L’ordinaire de la folie

Blandine Ponet


érès


Pour parler de son livre, j’aimerais vous la présenter. Blandine Ponetest une amie et c’est une partenaire de lecture et de réflexion.
J’apprécie la façon dont elle aborde les questions de la vie. Elle ne méprise pas de faire des confitures de fruits mélangés et de dégoter des restaurants chaleureux, d’arborer des chapeaux marrants ou de citer un passage de poésie qui éclaire une conversation.
Si je dis cela c’est parce qu’elle rencontre la folie des autres avec la même simplicité et la même liberté. C’est pour cela que « l’ordinaire de la folie », n’a rien d’ordinaire. Il parle de choses à la fois très simples, très originales et très fortes

On y trouve des matériaux variés : comme dans la vie- des fragments de conversations, des souvenirs, des récits de soignants, de soignés, d’amis, d’aînés... ;
- des éléments théoriques un peu épars (« l’inconscient comme ce qui fonctionne à l’envers », l’incorporation, les transferts). Ce n’est pas le propos du livre que de faire une construction ou une démonstration mais ces éléments sont des points de repères certains ;
- des intuitions et des trouvailles qui démontent les mots, les entendent et les renversent non pas dans un tic mais dans une demicompréhension du sens que le lien ludique rend vivant et supportable pour le patient : c’est l’exemple du jeu « oui, c’est non et non, c’est oui » qui va permettre à un jeune homme du CATTP de : « Créer un lieu où inscrire la négation », dit-elle. Cela fonctionne comme une interprétation, un mot d’esprit et surtout comme une réconciliation avec le monde des humains pour ceux qui en sont juste mitoyens.

Il y a un continuum entre la vie privée et professionnelle : l’inconscient n’a pas d’heure...
Il ne s’agit pas de sacrifier sa vie aux soins infirmiers mais de reconnaître l’appui, l’écho, le lien qui se manifestent en permanence entre la vie privée et la vie professionnelle : « Ça travaille », et Blandine Ponet pense qu’il vaut mieux considérer ce « ça travaille », elle pense que c’est moins fatigant de le prendre en compte que de lutter pour le nier ou le repousser dans les limites des horaires syndicaux :
- les rêves, les épuisements physiques, l’émotion, pour réaliser ce que l’autre, ne peut supporter de penser ;
- l’écriture pour se déprendre de l’emprise mais aussi pour la reconnaître et en accompagner l’impact.

Il s’agit de répondre de l’autre : un transfert spécifique
Elle raconte le passage du mutisme (l’autre retranché, qui n’a jamais existé) au silence (le silence existe en présence de l’autre). C’est une parole qui a pu créer cette transformation, créer de l’humain pour un moment. La parole de quelqu’un d’attentif, mais surtout d’engagé, comme on dirait : quelqu’un qui s’est laissé embarquer, quelqu’un qui n’est ni dans le savoir, ni dans la gentillesse ou le dévouement, mais quelqu’un qui répond de vous à tel moment. À travers les gestes, la présence et les mots de l’infirmière en psychiatrie c’est de cela qu’il est question : tenir une parole vraie

Ce livre témoigne d’une pratique engagée : être infirmière en psychiatrie c’est, on l’a vu, être engagée dans un transfert très particulier, mais c’est aussi ne pas travailler dans une relation duelle. Cela est très présent dans le livre. Blandine Ponet affirme à plusieurs reprise que sa pratique s’adosse à cette dimension : l’hôpital, la justice, l’équipe. Elle en reconnaît la violence possible mais ce lien qui relie « l’un à une communauté d’autres » est l’enjeu même du travail psychiatrique.
La folie ordinaire est frappant aussi par son écriture.

Blandine Ponet a une écriture qui ne cherche pas à expliquer mais qui fait entendre, qui n’exhibe pas mais qui donne lieu « c’est ainsi qu’il se tient parmi nous » écrit-elle à propos d’un de ses patients.
Le mieux serait tout de même que vous le lisiez vous même : c’est un livre d’un volume engageant, les chapitres vous invitent si vous le voulez à une lecture courte. Il peut aussi se lire d’une traite en une soirée avant de le relire crayon en main.

DOMINIQUE LAUZE



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