Le travail social face au racisme
Contribution à la lutte contre les discriminations

Faïza Guelamine
Éditions ENSP (av. du professeur Léon-
Bernard, 35043 Rennes Cedex), 2006,
120 p.


Je sors de la lecture de ce livre avec un sentiment partagé. D’une part, j’adhère pleinement à ce que dit Faïza Guelamine du racisme, surtout quand elle dévoile ses formes cachées. D’autre part, je me sens mal à l’aise devant ses condamnations péremptoires du travail social, dont elle semble avoir souffert ou avoir vu souffrir les siens, sans apporter de vraies nuances à ses affirmations. Écoutez plutôt : « Les discriminations racistes représentent une des expressions du racisme. Si nous parlons de discriminations racistes et non raciales ou ethniques, ce n’est pas un hasard. C’est une façon de rompre d’emblée avec l’idée que les races humaines existent en tant que telles et de rappeler que le racisme et ses manifestations concrètes ne s’appuient pas sur les différences raciales : c’est le racisme qui les crée, et non l’inverse.
Le racisme en outre ne se limite pas à sa forme discursive. Sans que des acteurs précis en soient nécessairement à l’origine, les normes de fonctionnement des institutions et des structures sociales produisent en effet des inégalités proprement racistes. C’est bien le propos de cet ouvrage de voir comment ces inégalités subsistent, sont reproduites, aujourd’hui, tantôt de manière cachée, tantôt de façon criante, et d’explorer les formes de réaction des travailleurs sociaux dans ce contexte.
Quels que soient les institutions et les métiers, les intervenants sociaux comptent parmi les témoins, les observateurs, voire les acteurs souvent involontaires de ces pratiques qui se concrétisent plutôt sous des formes subtiles que de façon ouverte et directe. »
Son ouvrage repose sur trois idées-forces : - définir le racisme comme mode de pensée et comme pratique sociale, tout en distinguant les différents registres des discriminations racistes (analyser les mécanismes sociaux au fondement des traitements discriminatoires, les moyens juridiques de les combattre et leurs limites, les questions suscitées par ces dispositifs) ;
- souligner les facteurs politiques, historiques, sociaux et juridiques qui contribuent, en France, au déni des discriminations (dont sont victimes les populations minorisées en raison de l’origine réelle ou supposée qui leur est assignée par les majoritaires) ; examiner la continuité des stéréotypes coloniaux dans la formation des catégorisations racistes ; - interroger les représentations en cours dans le travail social (et les pratiques qui mettent en exergue, implicitement ou explicitement, les spécificités culturelles ou ethniques des populations migrantes ou considérées comme telles ; identifier les conditions sociales contribuant à leur développement et réfléchir à la portée des constructions ethnicisantes dans la formation des processus discriminants).
Tout le long de son développement, Faïza Guelamine se tient à ces trois idées, et si nous comprenons bien avec elle le large champ dans lequel se développent les discriminations racistes, si je ne peux qu’être d’accord sur l’aide - indirecte le plus souvent - apportée par les travailleurs sociaux à la colonisation, je me sens heurté par la généralisation qu’elle en fait, oubliant les refus très clairs des professionnels qui se sont opposés, voire par des refus d’obéissance, à certaines pratiques douteuses.
Et ceci est d’autant plus important aujourd’hui qu’au train où vont les choses, et si rien ne vient s’interposer dans l’émergence bien reçue par le public des politiques discriminantes, les travailleurs sociaux auront à jouer un rôle de résistance dont il faut qu’ils se sentent investis. Mettre l’accent sur une certaine complaisance liée à des bases de compétence trop « psychologisantes » risque de décourager certains. Et pourtant, je suis d’accord lorsqu’elle écrit du travail social :
« Ce travail implique, dans certaines situations, de poser des actes simples, parfois considérés comme superflus ou contraires à la posture neutre du travailleur social.
Pourtant, orienter, accompagner et soutenir les victimes de discriminations racistes dans leurs démarches pour s’opposer et faire reconnaître l’injustice d’un tel traitement sont des actions conformes aux missions de ces intervenants dès lors que les responsabilités professionnelles des travailleurs sociaux sont clairement définies. »
D’ailleurs, j’ai fait ma formation avec Henri Wallon, un des plus grands psychologues de notre temps, qui ne manquait jamais de mettre l’accent sur l’importance de l’environnement dans l’élaboration de la personnalité.
Qu’on me comprenne bien ! Tout ceci n’est pas une critique fondamentale. Je crois avec Faïza Guelamine que ce sujet du racisme et des discriminations a besoin d’être abordé avec clarté et que les formations doivent y consacrer une large part. Je connais des centres de formation où cela se pratique.
Ce sont ces formateurs et leurs étudiants qu’il faut encourager pour qu’ils entraînent les autres. Si le livre de Faïza Guelamine est juste, il lui manque ce brin de pédagogie qui fait qu’on encourage le positif pour entraîner le négatif. Mes nuances sont faites pour encourager les lecteurs à dépasser les réserves pour aller vers l’essentiel. Et je remercie l’auteure d’avoir su définir cet essentiel.
JACQUES LADSOUS


(10/01/2007)



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