EDITORIAL
Usage et mésusage des neurosciences

La nécessité de la recherche scientifique est devenue le crédo du siècle. Le monde de l’éducation est désormais, lui aussi, sujet à ses lois. Un mouvement comme les Ceméa, qui vit en intime liaison avec son siècle, a été dès sa création particulièrement intéressé par la pensée et les résultats scientifiques ; il s’en est nourri et, en accord avec les valeurs qu’il défend, il en transmet les démarches et les connaissances les plus accessibles. De grands chantiers pédagogiques ont été ouverts et continuellement approfondis, relatifs au développement de l’enfant, à l’organisation de la vie en groupe, à l’animation expressive et théâtrale, à la connaissance du milieu, au jeu et à l’éducation motrice, parmi beaucoup d’autres. Incontestablement, les savoirs scientifiques ont considérablement influencé les pratiques éducatives des Ceméa.

Cependant, deux dangers se profilent dans cette quête d’un meilleur ajustement à nos objectifs éducatifs :
- N’y aurait-il pas parfois une grande naïveté à se précipiter tête baissée sur des solutions de laboratoire encore mal élucidées ? Le label scientifique peut être associé à des démarches d’investigation réductrices appelant de nombreuses réserves. De telles positions « scientistes », fussent-elles de bonne foi, peuvent être grandement préjudiciables.
- N’y aurait-il pas parfois une utilisation maligne et pernicieuse des résultats scientifiques visant à les réinterpréter frauduleusement dans une visée partielle et résolument partiale ? Une idéologie partisane peut s’approprier indûment certaines avancées et les « tordre » dans le sens qui lui convient. Une telle utilisation politicienne qui s’arroge le droit de définir la « vraie » science doit être identifiée et condamnée : les « fausses sciences » ne sont pas toujours celles que l’on prétend.

Ainsi, les neurosciences ont-elles été récemment exhibées comme alibi scientifique de la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, de certaines procédures psychiatriques biologisantes, ou encore de la détection de futurs délinquants à partir de prétendus troubles du comportement observés lors de la petite enfance. Cette buissonnante thématique a été au cœur de la Journée d’étude du 10 mars [1] qui a bénéficié des apports éclairants d’éminents chercheurs en biologie ainsi qu’en sciences sociales. Cette stimulante confrontation des idées et des données a souligné l’indispensable nécessité de garder le contact avec les avancées scientifiques. Dans un objectif de lucidité et d’efficacité, il revient à notre mouvement d’entretenir et de créer les conditions favorables à une réelle diffusion et à une prise en compte pratique des résultats de la recherche dans nos actes de formation.

Pierre Parlebas - Président des Ceméa

Jean-François Magnin - Directeur général des Ceméa


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