Livre : Cent mots pour être éducateur, dictionnaire pratique du quotidien

Cent mots pour être éducateur, dictionnaire pratique du quotidien
Philippe Gaberan
Toulouse, érès, 2007, 150 pages,10 euros.

Je doute que les tenants de l’administration, de la gestion pure et dure et de la gouvernance aient une quelconque envie de s’attarder dans ces pages. Elles ont l’inconvénient de montrer le métier d’éducateur par une face très escarpée, à partir de la plus haute exigence, celle qu’on se donne à soi-même. « Le souci de l’Autre est la finalité première de l’intervention éducative, la connaissance de Soi en est la seconde. » Il y a là présence d’une éthique sans concession, tendue à l’extrême : il ne nous prend pas en traître, Gaberan, il l’annonce dès le titre de son ouvrage, puisque c’est bien « d’être éducateur » qu’il s’agit, tout un programme. Un programme dans lequel beaucoup ont échoué et des tas d’autres sont encore à la peine.

L’auteur semble avoir trouvé le portail d’entrée, à moins que ce ne soit un portillon, ou un passage de service : celui des mots, les mots à dire et les maux à écrire. « Et c’est bien parce que la relation éducative touche au ressort de l’être, écrit-il, et qu’elle est plus complexe que ce à quoi la résume l’évidente simplicité des actes posés au quotidien que les éducateurs doivent trouver les mots pour dire ce qu’ils font et mettre du sens sur leur pratique. »

Si j’étais formateur dans une école d’éducateur, je crois que je mettrais à l’ordre du jour d’un séminaire d’une année la lecture de ce petit livre, page après page, chapitre après chapitre, non pas pour en assimiler le contenu sans distance aucune, non pas pour en faire une quelconque analyse, mais pour faire de chaque mot si bien choisi l’objet d’un commentaire. Celui-ci aiderait chacun à habiter ses propres mots et ses propres pratiques.

C’est dire qu’avec cette œuvrette qui n’a l’air de rien dans sa tenue modeste et sa collection modeste, avec son air innocent de dictionnaire ou de minimémento qui se contenterait d’égrener des mots utiles ou usuels, Gaberan soulève des questions plus qu’embarrassantes, dont beaucoup sont les passages obligés de notre métier (qui n’ont rien à voir avec les « référentiels ! »). Il y a là, sans aucun doute, le tour de main d’un initiateur et d’un transmetteur qui a plus d’une astuce dans son sac (j’aime beaucoup l’histoire du métier simple comme bonjour, le bonjour de l’éducatrice qui met tout ce qu’elle sait et tout ce qu’elle sent dans un bonjour qui est la question clé de l’accueil d’un enfant), qui sait passer d’un exposé brillant sur la praxéologie (la science des actes) à l’évocation de la rencontre choc entre Philippe Pinel et Jean-Marie Gaspard, qui a la capacité peu évidente de nos jours de se tenir à bonne distance des théories sans se laisser absorber par l’une d’entre elles, « sans parti pris idéologique et avec la capacité de puiser de la même façon dans les théories freudiennes, piagétiennes ou systémiques », qui a la capacité de placer les actes de l’éducateur dans leur dimension politique (« La simplicité, dit-il, est le pendant de l’ordre ; elle travestit l’efficacité, qui n’a jamais eu sa fin en elle-même, pour se faire l’icône de la conformité à un ordre imposé de l’extérieur »), mais aussi clinique.

Lorsqu’on a feuilleté « la différance » puis « la différence », « le regard », « la ressemblance », « la naissance », « le grandir », « le père », « l’intimité », « l’attachement », et bien d’autres mots pleins de bonnes surprises qui se succèdent tout au long des cent cinquante pages, on se prend à y retourner un deuxième coup, aller voir de plus près comment les choses s’emboîtent et se renvoient, s’articulent, s’impliquent et se superposent, et ce qu’on en retient pour soi-même, en faire un collier de sens. Et voilà un jeu de mots qui vous « remet en je » dans votre quête.
Cela étant, je ne suis pas tout à fait convaincu que l’auteur adhère totalement à la phrase de Camus citée deux fois, au début et à la fin de l’ouvrage, comme son alpha et oméga, comme conviction définitive qui n’appellerait pas le débat : « Il n’est pas sûr que notre époque ait manqué de dieux […]. Il semble bien au contraire qu’elle manque d’un dictionnaire. » À le lire, Gaberan, et tout ce qu’il énonce de la posture et de l’imposture de l’éducateur, il me semble qu’il est plus croyant ou fervent qu’il veut bien le dire, et que pour lui-même un bon dictionnaire ne saurait suffire.

Jean-François GOMEZ



21/12/2007
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