Langevin, Wallon, avec nous !

Le rapport Langevin Wallon
Claude Allègre, François Dubet, Philippe Mérieu
document 1101 nuits, 2004

Bonne idée de rééditer le rapport Langevin-Wallon. Quel lecteur de la revue n’appréciera entre autre chapitre, le texte sur l’éducation populaire (p.79-81). Allègre, dans son introduction, n’a pas tort de louer le style en rien empesé ni bureaucratique. Font partie de la commission célèbre constituée à la libération le physicien Langevin (Paul) et président ainsi que le psychologue Wallon (Henri) Pieron est vice- président Ainsi que d’autres « têtes » comme l’historien Febvre (Lucien), le géographe George (Pierre), Mme Seclet, secrétaire du GFEN (écartée du mouvement) après un article caustique le lendemain de la mort de Freinet. Le gouvernement d’alors est tripartite. La gauche est singulièrement, le PCF est influent dans la société et la commission. Mais il y aussi la SFIO, le MRP (démocratie chrétienne) les « sans-partis ». De la maternelle à ce qu’on appelle l’AIS (Adaptar Integration) en passant par l’orientation, la culture scientifique et technique, les « méthodes actives », les problèmes spécifiques y sont abordés à partir des principes généraux et généreux : la volonté de réaliser l’idéal de l’école unique - aujourd’hui battu en brèche, hier défendu depuis le début du siècle par les « compagnons de l’université nouvelle ». On ne citera plus ce texte de manière rituelle sans le connaître. Et en portant sur lui des appréciations globalisantes, Mialaret
parle de la « réussite » du plan dans le monde dans son Histoire mondiale de l’Education, tandis que Prost écope dans l’Histoire de l’enseignement en France l’échec de celui-ci. Sans doute Dubet n’a-t-il pas tort de noter à la fin que Bourdieu est passé par là et qu’on ne peut aujourd’hui dire que le « mérite doit seul créer l’élite ». Les auteurs postulaient une résorption progressive des inégalités économiques et sociales, ne raisonnaient pas en termes de code culturel. Ni non plus en faisant appel aux explications par les
« dons ». Mais à l’aide des notions certes discutables de « capacités » et « d’aptitudes ». Malgré quelques propos polémiques du sociologue qui conclut l’ouvrage, on saura gré aux trois auteurs de leur initiative qui peut redonner courage aux éducateurs, contre le Fatalisme, à ceux pour qui les slogans ne peuvent suffire et ne se retrouvent dans les éternels affrontements entre
« républicains et pédagogues ». Un pavé dans la marre des sectaires de tout acabit.

Hugues Lethierry


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