1er décembre 2008
VST 98 - article
Contribution des ceméa au Grenelle de l’insertion
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Le « Grenelle de l’insertion » est un dispositif national de réflexion, d’analyse et de propositions portant sur l’insertion sociale et professionnelle, mis en place à l’initiative du Haut Commissariat aux solidarités actives contre la pauvreté. Ses responsables l’ont voulu itinérant, décentra-
lisé, dynamique et interactif.
En plus des sessions thématiques proposant des entrées en débat, il était possible d’y participer en envoyant directement des contributions aux organisateurs.
Les ceméa ont participé à deux rencontres à Nice et à Montpellier, et ont également fait part par écrit de leurs réflexions, complémentaires des sessions d’échanges. Voici ce texte.
Une innovation nécessaire, mais de plus en plus difficile à mettre en œuvre
Proposer et encadrer des actions d’aide à l’insertion nécessite de remettre en permanence en question les présupposés, les démarches et les formes d’accompagnement des personnes afin de s’adapter à des réalités humaines et sociales mouvantes.
Cela exige donc d’être en capacité de faire évoluer les cadrages contractuels et conventionnels qui régissent les actions tels qu’ils ont été définis avec les diverses tutelles publiques qui les financent. Mais force est de constater que ces cadrages deviennent tellement précis, méticuleux (répartition obligée des volumes horaires d’accompagnement, durée d’un face à face, formes d’évaluation…), que toute adaptation devient impossible, sauf à sortir du cadre en mettant alors en cause les conventions passées.
D’autre part, vouloir adapter, innover, demande du temps de travail et du personnel qui s’ajoutent à la conduite classique d’une action normalisée. Les conditions financières généralistes mises en place par les donneurs d’ordres ne le permettent pas.
Enfin, les appels d’offres eux-mêmes ne prévoient pas, ou trop rarement, la possibilité de formuler des réponses en léger décalage permettant de se décaler ou de sortir des formes habituelles de travail.
Les structures mettant en place les actions d’aide à l’insertion sont de plus en plus considérées comme de simples opérateurs par les donneurs d’ordres, le principe du moins-disant venant logiquement trancher au détriment de toute offre non conforme à un modèle unique.
Le besoin d’avoir du temps
pour bien travailler
Il y a certes des personnes dont les dynamiques, les histoires, les situations, les motivations font qu’elles sont assez adaptées aux offres classiques d’accompagnement, et que des solutions solides peuvent émerger et se mettre en place dans le cadre de ces offres. Une courte durée de chômage, une qualification professionnelle recherchée, une dynamique forte de mobilisation sont autant d’atouts pour cela.
Mais de plus en plus de personnes,
même chez les jeunes, sont déjà tellement engagées dans un processus complexe de dévalorisation de soi, de sentiment d’inadaptation, de perte de repères sociaux, qu’une longue durée n’ayant rien à voir avec les durées classiques d’accompagnement sur quelques mois est alors nécessaire. Cela, l’essentiel des dispositifs d’aide à l’insertion centrés sur l’employabilité à court terme ne le permet pas.
Dans le cadre de dispositifs relativement courts, on devrait au moins pouvoir évaluer non pas uniquement l’état des possibles concrets ouverts aux personnes en fin d’action, mais également le chemin parcouru par celles-ci. Il est des chemins tellement longs et sinueux !
Le besoin de ne pas devoir toujours
se centrer sur l’emploi
Ne pas se centrer directement, prioritairement sur l’emploi afin de permettre à des personnes de se retrouver est souvent nécessaire. Cette phase, qui peut être très longue avec des publics en errance, ne peut pas être gommée. Si elle l’est, le centrage sur la qualification et l’employabilité est superficiel et inopérant.
Mais certaines dynamiques individuelles, certains choix de vie légitimes bien que différents des normes font que l’emploi tel qu’il est conçu et promu dans les dispositifs d’insertion ne mobilise pas les personnes. Certains cherchent simplement à s’assurer des revenus ponctuels, minimes, leur permettant de faire face à un besoin particulier. Ils ne se situent pas dans une construction globale de vie appuyée sur l’emploi, mais beaucoup plus sur une recherche modérée de situations rémunérées non investies. D’autres souhaitent équilibrer financièrement leur vie par des « métiers » de la marge : spectacles de rue, arts du cirque, petit artisanat en vente directe… Les aider dans ce projet est tout aussi légitime que de les pousser malgré eux vers des formations conduisant à des emplois dans des branches professionnelles « en tension ». Mais c’est pourtant ce qui est de plus en plus attendu des structures d’aide à l’insertion, même de celles au travail avec les publics de la marge.
Le besoin de pouvoir s’appuyer
sur la psychiatrie publique
L’imbrication des difficultés psychologiques et sociales est maintenant reconnue, et la notion de « souffrance psychique » souvent appelée pour qualifier les situations de perte de soi vécues par des personnes.
Les évolutions lourdes de la psychiatrie publique (réduction du nombre de lits et de la durée des hospitalisations, tendance forte à des thérapies uniquement médicamenteuses) font que nombre d’anciens patients en rupture de soin rejoignent dans la rue et dans les structures d’accueil à bas seuil d’exigence ceux qui ne font même pas le chemin du soin initial.
La mise en place d’équipes mobiles de psychiatrie chargées de construire le lien avec les structures du social dans le cadre des textes de 2005 est alors évidemment une aide précieuse et reconnue comme telle par les équipes du social.
Encore faut-il que ces équipes aient une réalité, une force, une disponibilité qui leur permettent d’agir. Pour quelques-unes assez dotées en personnels, nous en connaissons une majorité constituées de deux ou trois soignants détachés à temps partiel, se trouvant alors dans la fréquente impossibilité d’assurer réellement leur mission.
Pouvoir s’appuyer sur la psychiatrie publique, c’est également y trouver des interlocuteurs qui connaissent et comprennent les questions qui se posent avec les publics du social, et qui sont prêts à s’engager avec les travailleurs sociaux dans une « clinique psychosociale » unissant les deux compétences sans en nier aucune. Cela passe par des temps de rencontre, d’échange, de formation, des disponibilités pour entendre… Autant de temps de travail et de soutien à l’action à faire exister jusque dans les financements des structures.

François Chobeaux travailleur social, chercheur et formateur, responsable du département politiques et pratiques sociales aux cemea





01/12/2008
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