janvier 2004
Importance du réseau dans le travail avec les jeunes en errance
Publication épuisée

En 1998, la Direction générale de l’action sociale demandait aux Ceméa une étude sur les pratiques d’accueil et d’accompagnement des jeunes en errance. Quinze structures de terrain ont été rencontrées ; une monographie a été rédigée sur chacune d’entre elles, et des analyses thématiques transversales ont été effectuées sur des points récurrents. La question des réseaux de travail et des réseaux professionnels était l’un de ces points*.

L’errance est analysée par la majorité des structures rencontrées comme étant plurielle, donc difficile à cadrer et à gérer dans des dispositifs spécialisés morcelant de fait la personne.
C’est la rencontre d’âges différents, de problématiques différentes (santé, logement, travail, alimentation, santé mentale...), d’histoires et d’expériences différentes qui, concentrés sur une seule et même personne, repoussent les limites des dispositifs sociaux actuels, très compartimentés.
« Si tu peux prouver que tu travailles, tu peux accéder au logement ; pour pouvoir travailler, il faut être propre et en bonne santé ; pour être en bonne santé, il faut être hébergé correctement ; pour être hébergé, il faut de l’argent ; pour avoir de l’argent - et encore pas beaucoup - il faut travailler ou avoir 25 ans... »
Même si cette chaîne est caricaturale, beaucoup de ses éléments, qui font souvenir chez les jeunes en errance et chez les intervenants sociaux qui travaillent avec eux, sont souvent la source d’une impossibilité d’agir efficacement.
D’un bureau à un autre, le chemin peut être infranchissable pour la population en errance qui accumule fréquemment un ensemble de symptômes impressionnants.
Les dispositifs existants sont généralement perçus par les intervenants comme étant largement suffisants, mais souffrant d’une difficulté, voire d’une incapacité, d’adaptation à la réalité des jeunes errants, dans leur rigueur et leur complexité administrative.
Presque toutes les structures visitées se sont donc peu à peu constituées un fichier-ressource, non pas seulement en termes de repérage d’institutions et de structures d’accueil, mais aussi et surtout en termes de personnes, de collègues à qui on peut parler et avec qui on va tenter de se comprendre, en s’informant mutuellement des rôles officiels de chacun.
Que ce soit par le « forçage », dans l’organisation, de réunions d’institutions, ou par le biais de rencontres plus individualisées mais connues de tous les partenaires, l’idée-force tourne autour d’un réseau « interconnexion » plutôt qu’autour d’un réseau « aiguillage ».
Il s’agit non plus seulement d’orienter des personnes, mais bien de les accompagner dans des va-et-vient, aussi chaotiques soient-ils. Accompagner plutôt qu’adresser, mettre en relation plutôt que diriger vers : c’est l’utilisation efficace du carnet personnel d’adresses plutôt que la recherche de conventions interinstitutions.
À l’insécurité professionnelle liée à la précarité financière des actions engagées s’ajoute l’insécurité liée aux blocages générés par les découpages trop thématiques des dispositifs d’intervention et d’aide sociale. S’y ajoutent également la lourdeur et la complexité des procédures. La sécurité issue de la maîtrise d’un réseau professionnel de proximité, fiable, interagissant, non dénué d’affectivité, vient alors contrebalancer ces inquiétudes. « De l’insécurité et de la sécurité comme vecteurs de fonctionnement des structures sociales d’accueil », cette phrase pourrait être le raccourci dramatisé permettant de comprendre les enjeux actuels ressentis par les praticiens du terrain social, qui les poussent à passer outre des fonctionnements qu’ils estiment par trop administratifs.
Insécurité représentée par des institutions et des administrations forcément lourdes, sécurité représentée par les acteurs de terrain forcément plus opérationnels ; mais aussi sécurité représentée par un maillage de dispositifs pouvant couvrir tous les aspects des problématiques sociales, si l’insécurité liée à l’inquiétude des travailleurs sociaux de ne pas réussir à trouver la bonne solution pour les personnes accueillies ne prend pas le dessus.
C’est sans doute pourquoi le fonctionnement en réseau prend tant d’importance : il est un moyen concret, pour les intervenants comme pour les institutions qui les laissent se développer, de pallier, de sécuriser, d’organiser, laissant le soin à d’autres moments, à d’autres personnes, de réinterroger la structuration des institutions et leurs rapports entre elles.
Chacun reconnaît ainsi le travail de l’autre et, au lieu d’amalgamer critique de la personne assumant la fonction et critique de la fonction, comme cela se fait bien souvent, le but est plutôt de chercher à améliorer les choses par une construction constante de partenariat actif.

* Texte extrait de Accueillir l’errance étude pour le ministère de l’Emploi et de la Solidarité, direction de l’action sociale, François Chobeaux et Michel Hirtz, ministère de l’Emploi et de la Solidarité, 2000.

François Chobeaux, directeur du département des politiques et pratiques sociales des Ceméa





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  • François Chobeaux

  • 31/12/2003
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