Éditorial
L’urgence de nouveaux lieux d’éducation

« La jeunesse n’est pas homogène et surtout, phénomène allant croissant, les jeunes n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis de la société » écrit Nicolas Delesque, Secrétaire Général de l’AFEV (Association de la Fondation étudiante pour la Ville). La nouvelle génération des cadres, 30-45 ans, selon un article du Monde du 16 juin, représenterait « la génération défiance ». Pour elle, la société est en miettes. « Une mutation fondamentale prend corps sous leurs yeux. La dérive du modèle républicain laïc vers un système qui entérine l’existence et la co-existence de communauté. »

Face à de tels constats, le sentiment de pessimisme et de blocage de toute une société semble croître. Et pourtant, on peut observer notre environnement avec plus d’optimisme, d’enthousiasme même.La mobilisation des lycéens, même face à des répressions exceptionnelles n’est-elle plus possible ? [*] La mobilisation des citoyens pour comprendre cinquante ans de construction européenne n’est-elle plus possible ? La mobilisation des associations du secteur jeunesse et éducation populaire pour défendre leur projet associatif n’est-elle plus possible ? La réponse est claire. Si les risques d’endormissement menacent toute société, les capacités de mobilisation et d’action sont intactes. Il faut donc s’en saisir pour réussir à les transformer en un projet collectif concret capable de créer de vrais espaces de participation du plus grand nombre.

Notre société moderne, complexe, a besoin de débats. Elle doit secréter des lieux de socialisation collective qui permettent de découvrir d’autres horizons que ceux de son origine sociale, culturelle, professionnelle où chacun construit sa place dans le croisement de l’intérêt général et de l’intérêt personnel. L’école publique comme l’encadrement des centres de vacances et de loisirs représentent deux lieux hérités du siècle dernier. Sans nostalgie, sans conservatisme, il doit être possible de les faire fructifier. Mais il est aussi de notre responsabilité, en tant que mouvement d’éducation de rêver, d’imaginer, d’organiser de nouveaux lieux de socialisation d’éducation, de libération des individus et des groupes. Pour réussir, il y faudra plusieurs conditions : la première requiert un projet de société clarifié ; la deuxième la vitalité de l’engagement des citoyens ; la troisième des lois d’orientation dans le domaine de l’éducation, du dialogue civil institutionnalisé, en particulier avec les associations.
C’est une urgence quand la politique en cours asphyxie progressivement le monde associatif organisé et que les projets de ceux qui veulent nous gouverner demain ne sont qu’à peine esquissés.

La jeunesse ne se réduit pas certes à la question des loisirs. Elle ne se dilue pas plus dans la seule question sociale. La jeunesse a besoin d’une politique. L’éducation populaire est une des contributions les plus concrètes car elle articule loisir, culture et social. Mais surtout parce qu’elle est intergénérationnelle, elle lutte pied à pied contre un monde qui ferait d’une génération défiance, d’une génération M, X ou Y une communauté fermée sur elle-même. C’est aussi pour tout cela que les Ceméa tiendront leur Congrès pour choisir leurs contributions et répondre aux besoins d’une société telle qu’ils la rêvent !

Jacques Demeulier, directeur général des Ceméa


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