21 août 2008
Bloc Note : Quarante ans après
 Ajouter au panier

À propos de mon dernier bloc-notes, quelqu’un m’a dit : « Tu n’as pas annoncé l’anniversaire de Mai 68. » Je n’annonce jamais les commémorations avant qu’elles ne soient advenues, mais puisque nous sommes entrés en 2008, je n’ai plus de scrupule à méditer autour de ce thème. Je sais que notre président de la République avait, pendant sa campagne, éradiqué toute cette tranche d’histoire. Raison de plus pour en parler ! Car il n’y a pas d’événement populaire gratuit, surtout lorsqu’il s’agit d’un événement d’une telle ampleur.
Je sais toutes les grimaces et les moues qui se produisent lorsqu’on fait référence à cette période. Je sais qu’il est de bon ton de parler des soixante-huitards « attardés », avec un rien de condescendance et de mépris. Eh bien, je regrette, ce n’est pas ainsi que je vois les choses, ou plutôt je ne regrette rien de ce que j’ai pu y vivre. Toute ma vie, je me souviendrai du stade Charléty, plein à craquer, où peut-être aurait pu se jouer l’avenir du pays, si nos hommes politiques avaient été prêts pour faire quelque chose.
De ce mouvement de masse, de cet élan qui portait une multitude de jeunes et de moins jeunes à crier leur désir de « changer la vie », de la soustraire aux impératifs marchands, de lui redonner sens et joie. Notre joie, en ce temps, n’était ni frelatée ni artificielle. Une immense espérance s’était installée en nous, et quoi que vous en pensiez, chez un certain nombre d’entre nous, cette espérance demeure, malgré la morosité des temps actuels. Albert Jacquard ne vient-il pas d’écrire J’accuse (1) à propos des pouvoirs économiques et financiers ? Et son livre retentit chez un certain nombre de jeunes qui semblent asservis mais n’en restent pas moins vigilants.
Parce que « changer la vie « n’est pas pour nous un slogan vide de sens. Ne voyons-nous pas, autour de nous, reculer les conquêtes sociales ? Ne voyons-nous pas que les droits constitutionnels sont à tout moment remis en cause dans la réalité quotidienne ? Ne voyons-nous pas que les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres, de plus en plus pauvres ? Resterons-nous encore longtemps soumis aux puissances financières qui, à leur gré, font et défont les entreprises, modifient le sens et la valeur du travail, ainsi que sa continuité ? Le président Sarkozy s’est servi de cette espérance en faisant miroiter le bien-être au prix d’un certain effort, mais son slogan n’était pas autre chose qu’une incantation, et l’on voit bien que le soufflé retombe. Foin d’un développement qui ne profite qu’à quelques-uns, même quand on l’affuble de l’adjectif « durable ». Foin d’un effort que l’on demande toujours aux mêmes, pendant que d’autres se prélassent dans de belles résidences ou sur de superbes voiliers. Foin d’une République qui inscrit encore sur ses murs « Liberté, Égalité, Fraternité », ces trois vertus fondamentales, alors que la liberté est réservée à ceux qui possèdent et font régner leur ordre, que l’égalité est malmenée par des écarts qui n’ont jamais été aussi grands. Quant à la fraternité, n’en parlons pas : le tableau de chasse de M. Hortefeux est basé sur l’expulsion, tandis que la zizanie entretenue entre les pauvres n’arrête pas d’augmenter, car chacun veut préserver le peu de biens et de plaisir qu’il possède.
En vain, certains intellectuels nous alertent, tandis que d’autres, il est vrai, se complaisent dans l’encensement du pouvoir. La compétition, la course au profit, la volonté d’être plus fort que l’autre sont devenues les moteurs de vie. Sur ce terrain de combat, dans cette arène, les religions n’arrivent même plus à faire émerger leurs valeurs, et les fonctionnalismes étroits l’emportent sur le respect dû à chaque être humain, à tel point que la laïcité paraît à certains un combat dépassé. La désolation s’installe dans certains pays, de plus en plus nombreux à voisiner avec la mort : Rwanda, Kenya, Tchad, Afghanistan, Irak, Palestine, Liban, Israël... Que sont devenues les joies simples, les pacifiques discussions, les civilités des uns envers les autres, les attentions des uns aux autres ?
Non ! Monsieur Sarkozy, vous n’avez rien compris aux attentes des Français, aux attentes des hommes et des femmes de notre temps. L’amour, c’est certes du plaisir, mais ce n’est pas que cela. Le plaisir n’est pas la seule source du bien-être et du bonheur. L’argent peut y contribuer, s’il est bien réparti, mais le bien-être est dans la vie paisible au milieu des autres, le droit à l’erreur, le droit à la réparation, le droit à la compréhension. Changer la vie, c’est aller vers un monde sans frontières, dépasser une complexité faite d’obstacles accumulés, pour bâtir ensemble cette « terre-patrie » qui est le bien commi que nous devons défendre.
Mais je sais que la liberté est tenace, cœur de chaque homme, et me revient cette chanson des canuts qu’on se chantait tout bas pendant l’Occupation :

« Nous tisserons le linceul du vieux monde
Et l’on entend déjà la révolte qui gronde
C’est nous, les canuts
Nous n’irons plus nus. »

À propos, saviez-vous que c’est en 1908 il que fut adopté internationalement sigle SOS pour tous ceux qui sont diffcultés. Cent ans après, n’ayons pas peur de lancer un SOS à tous les hommes. Porté par notre mouvement, porté par toute une série de collectifs qui ont pris
conscience de l’absurdité de notre mode de vie, il résonnera peut-être suffisamment pour que chacun relève la tête.
Non ! L’espoir de Mai 68 n’est pas mort, il chante encore en nous, et sa sourdine est susceptible de s’amplifier, au fur et à mesure que nos enfants sauront s’en servir.
Bon anniversaire !

Jacques Ladsous

Notes
1. Albert Jacquard, J’accuse l’économie triomphante, Paris, Calmann-Lévy, 1995




Article extrait de VST n°97 - Dossier : Habiter

21/08/2008
La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
REN 2018 Valras
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Politiques sociales
Pratiques culturelles
MÉDIAS, ÉDUCATION CRITIQUE et ENGAGEMENT CITOYEN