Le garçon qui voulait devenir un être humain
I. Le Naufrage, II. Les Frères sanguinaires. Jorn Riel, illustrations de Christel Espié. Editions Sarbacane.

C’est certainement la force des illustrations qui nous pousse à ouvrir ces deux albums. De grandes images, pleine page, puissamment évocatrices. On voit ; on entend presque. D’emblée, le romanesque est là, le souffle épique, celui de l’aventure, de la grande Aventure.
Dans cet infiniment blanc, la couleur explose. Le rouge des voiles, le jaune des cheveux, le bleu des yeux. Et puis aussi le rougeoiement des ciels, l’éclat des boucliers et des épées, les visages éclairés à la lueur des feux. Dans ce désert arctique, la vie résonne. On tremble aux vociférations des guerriers vikings comme on frémit devant l’ours blanc dressé. On distingue nettement le sifflement des flèches des inuits, les aboiements des chiens de traîneaux, le fracas des drakkars pris dans la tempête.
La sensualité de la technique d’illustration y est certainement pour quelque chose. Le choix des couleurs chaudes. La présence de la matière : la trame de la toile que les aplats de peinture font apparaitre, la touche du pinceau et parfois même encore la présence du trait de construction à la mine de plomb. A cent lieues des palettes graphiques.
Et puis le texte, presque en retrait derrière ces images, joue une musique plus douce, plus lente, celle du conte. Un récit initiatique dans le grand Nord. Leiv, un jeune garçon viking embarqué à bord d’un drakkar parti pour le Groënland est pris dans un naufrage. Recueilli par une tribu inuit il est rapidement adopté. En compagnie de Narua et Apuluk, sa « sœur » et son « frère » inuit, il apprend la chasse, l’autonomie et redécouvre la chaleur d’un foyer familial. Jusqu’au jour où resurgissent ses frères de sang viking...

Laurent Michel


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