’objet relève de la transformation sociale, devraient être interpellés par ce contre-pied au discours ambiant de la jeunesse individualiste et dépolitisée. Le sont-elles vraiment ?

Déclinaison continentale du Forum social mondial qui connaîtra du 23 au 28 janvier 2003 sa troisième édition dans la ville brésilienne de Porto Alegre, le Forum social européen fut incontestablement un succès populaire. Outre le forum lui-même qui fut une gigantesque université d’éducation populaire, la manifestation contre la guerre et pour une autre Europe a fédéré de 800 000 à un million de personnes (en grande majorité des jeunes) de tous les pays d’Europe, de l’Est à l’Ouest, des Balkans à la Turquie en passant par la Grèce et les pays de la Méditerranée.
Contestant ouvertement les tendances ultra-libérales lourdes des grandes institutions internationales, financières ou politiques, en l’occurrence de l’Union européenne, ce mouvement social accumule les réussites civiques depuis 1999 et la conférence intergouvernementale de l’OMC avortée de Seattle. La surprise fut totale pour les Français de constater, au retour du forum de Florence, le dérisoire traitement médiatique accordé à cet événement, premier du genre dans l’histoire contemporaine de notre continent. Et pourtant. Pour la première fois, s’y réalisait l’articulation entre les mouvements sociaux et le monde syndical. Cette victoire, fragile, est énorme car elle permet le dialogue entre des organisations aux modes de travail et aux positions institutionnelles différentes. À ce titre, la présence de la Confédération européenne des syndicats fut remarquée par tous les observateurs.

De la beauté citoyenne
Du côté de l’esprit de la manifestation, le moins que l’on puisse dire est que le souvenir du contre-sommet du G8 de Gênes en juillet 2001 hantait tous les esprits. Le gouvernement Berlusconi a fait le forcing pour que la presse effraye le chaland (et les commerçants) sur le retour des casseurs.
La stratégie de la tension, fidèle alliée des gouvernements populistes italiens des années soixante-dix, a de beaux restes. Mais elle n’a pas résisté à la réalité des faits : une atmosphère unique, fraternelle, joyeuse, débridée. De la beauté citoyenne en branche. Quant aux organisateurs, ils ont effectué un travail de fourmis, des mois et des mois avant l’événement. Tous les quartiers, tous les immeubles de la ville (elle compte environ 400 000 habitants) ont été visités par des bénévoles chargés de présenter le FSE aux habitants.
Parmi tous les thèmes abordés, nous n’évoquerons ici que ceux qui parlent aux militants de l’éducation populaire : la participation des habitants à la vie de la cité, la marchandisation de l’éducation, la solidarité internationale, le développement local, le lien entre économie et démocratie, la question de la légitimité démocratique des grandes institutions internationales, la question de la paix, de l’environnement, du développement durable ou encore du commerce équitable. Il est impossible de présenter exhaustivement un événement d’une telle ampleur dans sa totalité. Les acteurs sont si variés que leurs motivations, leurs ambitions ou leurs intérêts ne peuvent être de même nature. Toutefois, les grandes organisations acceptent désormais l’idée qu’elles ne peuvent plus, à elles seules, apporter des réponses aux problématiques globales, mais aussi locales, de façon pertinente. L’interconnexion, la coopération et la mise en réseau des acteurs est un fait acquis, incontournable. Une stratégie nécessaire et pertinente vis-à-vis de la globalisation de l’économie. Tous ne semblent pas l’avoir encore compris. Car nous avons encore pu constater, avec désespoir, l’absence cruelle des grandes organisations françaises d’éducation populaire.
Sans vouloir minimiser ni décrier les contraintes institutionnelles qui pèsent désormais sur elles, il semble toutefois qu’elles portent le regard sur un autre horizon. Il est, à mon sens, destructeur que ces organisations ne s’engagent pas activement au cœur de ce mouvement social planétaire. Le lien entre expertise et militantisme s’y opère avec une rare efficacité et un rare dynamisme que ces vieilles dames ne connaissent plus depuis longtemps. Ce qui donne à voir une autre relation, contemporaine, entre professionnalisme (la place des salariés) et action politique. Cette distance qui se creuse entre le mouvement social et les grandes organisations d’éducation populaire est un danger pour le dynamisme politique de notre pays. L’éducation populaire est, historiquement, un des foyers de dynamisme civique les plus féconds (y compris sur le terrain de l’activisme). Or, aujourd’hui, de nombreuses organisations, parmi les plus importantes, ne sont engagées qu’en façade sur ce terrain de lutte. Est-ce à dire qu’elles s’y refusent ? Difficile de se prononcer tant les débats en leur sein y sont à l’état embryonnaire sur la question de la globalisation. Au mieux une série de colloques ou de séminaires font office de veille politique sur le sujet. Ce constat navrant peut être rapproché de la dérisoire implication de nos mouvements sur la question de la citoyenneté européenne. Il faudrait peut-être se réveiller et peser sur les débats. Vraiment. Car un cénacle d’experts est en train de travailler, sans nous, à une définition de ce que devraient être une citoyenneté et une constitution européennes. Rien que ça. L’absence des mouvements sociaux sur la question de la construction de l’Europe dans les années cinquante et soixante a permis la mise en œuvre d’un projet européen dont les questions sociales sont absentes.

La fracture démocratique
Referons-nous, cette fois en connaissance de cause, la même erreur ? Laisserons-nous cette tâche aux seuls syndicats ou aux seuls partis politiques qui n’ont pas les mêmes intérêts ou les mêmes idées ou postures que nous ?
Pourtant, dans ce genre de logique, il devient évident que se creuse chaque jour un peu plus le fossé entre les organisations qui affichent un discours et leurs pratiques politiques en interne, notamment vis-à-vis des salariés. C’est bien cela qu’illustre aussi le mouvement altermondialiste : ce désir de la part des volontaires (pour reprendre le langage en cours au niveau européen) de rendre cohérents des idées, un travail et une vie digne. L’éducation populaire est-elle donc incapable d’agir sur ce terrain ? Si tel est le cas, la fracture s’accentuera encore un peu plus. Elle illustrera cette inquiétude grandissante des grandes organisations sur l’image qu’elles véhiculent auprès de la jeunesse. Ce hiatus a fait l’objet d’une étude du Cevipof dont des extraits ont été publiés dans la revue Options du mois2 de novembre 2002 outre le constat que seulement 2% des jeunes salariés étaient syndiqués (conte 7% pour les plus anciens), y était décrit le sentiment d’incompatibilité ressenti par les jeunes interrogés entre leur combat militant et l’appartenance à une organisation syndicale. Sans jouer les Cassandres, on peut estimer qu’un tel bilan pourrait être prolongé dans le champ de l’éducation populaire. Une étude sur le sujet serait des plus instructives. L’institutionnalisation a une vertu : elle fait tourner la machine. Elle a un effet pervers : elle dilue les identités vers une neutralité apolitique.
L’éducation populaire, notamment par la voie du Cnajep ou de tout autre coordination nationale, est désormais touchée par le phénomène. Parviendra- t-elle à se réveiller de son long sommeil entamé au début des années quatre-vingts ? Sommes-nous donc incapables, nous, militants et salariés de l’éducation populaire, n’avons-nous le désir de créer les conditions d’une action fédératrice à l’attention des jeunes bénévoles et salariés de nos organisations en vue de participer - sur la base de nos idées et de nos pratiques - à ce mouvement planétaire, pacifique et résolument opposé à la dictature de la finance sur nos existences ? N’avez-vous pas envie, ici et maintenant, de créer les espaces de débat au sein de nos mammouths ? Afin de résorber la fracture démocratique entre les élus et les citoyens ? Car, en tant que médiateurs, nous nous situons résolument contre toute forme de démagogie : tant de la part des élus (dont certains demeurent rétifs à une réforme des modes de participation à la vie de la cité des habitants qui le désirent) que des habitants (dont certains penchants mènent droit au « tous pourris » comme au populisme le plus anti-démocratique).
La tenue du deuxième Forum social européen, dans les villes de Paris et Saint-Denis, du 12 au 16 novembre 2003, doit constituer, pour toutes les associations d’éducation populaire, un horizon joyeux, de mobilisation et d’action civique et politique, en accord avec notre raison d’être historique.
À vos marques...

Lionel Larqué, militant et salarié de l’Éducation populaire, il fut d’octobre 1999 à novembre 2002, membre du bureau national de l’association Attac France. Il coordonnera à partir de mars 2003 un séminaire permanent intitulé « Culture et mondialisation ».

Note
1 - Revue syndicale UGIC-CGT.



31/01/2003
La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
REN 2018 Valras
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Politiques sociales
Pratiques culturelles
MÉDIAS, ÉDUCATION CRITIQUE et ENGAGEMENT CITOYEN