Un radeau forain

Dans le cadre de l’axe de formation « milieu et environnement » aux Rencontres de l’Éducation nouvelle, cinq personnes, Clémentine, Bouch, Ali, Brahim et Malik s’affairent sur la plage en fin de matinée pour fabriquer une embarcation et aller sur l’autre rive du fleuve. L’objectif de leur réalisation : profiter des manèges de la fête foraine. Ce temps d’activité manuelle en apparence ordinaire réunit cinq parcours personnels riches de mémoire. Et sous la plage de Valras il est sûr que les pavés sont là.

Un radeau forrain en construction

Il n’y a pas que du faire dans l’agir

Le radeau prend forme, chacun et chacune remplit sa part avec savoir-faire et dextérité, les mains s’agitent, les cerveaux frémissent, l’ambiance est au travail.

Quelle est la genèse de ce projet ?
Ce projet fait partie de l’axe de formation « milieu et environnement » Ali, Brahim et Malik avaient envie d’aller à la fête foraine qui se trouve de l’autre côté de l’Orb, Clémentine leur a proposé de pimenter l’idée en construisant un radeau pour rejoindre l’autre rive. Boucherane s’est joint à elle et eux parce que le challenge l’intéressait et qu’à Mayotte où il habite il y a nombre d’arbres et de branches, matière première pour construire des bateaux. Il se lance sur un projet nouveau et semble très à l’aise dans les gestes. Il faut dire que Clémentine (qui n’en est pas à son premier radeau) leur a transmis des petits trucs comme mouiller la ficelle avant de faire les nœuds.

Aviez-vous déjà construit un radeau ? Question de François à Ali et Brahim

Malik me raconte qu’en Guinée (d’où il vient) il est parti dans un village où quelqu’un avait construit un radeau. Il n’avait pas le courage de monter dessus pour traverser une rivière. « j’ai appris beaucoup de choses là-bas, et en particulier à grimper dans un cocotier » dit-il.

Radeau ficelé, l’équipe le retourne pour fixer les flotteurs plus facilement

Le radeau de fil en aiguilles conduit à d’autres souvenirs. Brahim pour sa part a longtemps vu près de chez lui un jeune traverser le fleuve pour aller à l’école sur un radeau qu’il avait fabriqué et ceci jusqu’à obtenir son examen. « Je regardais et je ne savais pas faire » me dit-il avec un filet de regret dans la voix. Ali, guinéen lui aussi, a déjà fabriqué un radeau en Libye pour les passeurs (les flotteurs étaient des pneumatiques achetés en Tunisie). Pour aller en Italie quand il n’y avait pas trop de vagues, on mettait un moteur Yamaha de 25 cm³, quand la mer était plus forte on mettait un moteur plus puissant. « Je n’ai pas pris le radeau que j’ai fabriqué, j’en ai pris un autre pour traverser la Méditerranée » termine-t-il avec un brin de résignation. Ces trois-là se sont connus à Nantes et disent ensemble qu’à Conakry les radeaux c’est pour les pêcheurs.

Tous ces souvenirs qui voguent comme des barquots dans la tête, et lorsqu’on voit ces marins s’éloigner de la plage, on ne peut que penser non pas à leur odyssée forcée mais plutôt à l’avenir.

Le groupe est sur le radeau et ... ça flotte !

François Simon

Photos : Amélie Petit-Gombert


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