18 septembre 2007
BLOC-NOTES
De la mort...à la vie
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Il s’est passé, ces jours derniers, trois événements qui ne sont pas sans rapport les uns avec les autres, et que j’ai eu envie de vous conter. Le premier concerne les adolescents et les adolescentes d’aujourd’hui. L’Association nationale des personnels de l’aide sociale à l’enfance (anpase) m’avait convié à participer à leur colloque de réflexion sur ce thème au palais des congrès de Hyères (Var), ces 12 et 13 mars. C’est toujours la même question lancinante. Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus dangereux que les jeunes d’hier ? Ce serait tellement plus simple si on pouvait répondre « oui », car cela permettrait de réprimer, châtier, humilier autant que l’on voudrait, sans que la culpabilité s’empare de nous. Mais cette réponse, les gens sérieux ne peuvent pas l’apporter. Les jeunes, de tout temps, ont toujours été provocateurs, insupportables, cherchant leur indépendance, leur capacité d’autonomie. Les trois notaires de Jacques Brel se plaignent des trois étudiants qui troublent leur sérénité, mais ces étudiants, devenus notaires, se plaignent aussi quelques années plus tard des étudiants qui ont pris leur relève (Jacques Brel, Les bourgeois). Notre société, elle, s’est modifiée. Le savoir se répand de multiples façons ; les jeunes deviennent, de plus en plus jeunes, des personnes averties (si mal parfois), alors même que l’emploi devient de plus en plus difficile à trouver, et qu’aucune véritable autonomie n’est possible, si l’indépendance économique n’est pas au rendez-vous. Pas d’indépendance économique dans une société de consommation, c’est mettre ces adolescents ou en dépendance flagorneuse des adultes puissants, ou en situation de tentations, en se procurant de manière illégale, et souvent par la force, ce qu’on ne peut se procurer par la pratique d’une activité. Dans cet univers sous tension, qu’avons-nous inventé pour que les jeunes trouvent leur place… et notre relève dans l’univers social contemporain ? Nous n’avons même pas su, en supprimant le service militaire (qui n’avait certes plus sa raison d’être sous cette forme), le remplacer par l’organisation d’un service civil, où chacun, tout sexe confondu, pourrait se rendre utile, à sa façon, dans le développement social durable dont le monde a particulièrement besoin. Les travaux d’utilité collective, les emplois-jeunes furent, soyons justes, des amorces de réponses, mais dont les adultes que nous sommes ont fait souvent des impasses, au lieu d’en faire des tremplins. Dans un tel climat de tension, de pression, comment éviter qu’à la moindre étincelle, au moindre geste déplacé… ou incompréhensible, tels les malandrins des siècles anciens, les jeunes ne se déplacent en nombre, pour régler leurs comptes, et sans nuances, aux nantis, aux défenseurs de l’ordre économique, dont les policiers ne sont que les bras armés. Et, c’est la gare du Nord : cette émeute soudaine qui surprend ceux qui ne voient pas que nous sommes assis sur une poudrière. L’extrême peut conduire à la mort. Mais qu’est-ce que la mort dans une vie qui n’aurait plus de sens ?
Le deuxième concerne les directeurs d’établissements et de services gérés par l’Association des paralysés de France (apf). Cent cinquante d’entre eux étaient réunis à Nancy, les 14, 15 et 16 mars, et m’avaient demandé à travers le comité de pilotage de leur rencontre, de leur servir de fil rouge. Pressé par certains d’entre eux que j’estime particulièrement, et avec lesquels je travaille assez souvent, j’ai accepté, et j’ai bien fait. Car, si je rencontre fréquemment des directeurs désabusés, découragés, je me suis trouvé devant une assemblée de gens en bonne santé, qui voulaient utiliser pour le mieux l’esprit des lois (et pas forcément leur lettre) pour donner du sens à leur action, et réaliser cette alliance nécessaire entre leurs usagers et leurs professionnels pour pouvoir rendre le service le meilleur. Il ne s’agissait pas d’une assemblée révolutionnaire, mais d’une assemblée décidée à défendre les responsabilités que les uns et les autres ont accepté d’assumer. Le parti qu’ils ont su tirer des conférences qui leur ont été proposées, les études de situations qu’ils ont présentées, tout cela était habité par le bon sens, et mieux encore par la présence d’une volonté d’exploitation que j’avais du mal à remarquer ces derniers temps chez bon nombre de cadres. Bref, il s’agissait non d’un morne rassemblement à base de complaintes, mais d’une ambiance de vie, où chacun pouvait trouver la force de « devenir quelqu’un », dans l’esprit où notre collègue belge Andréa Jadoulle avait essayé de le traduire dans un livre qui remonte loin dans le temps mais n’en reste pas moins d’actualité (A. Jadoulle, Devenir quelqu’un, Éditions du Scarabée). Reste à cette tonique assemblée de trouver dans le quotidien la force de poursuivre, avec le concours d’une association qui s’efforce de ne pas trop jouer du « délire gestionnaire » contre la vie et l’innovation.
Le troisième me concerne. Transporté d’urgence le 9 avril, dans un hôpital d’Île-de-France, pour une insuffisance cardiaque et respiratoire, frisant l’asphyxie, les pompiers m’ont orienté avec raison vers un hôpital de proximité, un petit hôpital mais dont la réputation d’accueil n’est plus à faire : le chu Jean-Rostand, à Sèvres (92). Je me souviens avoir manifesté, il y a quelque cinq ans, avec beaucoup d’autres de mes concitoyens pour son maintien, alors que le ministère de la Santé souhaitait le supprimer. Je suis arrivé dans cet hôpital avec un tel sentiment d’oppression que pour conserver un peu d’énergie, je cherchais sur les visages de ceux qui avaient entrepris de me garder en vie le souffle d’espérance qui persistait au fond de moi. Ils ont lutté deux heures durant, essayant mille et une façons de dilater mes poumons pour que se réinstalle un rythme respiratoire. Il faisait chaud ; ils transpiraient, et moi, avec eux, solidaire et bien obligé. Lorsque le médecin qui dirigeait l’opération (une femme) s’est mis à sourire et m’a fait un clin d’œil complice, j’ai compris que je serais sauvé. Alors, seulement, j’ai fermé les yeux. Depuis j’examine cette ruche où les blouses blanches, les blouses vertes se croisent et s’entrecroisent, chacun dans son rôle, chacun soucieux des personnes qui leur sont confiées. C’est un travail d’équipe que coordonne un jeune médecin d’origine algérienne qui a su passer avec moi le temps nécessaire à ma réassurance. Ignoré par personne (je m’appelle Jacques Ladsous, et non le 504) je suis attentivement suivi. Les gens se connaissent, les gens me connaissent. La proximité, j’en sens là toute la valeur ! Ce sont ces espaces de reconnaissance et d’espérance que l’on voudrait supprimer pour diminuer les coûts ? Cette structure me ramène à la vie par des voies modestes certes, mais je sens, je sais que c’est dans l’intérêt que je puise dans les visages et dans les yeux de ceux qui tournent autour de moi que je trouve l’énergie qui m’est nécessaire. Faire passer de la mort à la vie, cela demande de l’humanité, de l’espoir, de la foi dans son métier, et dans la capacité du patient à survivre, de la compétence collective. Pensez-vous qu’un Grandissime Hôpital puisse vous servir tout cela de la même manière ?
Mais, dites-moi ! La vie a-t-elle un prix ?

Jacques Ladsous





18/09/2007
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