Crise et / en éducation : épreuves, controverses et enjeux nouveaux, Colloque AECSE des 28 et 29 Octobre 2011

Sous le titre "Crise et/en éducation, épreuves, controverses et enjeux nouveaux", l’Association des enseignants et des chercheurs en sciences de l’éducation, l’AECSE a organisé un colloque avec l’équipe "Crise, École, Terrains sensibles" du Centre de Recherche en Éducation et en Formation

Parmi les intervenants figuraient Jacques Pain, sur "l’éducation comme terrain sensible", Michel Watin sur l’école réunionnaise, François Dubet sur "penser les mutations" et, dans le cadre de deux tables rondes animées par Patrick Picard (IFé) et Pascal Bouchard (ToutEduc) sur "la crise de la diffusion de la recherche, avec Martine Lani-Bayle (université de Nantes), Yvan Abernot (ENFA de Toulouse), Richard Étienne (Montpellier-III), Philippe Goémé (FESPI), Alain Marchive (Bordeaux-II), Anne-Sophie Benoit (ANDEV), Roland Berthilier (ESPER), Laurent El Ghozi (VIlle de Nanterre), Philippe Meirieu (Région Rhône-Alpes).

Toutes les communications proposées sont en ligne. A lire avec intérêt.

Quelques échos, donnés par l’agence de presse "ToutEduc".

Pour le sociologue François Dubet, le sentiment qu’il y a crise de l’école est particulièrement exacerbé en France, parce que "la massification a déçu", d’autant qu’elle était portée par un syllogisme absurde, "ceux qui ont des diplômes ont du boulot, si tout le monde avait un diplôme, tout le monde aurait du boulot...". De plus, il est aujourd’hui clair que notre système scolaire "en rajoute sur les inégalités sociales". Mais ceux dont les enfants en profitent le défendent au nom de la défense de la culture, tandis que ceux qui en sont les dupes n’ont pas la légitimité voulue pour le critiquer. "Ils la bouclent, ou ils mettent le feu, ou ils n’y vont plus ."

A cela s’ajoute le sentiment d’une impuissance du politique : "les réformes s’accumulent... au petit bonheur la chance", tandis que l’Ecole ne peut plus prétendre incarner la Nation. L’Ecole de Jules Ferry, fondée sur un mode de socialisation proche de celui de l’Eglise, où le maître incarnait l’autorité de l’institution, avait davantage pour fonction de faire des Français que de leur apprendre à lire. Aujourd’hui, cette sacralité ne fonctionne plus. L’Ecole bénéficie encore d’une "confiance théologique", mais pas d’une confiance pratique.

Critiquant "un système très faiblement piloté", la déstabilisation des acteurs, notamment des enseignants, l’externalisation des difficultés ("comme si un hôpital envoyait les maladies nosocomiales à un autre hôpital"), François Dubet estime que nous devons "sortir d’une théologie scolaire" revoir la formation des enseignants, faire des établissements scolaires "des communautés d’adultes" et cesser de projeter sur les autres nos ambitions : "On s’imagine que les enfants d’ouvriers veulent être enseignants et accéder à la classe moyenne supérieure. On ne pense pas qu’ils puissent vouloir être des ouvriers professionnels bien formés et bien rémunérés."

Jacques Pain a vécu la création des sciences de l’éducation dans les années 66-67 : "Elles sont nées dans la crise, dans la rupture." Il évoque une "transdiscipline", une "in-discipline" qui réunissait 18 disciplines différentes pour constituer "un objet difficile à définir", "une hérésie pour l’homo academicus".

Michel Watin, professeur à l’université de la Réunion, fait l’éloge du métissage, et donne l’exemple d’une société profondément déséquilibrée, mais où "la famille élargie" permet de "faire avec". L’école "horizontalise" en consacrant les divisions sociales, tandis que la famille "vertisalise" en réunissant à l’occasion de pique-niques, des personnes de conditions ou de couleurs de peau très diverses.

Contact : AECSE


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