Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Mark Haddon, Traduction de l’anglais par Odile Demange. Nil éditions, Paris, 2004

A quinze ans, Chistopher John Francis Boone connaît la suite des nombres premiers jusqu’à 7507, tous les pays du monde et leur capitale ; il circule avec aisance à travers les constellations du ciel nocturne et a intégré la théorie de la relativité et celle de l’expansion de l’univers. Il aime jouer au Scrabble et avec son ordinateur, s’amuser avec Toby, son rat apprivoisé. Il se prépare à subir les épreuves mathématiques du baccalauréat. Christopher trouve les gens déconcertants, ne supporte pas que trop d’informations lui parviennent simultanément du monde extérieur. Il aime être seul. Si quelqu’un s’approche trop près de lui, il se roule au sol, se met en boule le front à terre et grogne. Il frappe celui qui le touche. Il aime quand, dans la cuisine, les bocaux sont alignés par ordre de taille, les étiquettes tournées vers l’avant, ou quand cuillères et fourchettes sont classées dans le bon compartiment du tiroir à couverts. La tête lui tourne si, de retour de l’école, il constate que Mère a déplacé le canapé et les chaises du salon pour passer l’aspirateur : immédiatement, il doit replacer les meubles selon le plan précis qu’il a dressé. Il lui faut des certitudes : les mathématiques le passionnent, qui se résolvent par des réponses claires et nettes. Son cerveau enregistre tout et mémorise jusqu’au moindre détail, mais, face à une situation complexe, la tâche devient insurmontable. Il affectionne les listes, les plans, les cartes, les horaires, les itinéraires... Il repousse son repas si, dans son assiette, deux aliments différents entrent en contact. Il ne peut se laver les dents quand, dans la salle de bains, sa brosse a été frôlée ou déplacée et refuse de se rendre aux toilettes si quelqu’un y est passé avant lui. Il déteste le jaune et le brun, mais aime la couleur rouge. Quand le bus scolaire double quatre voitures rouges d’affilée, c’est signe d’une B.J. (une bonne journée), cinq voitures, et c’est une T.B.J. (une très bonne journée). A l’inverse, quatre voitures jaunes d’affilée annoncent une M.J. (une mauvaise journée). Plus tard, Christopher ira à l’université ; il y étudiera les mathématiques et la physique et, en dépit de sa vue, qui n’est pas excellente, il s’imagine bien astronaute. Seul, il n’a jamais dépassé le coin de sa rue. On l’aura compris : Christopher est un adolescent autiste. Il a d’ailleurs dressé avec une lucide minutie la liste de ses dixhuit principaux P.C. (problèmes comportementaux). Une nuit, à 0 heure 07 très exactement, Christopher découvre Wellington, le caniche noir de sa voisine madame Shears, cloué sur la pelouse d’un coup de fourche. Cet événement n’est pas dans l’ordre des choses et, quand un crime a été commis, il importe, n’est-ce pas, d’en trouver le coupable pour qu’il soit puni. Christopher décide donc, malgré la réprobation de Père, de se lancer dans une enquête et, avec l’aide de Siobhan, son institutrice, de s’en inspirer pour écrire un roman policier. Pour démasquer l’auteur du crime, Christopher devra accepter de se mettre à chaque instant en danger, dominer ses angoisses, oser adresser la parole à des personnes qu’il ne connaît pas, dépasser les bornes de son univers... La solution de l’énigme va peu à peu bouleverser le déjà fragile équilibre de son entourage familial. L’année prochaine, Christopher passera l’épreuve de mathématiques supérieures ; puis il se présentera à la licence. Il sait qu’il y parviendra. N’est-il pas allé tout seul à Londres ? Et n’a-t-il pas résolu l’énigme : Qui a tué Wellington ? Ce livre d’exception est un pur joyau. Au fil d’une écriture simple, mais empreinte d’une chaleureuse empathie, l’auteur nous installe dans les pas de Christopher, nous fait partager ses émotions quotidiennes, ses anxiétés et son intense espoir de vivre sa vie. J’ai eu la très forte impression d’entrer en contact avec cet adolescent autiste et de partager avec lui, au gré de sa sensibilité et de sa propre logique, une aventure qui m’a tenu en haleine jusqu’à la dernière page. C’est gai et triste à la fois, surprenant, drôle et pathétique, et d’une extraordinaire inventivité. Le livre le plus attachant que j’aie lu depuis longtemps.

Michel Roussillat



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  • 30/06/2005
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