Les jeux de la simulation
Réflexion à propos de ces jeux


Les jeux de simulation proposent aujourd’hui des situations de plus en plus variées construction d’une ville ou d’une tour genre gratte-ciel, devenir maître de l’empire romain ou développer la civilisation occidentale dans son ensemble de l’âge de pierre jusqu’à nos jours.
Il y a là de quoi donner des idées de grandeur ! Mais tout n’est jamais simple, et la réussite dans ces entreprises démesurées n’est jamais assurée d’avance. Il faudra donc le plus souvent que le joueur s’arme de patience, qu’il apprenne à éviter un certain nombre d’erreurs fatales, et surtout, qu’il comprenne le plus rapidement possible la logique sur laquelle repose le programme et dont la maîtrise est indispensable pour avoir des chances de réussir.

Devenir demiurge
Ces jeux sont bien différents des jeux de plateformes qui ont fait en grande partie le succès des jeux vidéo. Si ces derniers se retrouvent aujourd’hui de plus en plus sur ordinateur, le changement de machine n’a le plus souvent qu’une visée commerciale, dans la mesure où le jeu n’est en soi pas modifié.
Avec les jeux de simulation, il est indispensable d’utiliser l’ordinateur et sa puissance de calcul. Vos choix, et les actes qui en découlent, doivent non seulement se traduire visuellement à l’écran, mais aussi, et surtout, avoir une incidence sur le déroulement de la partie. Si le joueur peut avoir du mal à se projeter dans la situation qui découle de ses décisions, l’ordinateur, lui, calcule chaque détail et en tire les conséquences. Et comme il n’a jamais aucun état d’âme, elles sont toujours marquées d’une nécessité absolue.
Il y a là un principe qui a d’abord une forte charge ludique, et les programmes les mieux conçus n’hésitent pas à renforcer le côté démiurgique de l’aventure. être le maître de la création, d’une ville ou de l’univers, est particulièrement grisant, d’autant que le jeu propose toujours de multiples moyens de contrôle et que rien n’est laissé au hasard. Le plaisir du joueur n’a donc ici rien à voir avec celui qui naît d’une situation de suspens. Le jeu de simulation ne doit pas contenir de surprise ou d’imprévu. Ou bien, si le joueur est pris de court, s’il n’a pas les moyens pour parer les catastrophes qui, comme dans la vie, peuvent toujours le menacer, c’est toujours de sa faute. C’est toujours le signe d’un manque de prévoyance, ou de son incompréhension de la complexité de la situation, par ignorance d’un paramètre, qui a pu un temps paraître négligeable. A tort, évidemment.

Et expérimentateur
Le second élément constitutif des jeux de simulations est de proposer au joueur une situation quasi expérimentale. Les ressources dont il bénéficie au départ sont toujours clairement identifiables et limitées quantitativement (le plus souvent par une dimension financière). Les règles de leur utilisation sont aussi clairement formulées, et les instruments de contrôle utilisables à chaque instant. Alors, avant même de se lancer dans un projet à grande échelle, le joueur peut émettre des hypothèses, tester la viabilité des solutions envisageables. Et puisque l’ordinateur laisse le choix de sauvegarder ou non sa partie, il peut toujours recommencer, en introduisant une variable dont l’importance se mesurera très concrètement .
Le jeu impose de réfléchir. Jouer au hasard implique toujours de se retrouver dans une situation bloquée, où peu à peu les moyens de progression ne sont plus disponibles ou sont inefficaces. Mais la réflexion nécessaire ici est bien différente de celle qui est à l’œuvre dans un jeu d’aventure où il y a une énigme à résoudre ou une solution à découvrir. Dans ce type de jeu, il s’agit essentiellement de réfléchir à l’utilisation possible de ressources (objets ou personnages) rencontrés ou découverts dans la progression. Dans le jeu de simulation, il s’agit plutôt d’analyser une situation globale. Il est nécessaire pour progresser, de déterminer quels sont les points forts de sa réalisation, mais aussi de repérer ses lacunes ou ses incohérences, pour pouvoir mobiliser des “remédiations”, comme on dit aujourd’hui en pédagogie.
Savoir modifier ses choix initiaux, n’est jamais chose facile. C’est en ce sens que les jeux de simulation bien faits peuvent être vraiment formateurs. Ils obligent à réfléchir sur la pertinence des actes, à essayer de comprendre pourquoi certains ont été des erreurs, ou n’ont pas eu les résultats escomptés. Et lorsque le jeu est vraiment prenant, le découragement est impossible. Il y a toujours une solution, ne serait-ce qu’en reprenant au point de départ... en étant plus rigoureux.

Pour les enfants aussi
Bien sûr, ces jeux sont complexes et mobilisent des paramètres (économiques en particulier) qui ne sont pas toujours accessibles aux enfants. Aussi, faut-il souligner l’heureuse initiative de l’éditeur Maxis, qui lance une série Junior destinée aux plus de 8 ans. Un de ses derniers titres, Sim Park, est une réussite. Pour créer son parc naturel, l’enfant peut planter toutes sortes de végétation, mais il devra tenir compte du climat de la région où il est installé. Il pourra aussi implanter une faune riche et variée, mais il devra tenir compte de la chaîne alimentaire pour que tous les animaux puissent se nourrir. Enfin, il pourra acquérir des installations de camping ou de distraction pour attirer les visiteurs. Cela lui permettra d’avoir des revenus substantiels, mais il devra alors veiller à ce que les hommes ne causent aucun dégât dans le reste du parc. Bref, ce sont les grands équilibres naturels que l’enfant devra s’efforcer de respecter dans la fonction de garde-forestier que lui confie le jeu. Et cette mission ne peut être remplie efficacement qu’à partir de connaissances précises et sérieuses, notamment au niveau de l’identification des espèces. Pour ce faire, le programme fournit des outils particulièrement bien adaptés aux enfants auxquels il s’adresse. Pour une fois, réflexion, acquisition de connaissances et divertissement ludique font bon ménage.

Jean-Pierre Carrier


(02/02/2007)



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