Livre : Tuez-les tous… et vos enfants avec !

Jean-Claude Walfisz
Histoire d’un foyer de semi-liberté de 1950 à 1983 par ceux qui l’ont vécu.
Éditions Jeunesse et droit. 525 pages.

Il est tellement nécessaire, aujourd’hui où le désir de répression fleurit sur beaucoup trop de lèvres, que des rappels se fassent sur la réalité de l’éducation spécialisée (à moins que ce soit de l’éducation tout court), sur ses méthodes, ses outils, ses résultats que nous ne pouvons que nous réjouir de la parution de cet ouvrage, d’autant qu’il est écrit par ceux qui ont vécu cette expérience, à tous les niveaux. Car ce qui les a marqués, tous ceux qui racontent leur histoire, c’est l’a priori de confiance que possédaient ceux qui acceptaient de les recevoir et de les suivre, qu’il s’agisse de magistrats comme Chazal, Jolivet…, de médecins comme Flavigny, Tomkiewicz, Zeiller…, d’éducateurs comme Ughetto, Finder, Salomé…, et je ne cite ici que ceux qui ont été les plus marquants, dans l’histoire de ce foyer.

Lorsque je lis aujourd’hui la littérature journalistique, je suis effaré d’y trouver au contraire la peur de l’autre, le désir de vengeance et de représailles, comme s’il y avait quelque chose de changé dans les comportements de ceux qui essaient de prendre leur place dans la vie. C’est vrai qu’il y a quelque chose de changé, mais ce n’est pas forcément dans les comportements des jeunes, plutôt dans l’organisation sociale, et la manière dont les adultes regardent leur progéniture. Bien sûr, il y avait avant aussi (on le lira dans les témoignages) des regards indifférents, voire vindicatifs, mais la grande majorité des adultes, et particulièrement ceux qui détenaient les rênes du pouvoir, avait envie de donner à chacun sa chance.

J’aime ce livre parce qu’il raconte des histoires de vie, et que ces histoires peuvent témoigner du chemin parcouru par les uns, les autres retrouvés, et qui ont accepté de raconter même si leurs parcours n’ont pas été sans accidents. Quand on trébuche, on n’aime pas voir les autres se moquer. On se sent plus à l’aise quand quelqu’un nous aide à trouver le passage. Car si nous sommes égaux en droits, nous ne sommes pas égaux dans la manière de venir au monde et d’y cheminer. Bourdieu disait un jour que pour faire comprendre au monde le travail qui est le nôtre, il était préférable de lui raconter des histoires d’hommes et de femmes, plutôt que de lui servir des théories médico-socio-psycho-pédagogiques qui étaient le plus souvent et seulement prises pour des positions purement idéologiques. En lisant ce livre, il serait content. Chacun y déroule ce qu’il sait, ce qu’il fait, ce qu’il ressent, éducateur ou pensionnaire, sur un plan d’égalité qui montre bien que les problèmes, les rencontres, les chances et les malchances sont partagés par tous les êtres humains. Ce sont les choix que nous faisons qui nous départagent, selon les circonstances au milieu desquelles nous évoluons. Il est toujours possible de venir en aide à celui qui doute, qui hésite, qui se trompe, si nous l’abordons avec un regard vrai, un regard qui exclut l’angélisme et la démagogie, mais aussi l’unique réprobation, un regard qui sait trouver les instruments qui pourront être et qui seront utiles.

Mais voilà que je m’attarde à théoriser alors que justement ce sont les réalités de la vie qui sont intéressantes à découvrir. Lisez plutôt ! Il y a certes entre tous des ressemblances, des comportements similaires, mais il y a aussi cette singularité qui fait que, même dans la solidarité, chacun fait son parcours comme il le sent, et que finalement pour chacun, il s’agit d’une histoire unique.

Jamais livre ne m’est apparu aussi nécessaire que celui-là pour freiner le pessimisme contemporain envers ses semblables. Dans sa préface, René Lenoir, qui fut secrétaire d’État à l’Action sociale, écrit : « Ce livre devrait être lu par tous les éducateurs, tous les juges des enfants, et par les parlementaires de la commission des affaires sociales de la Chambre des députés et de celle du Sénat. Puisse-t-il en inspirer certains ! »
Et je laisserai à Joe Finder la conclusion :
« On ne refait pas l’histoire. Je ne dis pas que Vitry c’était facile… Étant donné les circonstances, l’adversité, il y a eu une certaine lassitude. On s’est battu à mort pour éviter la fermeture et l’on n’a pas réussi à l’empêcher. Il y avait incontestablement une crise qui s’est poursuivie, qui se poursuit maintenant. Comme nous l’avons écrit : “Il faut les tuer, et votre enfant avec, tous…” »

« Les hirondelles ne reviendront plus,
Où s’en vont les enfants du temps qui passe ?
Où sont-ils les enfants du temps passé ?
Il était une fois, mais il ne sera jamais plus…
Adieu, Centre Familial de Jeunes de Vitry
Repose en paix…
Mais…
Les vers de terre seront toujours amoureux d’une étoile. »

Jacques LADSOUS



21/12/2007
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