Avant propos du Ven n° 566
Les Ceméa ont 80 ans, le stage aussi !
Patrice Raffet

Le stage, acte fondateur de notre existence, tour à tour, appelé session,
module, semaine, mérite que l’on revisite, à l’occasion de cet anniversaire,
les éléments qui ont fait son succès et sa pertinence. Notre sémantique
interne induit derrière le mot « stage » : prise en compte de la complexité
des processus d’apprentissage, vie affective des groupes, une formidable
richesse de pratiques et un modèle pédagogique, toujours pertinent visant
la transformation sociale.

Voir l’article 1937-2017 : Les CEMEA ont 80 ans

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Unité de temps, de lieu, d’espace, le stage fonde sa cohérence en alliant
une démarche, un projet collectif « rêvé » conduit par une équipe
pleinement engagée dans sa réalisation, un cadre matériel et temporel
cohérent et des stagiaires se formant, constituant un groupe. Ce choix, du
groupe, du collectif, valide la pertinence des apprentissages socialisés et
permet le développement de nouvelles compétences sociales, essentielles
pour s’occuper d’autrui. Pour que de réelles interactions aient lieu et
contribuent à la formation, la qualité du climat socio-affectif revêt un
caractère essentiel, les relations entre les formateurs et les « se formant »
constituent donc des interactions décisives. Le corollaire : l’existence d’un
temps minimum à la construction de ces nouvelles relations avec ces
nouvelles personnes dans un cadre qui, bien que rassurant, est nouveau.
On devine que le choix de l’internat, pour une formation courte, est particulièrement
pertinent. L’intensité de la situation permet l’appropriation
rapide et densifiée du cadre qui autorise la prise de risque nécessaire pour
engager le processus de formation. Se former, c’est se trans-former, se déformer,
accepter un angoissant déséquilibre, « un entre-deux ». Le soin
apporté à la construction d’un cadre rassurant est donc déterminant. C’est
à ces conditions que les stagiaires, bénéficiant d’un environnement
propice, une fois le cadre posé, connu et partagé pourront conduire leur
propre trans-formation. Cet « entre-deux » permet à chacun, de devenir
« auteur » [1] de son projet de formation. Jean Biarnès [2] compare la formation
à une migration : « S’il est vrai que nous ne pouvons nous découvrir que
dans le regard de l’autre, et découvrir l’autre que par une interrogation sur
soi, alors toute formation d’adultes est un lieu où se joue fondamentalement
une problématique interculturelle. »
J’emprunterai ma conclusion à André Sirota [3] qui propose de « remettre le
stage sur le métier, de revisiter ce qu’il permet, d’en ré-appréhender les
dimensions, les potentialités, les fondamentaux et les complexités. On
oublie vite quand on est pris par la routine, les pressions idéologiques et
financières. C’est une voie à redécouvrir en parlant ensemble dans des
espaces de ré-élaboration appropriés, afin que les formateurs des Ceméa
redonnent au stage, leur joyau, toute sa portée possible »

Patrice Raffet

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