3 mars 2009
édito : Louons maintenant...
 Ajouter au panier

Merci Françoise Dolto, merci Claude Lévi-Strauss.
Les commémorations vont leur train, comme à l’Unesco en décembre celle de Françoise Dolto-Marette (1908-1988), née il y a cent ans déjà. Succédant aux pionnières Sophie Morgenzstern et Jenny Aubry, on lui doit un effort remarquable de transmission de la psychanalyse avec les enfants, aux côtés de Jacques Lacan, ainsi une intervention directe auprès du public, par la radio où elle animait une émission populaire sur France Inter : « Lorsque l’enfant paraît », avec le journaliste J. Pradel. Elle inventa aussi une « Maison verte » à Paris, lieu d’accueil parent-enfant non formel (anonyme et gratuit, animé par des psychanalystes bénévoles) destiné à favoriser une prévention des troubles de la petite enfance. Sa propre enfance avait d’ailleurs été bien douloureuse. Son activité clinique fut considérable, avec une inventivité remarquable, ainsi le jeu avec des poupées-fleurs comme médiation et le paiement symbolique responsabilisant (petit caillou ou dessin ramené de la maison). Son élaboration théorique a été tardivement écrite, mis à part sa thèse de médecine. Elle est importante, comme par son élaboration de la féminité ou de l’image du corps qui complète les avancées de Gisela Pankow, décisives dans l’abord psychothérapique de la psychose. Les travaux de Dolto permettent par exemple de comprendre comment un schéma corporel défectueux peut cohabiter avec une image du corps (libidinale) bien équilibrée ! Que n’a-t-elle insisté sur l’importance des castrations (« symbolisantes ») successives et donc des limitations à intérioriser, dans le développement de l’enfant, humanisantes si elle sont communiquées par des paroles vraies d’adultes fiables. Clinicienne, elle l’était farouchement et défendant l’abord strictement psychanalytique, sans le confondre avec les psychologies rééducatives sournoisement normatives qui confondent l’individu et le sujet de l’inconscient. Ainsi elle pensait que l’on pouvait s’adresser directement à un nourrisson sans langage verbal mais qui pouvait répondre et participer avec son corps. Nous pouvons en témoigner pour l’avoir côtoyée pendant des années, particulièrement dans son séminaire sur les psychothérapies d’enfant à l’École freudienne de Paris. Aucune complaisance dans sa position à l’égard des liens incestuels ou régressifs des parents ou des éducateurs, aucun souci de former des disciples répétiteurs. Un intérêt permanent pour une éducation nouvelle – responsabilisante et socialisante –, comme à l’école expérimentale de La Neuville, inspirée de Freinet et de Fernand Oury.
Quelle surprise de la voir accusée d’avoir contribué à forger l’enfant-roi de notre postmodernité : petit Narcisse impuissant qui exige sans contrepartie et dont l’entourage se fait esclave ! « La faute à Dolto », titre un journal sérieux (le Monde de l’éducation de novembre 2008) ? Contresens absolu ou calomnie délibérée ? Incompétence ou cynisme des journalistes ? Un universitaire – D. Pleux – vient faire chorus à cette calomnie en prétendant qu’aux enfants perturbés d’aujourd’hui (par le supposé laisser-faire des familles, qui serait un fait nouveau) il suffirait d’appliquer des méthodes éducatives. Foin des thérapies, foin des processus inconscients qui ont construit ces narcissismes fragiles (en dépit de l’apparence opposée) ! Une fois encore, l’enfant d’aujourd’hui nous est vendu comme délinquant ou victime, ou pire comme un corps à torcher ou nourrir ainsi que le présente un ministre d’un ministère supposé de l’Éducation.
Ce procès idéologique (sans fondement scientifique) est plus facile à faire à Dolto et, au-delà, à la psychanalyse qu’à une société individualisante et libertarienne-marchande. Pourquoi ne pas dénoncer la Convention des droits de l’enfant, qui le traite comme une personne juridique respectable ? Le slogan « L’enfant est une personne » vient par exemple du pédiatre américain Thomas Brazelton (né en 1918). Dolto soutenait plutôt qu’il y a un sujet (inconscient) chez l’enfant comme chez quiconque humain, fût-il lourdement handicapé ou dans le coma. Ce sujet est affecté par les paroles et les liens symboliques. Pour la psychanalyse, pas besoin de choisir entre le cognitif et le pragmatique, les deux sont immergés dans des liens affectifs conscients et inconscients. Nos enfants doivent avoir l’éducation, la psychanalyse et la politique qu’ils méritent pour grandir à nos côtés !
Notre époque est-elle si honteuse de ses grands hommes et femmes ? N’a-t-elle que des repentances et des haines à l’égard des dettes symboliques ? Le centenaire de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss nous rappelle la présence intellectuelle et morale de ceux qui sont encore là, comme de ceux qui nous ont quittés. Lévi-Strauss, par sa vie et son œuvre, nous a démontré l’humanité profonde et l’intelligence de ceux que nous trouvions sauvages pour mieux les faire disparaître. Merci à eux qui nous ont fait meilleurs. L’un comme l’autre, et d’autres, nous ont fait ressentir le vacillement entre nature et culture comme division intime de nos cultures et de nos psychismes. Cet équilibre précaire nous laisse la responsabilité de le maintenir et de le transmettre. Barbarie et destruction sont possibles sans être certains. L’humanisation commence dans la petite enfance et va au moins jusqu’à notre vieillesse ! Elle doit nous lier aux autres hommes comme à notre planète. Louons maintenant nos grands hommes, même si ce sont des femmes ! L’enfant n’est pas un sauvage, le sauvage n’est pas un enfant.

Merci Françoise Dolto, merci Claude Lévi-Strauss.

NB : On lira par exemple Jean-Claude Liaudet, Dolto expliquée aux enfants, éditions L’Archipel, et on consultera Les archives Dolto supervisées par sa fille, Catherine Dolto-Tolich. www.francoise-dolto.com.

Serge Vallon





03/03/2009
La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
REN 2018 Valras
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Politiques sociales
Pratiques culturelles
MÉDIAS, ÉDUCATION CRITIQUE et ENGAGEMENT CITOYEN