Nos années sida : 25 ans de guerres intimes

Éric Favereau


La Découverte, 2006,
postface de Daniel Defert.


Depuis vingt ans, au sein du journal Libération, le journaliste Éric Favereau suit les questions de santé et particulièrement les informations concernant le sida. Professionnel rigoureux, il s’en est fait le témoin fidèle. Témoin, il l’est au plus près, n’hésitant pas à partager courageusement au quotidien pendant trois mois la vie d’un appartement collectif de malades sidéens. Chambres ouvertes, ouvrage paru en 1988 chez Balland, en donnera le témoignage saisissant.
Dans Nos années sida, il revient sur des témoignages et des rencontres avec des chercheurs (F. Barret Sinoussi, D. Klatzmannn, J.-D. Brunet), des responsables politiques (M. Barzach, ancien ministre, Peter Piot, directeur d’Onusida) et associatif (D.Defert), et aussi avec des malades comme Anne Coppel, sociologue et militante de la méthadone, ou Didier Lestrade. Il nous livre ainsi une coupe vive des problèmes vécus par tous ceux qui ont dû et voulu affronter la plus terrible pandémie de notre siècle. Né en 1981, le syndrome fatal contamine désormais environ 5 millions de personnes nouvelles par an et en tue simultanément 3 millions. Depuis un quart de siècle, il a tué plus de 25 millions de personnes. La solidarité du Sidaction et les campagnes de prévention des risques, l’action des associations comme Aides, les trithérapies ont installé le sida comme une maladie reconnue et un problème de santé publique presque comme les autres, presque banalisé quoique toujours invaincu. Le livre d’Éric Favereau permettra de mesurer les difficultés de sa reconnaissance, de l’organisation des soins et de la place des malades, des problèmes sociopolitiques qu’il a dévoilés.
Le sida a littéralement bouleversé la vie des malades, des médecins et des soignants, mais aussi notre perception de la maladie en général et de la notion de santé publique.
Voici une maladie qui a mis en avant l’ignorance de la science occidentale, qui a dévoilé les préjugés mortels des institutions médicales, remis en cause les logiques de prévention, qui a bousculé notre vision de l’homosexualité et de la toxicomanie, notre rapport supposé innocent à la sexualité. Le sida a mis en scène des malades qui ne l’étaient pas (« porteur sain ») et des malades qui étaient d’abord des militants de santé publique. Des patients qui étaient aussi experts que leurs soignants. Des patients qui lisaient sur Internet les publications internationales avant les universitaires et les leur opposaient pour demander la modification des soins. Le sida a révélé enfin, comme y insiste la remarquable préface de Daniel Defert - compagnon de Michel Foucault et animateur de Aides - la « forme incubée de la mondialisation » : l’intrication des intérêts économiques, scientifiques et idéologiques qui empêchent que les formes génériques, peu chères, des traitements médicamenteux soient accessibles aux malades du tiers monde. Révélés, les facteurs culturels et institutionnels qui dissimulent la gravité des risques et augmentent la dissémination mortelle ; par exemple aux femmes subsahariennes et aux enfants, désormais en première ligne.
Notre mémoire est si courte que l’on oublie qu’il était interdit, il y a à peine vingt ans - par les associations catholiques -, de faire de la publicité pour les préservatifs. Qu’il était inconvenant pour un ministre (Barzach) de parler aux députés d’homosexualité, que des psychiatres ne voulaient pas considérer les toxicomanes comme des malades à assister médicalement tant qu’ils n’avaient pas renoncé à leur toxicomanie.
Nos lâchetés et nos hypocrisies se sont dévoilées crûment sous le prisme du sida.
Ce livre nous le rappelle avec simplicité.
Le sida n’est pas une maladie comme les autres mais la maladie de notre modernité.
Ces guerres intimes sont aussi des guerres publiques et politiques. Éric Favereau nous livre des entretiens bouleversants de sincérité.
Ceux qui lui parlent - car il sait écouter - avec leurs colères et leurs deuils, leurs désespoirs ou leurs doutes, leurs magnifiques raisons d’espérer et de lutter, ne nous sont pas étrangers. Ils nous dessinent un monde cruellement vrai qui en est aussi plus fraternel. Si nous le voulons.

SERGE VALLON



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  • 31/05/2006
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