1er décembre 2008
VST 98
Editorial : Familles, je vous hais dans la peau !
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Un homme au retour de vacances assomme sa femme qui lui annonçait son désir de rompre, pend ses enfants et se fait justice en incendiant sa maison ; famille sans histoire, chantera le voisinage. Un autre près de Toulouse abat ses deux frères et ses fils ainsi qu’une belle-fille, à défaut de sa femme éloignée. Il se suicidera à la rencontre des gendarmes. Des pères honorables – pharmacien, ingénieur – « oublient » leurs petits dans leurs voitures où ils meurent déshydratés. Des parents corses ferment à clef leur voiture de luxe – verre fumé, carrosserie renforcée – en y piégeant un adolescent qui mourra asphyxié. Des mères congèlent des enfants viables à la naissance. Un grand-père qui vit avec sa belle-fille tue la petite-fille née de son fils. Une mère défenestre son enfant dans un moment de garde partagée. Un parent s’enfuit à l’étranger dans un pays de droits peu égalitaires ou peu préoccupé des droits de l’enfant. Des couples répètent des rituels violents de maltraitance… Une litanie de cruels faits divers met en lumière les violences et les crimes intrafamiliaux. Plus discrètes mais durables seront les haines enchaînées aux séparations mal vécues. Le maintien parfois des apparences policées cultive des destructions psychiques sournoises qui resurgiront une génération plus loin sur l’empêchement d’être parent. Elles pourront parfois se dire et s’apaiser un peu sur le divan d’un psychanalyste. Celui-là sera payé pour faire tri sélectif et recyclage ! Il sait que la famille est la matrice du « tressage de notre triple identité, identité généalogique, sexuelle et sociale » selon la formule heureuse de Ricardo Saiegh. Matrice qui doit en réguler les attachements nécessaires et les violences inutiles.
Faut-il s’horrifier de ces violences, s’en détourner, les minorer en disant que la plupart des familles y échappent, ou au contraire y voir le cœur du paradoxe familial. Les explications particulières sont utiles, mais elles proposent des éléments psychosociologiques secondaires comme la violence masculine, la promiscuité prolétaire, la présence d’additifs économiques (l’argent) ou toxiques (alcoolisme) : petits-bois qui allument le feu criminel. Le paradoxe familial persiste. Nos collègues de l’action éducative en milieu ouvert ou du travail psychiatrique de secteur ne pourront éviter d’y entrer et nous avec, que nous soyons dans la proximité de l’équipe ou dans la distance du superviseur.
Quel est-il de ce paradoxe qui nourrit la violence familiale ? C’est que le lien familial est à la fois hérité et construit.
On ne choisit pas ses parents, dit-on ! On croit choisir son partenaire de vie et du coup la filiation qui s’en engendre. Ainsi l’enfant voulu, le couple construit sont à l’image d’un désir ou d’une volonté et l’héritage (grand-)parental à l’image d’une contrainte. Cette partition est-elle si véridique pour le psychisme et les comportements qui en découlent ?
L’image de désir, superposée à la famille dont on est le fondateur parent, rend si fragile lors des aléas de sa remise en cause. Plutôt mourir que divorcé ou séparé des enfants, plutôt mort que seul, plutôt détruire ce dont on se croyait l’architecte ou même le propriétaire : femme, enfants et même maison familiale, comme l’ordalie tragique évoquée plus haut.
Ceux qui ont gardé la bonne distance trouveront là signe d’aberration, d’aliénation, voire de monstruosité. Sommes-nous épargnés par ces tentations, rêves ou fantasmes sinon par l’épaisseur de l’acte criminel ? Les contes de notre enfance nous préviennent, comme le Petit Poucet, que l’Ogre habite dans la maison. Va-t-il nous chasser ou nous manger ? Va-t-il tourner sa violence potentielle vers l’intérieur ou vers l’extérieur de la famille ? La filiation nous fait naître de et par d’autres et nous intime la généalogie comme un enchaînement implacable : tu seras parent comme tes parents l’auront été ! Hélas, héritiers de leurs réussites comme de leurs défaillances : délaissements, violences, injustices, mensonges et échecs seront aussi du lot. Faut-il réparer ces défaillances, vouloir venger les morts ou les faire mourir à nouveau ? Risquer de les voir réapparaître en miroir lors de nos actes manqués et nos symptômes1 !
Le paradoxe familial nous tient dans sa tenaille. La seule façon de le desserrer serait d’abord de le reconnaître. Héritage, l’enfance que nous avons eue mais construction les attitudes que nous avons adoptées dès ce moment. Construction, le couple et la famille que nous fondons mais héritage les attitudes, sues ou insues, que nous allons répéter ou reproduire, malgré nos fantaisies d’individus autonomes ou désaffiliés. L’époque ne nous aide pas forcément : coartée qu’elle est entre conservatismes tournés vers le passé et postmodernité sans racines. Elle peine à inventer des médiations symboliques civilisatrices. La famille sera toujours une construction originale avec des matériaux de récupération ! La violence en son sein en est le plus sûr signe de déni, et le plus mauvais moyen d’y échapper !

Serge Vallon





01/12/2008
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