L’école maternelle, les fondamentaux et le fondamental

Dans le contexte de la publication par le CSP (Conseil supérieur des programmes) en ce mois de décembre 2020, d’une note marquant un changement profond concernant sa vision de l’école maternelle, les Ceméa souhaitent réaffirmer leur propre vision et leurs choix concernant l’école maternelle. Les Ceméa dénoncent ce qui constitue pour eux, une remise en cause des missions de l’école maternelle.


Dans cette note, le Conseil supérieur des programmes reprend à son compte l’argument du ministre selon lequel un contexte nouveau a été créé par l’instruction obligatoire à trois ans pour justifier le réexamen des programmes de 2015, élaborés à la suite d’une concertation approfondie et accueillis positivement par l’ensemble des enseignant.es. Cette nouvelle orientation, justifiée par l’obligation de la scolarité obligatoire à trois ans, s’inscrit dans le prolongement de plusieurs prises de position du ministre, l’imposition des évaluations nationales en début de CP, chargées de réorienter les pratiques pédagogiques en grande section d’école maternelle vers l’acquisition prématurée de « fondamentaux » réduisant les ambitions à l’acquisition de comportements standardisés évaluables quantitativement.

L’école maternelle au cœur de la dialectique entre développement et apprentissages

Les Ceméa publiaient il y a 2 ans déjà, un texte rappelant les enjeux essentiels de l’école maternelle : donner à chaque enfant la possibilité de rentrer dans les apprentissages à son rythme, à partir d’expériences vécues et dans le cadre d’une coopération authentique avec ses pairs.
Les Ceméa ont toujours préconisé une éducation de tous les instants et des pédagogies qui, sans renoncer aux mêmes ambitions pour tous, tiennent compte de l’histoire de chaque enfant et se donne les moyens d’un accompagnement personnalisé dans un collectif solidaire.
Accueillir un tout petit à l’école est exigeant et implique un environnement matériel et humain de qualité, en lui-même éducatif : l’enfant doit toujours être pris dans sa globalité, impliqué dans des activités stimulantes qui lui permettent simultanément de se développer physiquement, psychiquement et intellectuellement.
Une attention toute particulière doit être portée à la construction d’un cadre sécure où l’enfant pourra se sentir capable de prendre des risques sans se mettre en danger. Les enseignant.e.s de maternelle et les ATSEM ont à coeur de créer ce cadre qui permet à l’enfant d’aborder ensuite l’école primaire dans de bonnes conditions.
Or, la focalisation sur les seules questions relevant de la psychologie cognitive appréhendée par les neurosciences évacue un ensemble de dimensions et risque de mettre en difficulté de nombreux enfants : la dimension cognitive ne peut être isolée arbitrairement dans une école qui a précisément pour objectif d’accompagner l’enfant pour lui permettre de construire l’équilibre nécessaire à la poursuite de sa scolarité.

Créer du lien et des passerelles dans et autour de l’école maternelle

Comme les autres personnels, les enseignant.e.s doivent être formé.e.s à la spécificité de la petite enfance et non aux seuls apprentissages prétendument « fondamentaux ». Le développement moteur, la rencontre avec l’art et la culture, l’apprentissage de la coopération, le développement de la curiosité intellectuelle, la découverte des exigences du « travail vrai » à travers des activités manuelles adaptées font partie intégrante des fondamentaux du développement. Pour mener à bien cette « éducation intégrale » que réclame l’Ecole de la République, il faut penser le « travailler ensemble » et le « faire équipe », tant entre enseignant.e .s qu’avec les ATSEM et les mouvements complémentaires de l’école publique.
Les Ceméa partagent cette idée de « socle de l’horizontalité des relations entre les professionnel.le.s » et préconisent en ce sens des formations « pluri-acteur.rice.s ».
Enfin, la coéducation ne saurait oublier d’associer les parents, les familles, pour rendre tout cela possible. Si un enfant mesure que ses parents ont confiance en l’enseignant.e, lui-même rentrera plus facilement dans les apprentissages sans penser et sans avoir peur ou honte de les « trahir »…
L’école maternelle est aussi la première école que rencontrent les parents et les projets qui s’y développent intégrant la place des parents et partenaires éducatifs, construisent une vision pour l’avenir de la scolarité.

Des réactions qui s’imposent

Il ne saurait y avoir une véritable « école de la confiance » sans une considération pour tout le travail que font aujourd’hui les enseignant.e.s de maternelle et les équipes.
Il ne saurait y avoir une véritable « école de la confiance » sans la prise en compte de tous les travaux sur le développement de l’enfant, la relation individu/groupe.
Il ne saurait y avoir une véritable « école de la confiance » sans que l’on laisse vivre aux enfants de maternelle une découverte, certes encadrée et encouragée, mais échappant à une approche normative et quantitative, profondément réductrice.
Il ne saurait y avoir une véritable « école de la confiance » sans une ouverture au monde, des expériences culturelles, scientifiques, sportives, citoyennes...

Les Ceméa se sont associés dès le début au collectif qui a organisé le « forum de l’école maternelle par celles et ceux qui la font vivre », regroupant des associations partenaires de l’école publique, des mouvements pédagogiques et des syndicats de personnels. Nous oeuvrerons à la rédaction d’une tribune collective associant des chercheur.es à cette démarche.

Pauline Kergomard, la fondatrice de notre école maternelle, disait : « L’erreur majeure que nous devons éviter pour nos petits enfants, c’est de confondre le développement intellectuel avec l’instruction mécanique. » Une belle mise en garde d’actualité !

La réduction aux « fondamentaux » devient, en réalité, une résignation à la juxtaposition d’acquisitions procédurales et une évacuation du « fondamental »

Les Ceméa, le 11 janvier 2021


11/01/2021




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