Le Livre noir de l’animation socioculturelle
Sous la direction de Marion Peyre

éditions L’Harmattan,
collection « Questions contemporaines », Paris,

L’ouvrage sous titré « animation socioculturelle et employeurs associatifs, du grand écart entre discours et pratiques est véritable pamphlet sur la fonction employeur des « entreprises associatives » accusées d’une dérive marchande. Après une introduction qui questionne la pertinence d’un livre noir et identifie celui-ci comme un contrepoint du livre blanc de l’éducation populaire (Leterrier Jean-Michel, 2001) Citoyens, Chiche ! préfacé par Marie-George Buffet, les Editions de l’Ateliers et les Editions Ouvrières. L’ouvrage s’efforce de mesurer et d’analyser les tensions entre, d’une part le discours des associations concernant le développement social ou la transformation sociale et, d’autre part, les pratiques qualifiées « d’antisociales » des employeurs associatifs. Il semble ici que « tout le monde soit mis dans le même panier » même si la suite de l’ouvrage attire souvent l’attention sur des études de cas particuliers.

La première partie traite de l’association d’animations socioculturelles à partir de différentes entrées dont celle d’une histoire de l’éducation populaire structurée en cinq temps (la dimension culturelle du mouvement ouvrier, l’éducation populaire comme branche spécialisée de ce même mouvement, l’institutionnalisation dans l’appareil d’Etat, la fonctionnalisation de l’animation socioculturelle et enfin le développement local, social, culturel... et celle d’une dialectique entre démocratie et gestion, militance et bénévolat - le militant est un décideur, un porteur d’idées ; le bénévole est un factotum ;le militant est une tête agissante, le bénévole, un bras.

La deuxième partie aborde l’employeur associatif et montre la diversité et l’hétérogénéité des statuts. La classification en quatre familles de l’enquête réalisée en 2000 pour le compte de l’ONMAS est retenue pour organiser la « famille animation » soit :
- Les personnels pédagogiques occasionnels, secteur qu’il semblerait bon d’extraire du champ de l’animation professionnelle ;
- les animateurs professionnels (environ 41%) ;
- les animateurs spécialisés et intervenants divers (environ 54%) ;
- les emplois d’encadrement (environ 5%).
Cette partie se conclut par un chapitre relatant des situations regroupées sous l’appellation de « harcèlement moral et professionnel ».

La dernière partie intitulée « associations d’animation socioculturelle et syndicalisme », illustre des pratiques managériales et des exemples de syndicalisme dans quelques grandes fédérations dont la ligue de l’enseignement, la fédération française des MJC, l’UFCV, la fédération nationale Léo Lagrange, la fédération nationale des Francas, la fédération nationale des Centres sociaux et socioculturels et l’association Vacances Voyages Loisirs. A la lecture de ces éléments les auteurs posent la question : l’animation socioculturelle, un secteur d’activité comme les autres ?
L’ouvrage se conclut par la nécessité d’une rupture avec le silence et d’une prise de conscience nécessaire et préalable à toute mobilisation collective « sans laquelle il ne saurait y avoir de réelles transformations des conditions de travail dans le secteur d’activité de l’animation socioculturelle.

Luc Greffier


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