7 mai 2009
EDITO
VST n° 100 (laïcités professionnelles) - Le débat, une Laïcité nécessaire ?
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VST - notre revue - fête le 100e numéro de sa nouvelle formule et le 246e de son existence depuis 1954, année de sa fondation par Germaine Le Guiilant, responsable aux cémea, et Georges Daumezon, psychiatre. Fierté d’un tel patrimoine et occasion pour le rédacteur en chef, qui va transmettre cette fonction, de penser un instant à ce qui justifie une revue du champ social et de la santé mentale aujourd’hui ? Être un des organes d’expression du mouvement d’éducation que sont les cémea suffit-il ? Un mouvement s’exprime par son action puis par tous les médias disponibles : films, Internet, presse et télévision... s’il en trouve l’accès et les moyens. Pourquoi spécifiquement une revue ? Affirmons-le d’emblée : une revue permet d’informer et de débattre avec le délai de pensée nécessaire, délai qui résiste au flux continu de notre modernité quotidienne.

Cette modernité se présente comme en crise et donc pour certains accoucheuse d’une postmodernité, elle-même répulsive ou angoissante ! Les philosophes B. Stiegler comme D.R. Dufour en ont fixé avec acuité quelques traits (après d’autres auteurs comme Luc Boltanski, sociologue, ou Pierre Legendre, juriste et psychanalyste). Pour Dufour, ce sont les dix lignes sismiques suivantes : modifications du rapport à soi, à l’autre, de l’altérité intersubjective, du rapport à l’Autre comme figure d’altérité transcendante, du rapport à la Raison comme trancendantal (depuis les Lumières), du rapport au politique, à la langue, au savoir, à la Loi et à l’Art. Il les qualifie dramatiquement de lignes d’effondrement du sujet moderne2 car l’application de l’économie des biens à l’économie des personnes a de graves conséquences.
Débat philosophique à écarter, pensera le professionnel, pressé d’agir ou de revendiquer des moyens d’action ou de formation, fatigué parfois d’accompagner des usagers eux-mêmes agités et fatigués. Il aurait tort car cette agitation, cette fatigue ou angoisse font partie de cette modernité en question, avec aussi leurs réussites et apaisements. Les sciences humaines et sociales ont ceci de particulier d’être intrinsèques à une culture. Les pratiques éducatives, sociales ou soignantes comme la psychiatrie - quand elle ne se réduit pas à une biologie mais garde l’ambition d’une vraie médecine générale - sont-elles indépendantes de cette modernité ou postmodernité ? Qui croirait à un progrès scientifique et rationnel indépendant et linéaire devrait se remémorer des méthodes désuètes ou absurdes (selon lui) d’il y a à peine un siècle ou deux. Il devrait aussi repenser aux catastrophes qu’elles n’ont su éviter ou même voir. Chacun fera la liste, selon qu’il ouvre l’œil droit ou l’œil gauche, ou les deux ! Science et raison sont nécessaires, mais insuffisantes à éviter des consensus douteux, des corruptions économiques, des conséquences fâcheusement inappréciées. Évoquons les scandales trop tardifs des irradiés nucléaires exposés délibérément, du sang contaminé ou de l’hormone de croissance, des psychotropes abusifs ou des contentions en quartier de haute sécurité.
Il faut les insérer dans des contre-pouvoirs républicains. Celui de la liberté d’expression et de débat a une importance majeure, à côté de ’indépendance des juges. Si la liberté de pensée est illimitée - puis¬qu’un délirant peut trouver sa place dans la société s’il ne commet pas de désordres -, la liberté d’expression, comme la liberté de mouve¬ment, est bornée par celle d’autrui. Elle doit donc éviter l’injure ou la calomnie, autant que le racisme ou le négationnisme de l’histoire qui est injure à la mémoire.
Dans notre domaine, l’expression doit permettre l’information - vérifiable - comme le témoignage, public ou plus intime, et surtout le débat. Cela seul permet de combattre les pseudo-universels de la routine, de la croyance ou de la pensée unique. Cela permet aussi d’affronter nos complexités : y a-t-il crise de la fonction paternelle, alimentant crise familiale et crise politique, produisant des sujets fragiles (narcissiques ou pervers3 ?) accrochés aux jouissances immédiates, loin des interdits névrotiques ? Au contraire, peut-on arguer d’une libération d’un patriarcat paternaliste, traitant femmes et enfants comme prolétaires du xixe siècle, dont des subjectivités nouvelles peuvent surgir ? Le débat doit rester ouvert comme dans l’interprétation des dépressions : résistance ou soumission subjective ?
Dans ce contexte, les tutelles diverses devraient se garder de céder à la - régressive - tentation autoritaire. Permettre plus d’autonomie et de responsabilité aux professionnels, moyennant plus d’éducation et de formation, et donc plus d’exigence de qualité ? VST veut être le lieu d’un débat, libre des dogmatismes ou des corporatismes, accueillant le praticien de base comme l’universitaire. Pari ou ligne de conduite ? Ligne de conduite qui n’est autre que celle d’une laïcité conséquente. Les religions peuvent régner - sous réserve du droit - dans le domaine privé et convictionnel. Dans l’espace professionnel et dans l’espace public, elles doivent composer entre elles, ainsi qu’avec athéismes et indifférences. Dans l’espace rationnel, elles supporteront le libre examen historique ou critique. Maints passages de livres sacrés devront respecter les principes républicains tels que la liberté de croyance et la possibilité de se convertir ou de se déconvertir ! Elles devront tolérer des vérités historiques désagréables comme les massacres au nom d’un Dieu d’Abraham, de Jésus ou de Mahomet. « Dieu reconnaîtra les siens ! », disait Simon de Montfort le catholique en exterminant les habitants de Béziers, supposés cathares et martyrs chers à notre mémoire occitane. Les religions devront supporter le refus des dominations sexuelles ou sociales, qu’elles justifient parfois, et des obscurantismes qu’elles veulent imposer, comme le refus de l’évolutionnisme. Elles devront même supporter l’humour des autres !
La laïcité n’est assurément pas que posture face au religieux envahissant, elle vise toute croyance ou pouvoir totalitaire. À côté des laïcités juridique (constitutionnelle) et militante, il y a place pour une laïcité méthodologique. Dans son action professionnelle, le praticien du soin ou de l’éducation devra la vivre et la partager. Ce numéro voudrait y aider. Cela n’empêche pas de voir « l’intraitable beauté » d’un monde métissé, selon la belle expression des poètes P. Chamoiseau et E. Glissant5.

SERGE VALLON Rédacteur en chef





07/05/2009
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