EDITO
VST n° 100 (PSYCHIATRIE ET PRÉCARITÉ) - Réagir, cliquer, s’organiser

II y a eu la pétition « Pas de zéro de conduite ». Il y a eu la mobilisation professionnelle sur le projet de loi de prévention de la délinquance, puis sur !e projet de réforme de l’Ordonnance de 1945. Il y a aujourd’hui la pétition et le mouvement « La nuit sécuritaire » sur la psychiatrie publique. La pétition sur le maintien des rased. La pétition sur la justice des mineurs et l’ Ordonnance de 1945. La pétition du mouvement mp4 sur les services sociaux d’intérêt général. La pétition pour le soutien à la désobéissance des enseignants. La pétition sur la réforme des hôpitaux. Et il y a « L’appel des appels » qui se propose de réunir, croiser, fédérer toutes ces mobilisations. Le clic sur la souris de l’ordinateur pour signer, puis pour confirmer, est-il la forme aboutie du militantisme de ce début de siècle ? Après les années collage-distribution de tracts-réunions locales, après le militantisme du Post-it collé sur le réfrigérateur pour ne pas oublier d’aller à la manif, comme l’avait imagé Jacques Ion, voici donc venues les années du militantisme dématérialisé ? Cela suffira-t-il pour faire bouger les choses ?
Prenons l’exemple de « Pas de zéro de conduite ». Des centaines de milliers de signatures, mais aussi des rencontres locales, des réunions, des conférences, des interpellations politiques directes. À l’arrivée, un texte pseudo scientifique ridiculisé, et pas de réglementations stigmatisantes et prédictives. Et un large succès, fait certes de la mobilisation virtuelle sur Internet, de compétences en communication et en organisation, mais également d’une mise en acte dans le concret, sur le terrain, avec des vrais gens, comme dans le temps. Prenons un autre exemple. Des centaines de milliers de signatures pour le soutien aux rased, mais rien de concret sur le terrain en dehors de la reprise par les syndicats d’enseignants et les fédérations de parents d’élèves. Pour quel impact ? Est-ce la pétition qui a fait bouger - un peu - le ministre, ou des considérations plus stratégiques ? Osons un parallèle avec la vie politique, et avec l’engagement en poli¬tique. Aujourd’hui les partis progressistes sont centrés sur leur recomposition interne, leurs alliances, leurs stratégies, l’oeil fixé sur les élections et en particulier la plus grande d’entre elles, la présidentielle. Ils sont les grands absents de toutes les mobilisations citées ici. Est-ce par incapacité d’analyse, par coupure d’avec ce réel-là, ou bien par prudence et respect afin de ne pas sembler manipuler ou récupérer ? Une partie de la société civile faite de professionnels concernés, de militants qui cherchent à agir, prend alors peu à peu leur place, avec parfois une relative efficacité. Au-delà du militantisme du clic, au-delà de la réassurance de ne pas se savoir seul, ce nouveau militantisme citoyen est-il alors une nouvelle façon de faire (de) la politique ? Mais pour les initiateurs de ces mouvements, comment passer du simple rôle d’avant-gardes éclairées, légitimées par les signatures recueillies, à celui d’incitateurs à ce que des organisations concrètes émergent : groupes locaux de contribution et d’action, commissions thématiques, construction réellement participative de citoyennetés collectives ? Certains des initiateurs de pétitions et de rencontres réfléchissent et proposent dans ce sens. Et tout le savoir-faire du militantisme traditionnel demeure ici nécessaire, car le sentiment individuel d’appartenance au « mouvement » par le simple effet du clic ne suffira jamais à changer les choses. Restera alors à dépasser l’accumulation de revendications et d’alertes catégorielles pour les construire dans le cadre d’analyses et de programmes politiques. Restera aussi à faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, car toutes les initiatives citoyennes ne sont pas naturellement progressistes : la toute récente pétition « Stop au packing » sur le soin aux enfants autistes en est un triste exemple. Mais c’est une autre histoire.
Dans cette dynamique à inventer, vsr peut être un support pour les échanges et les ressourcements, les structures régionales des ceméa des lieux contribuant à l’existence concrète de rencontres réelles entre individus mobilisés.

FRANÇOIS CHOBEAUX


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