30 juillet 2009
VST n° 102 (CHEMINER VERS L’AUTISME) - Du contrat social...
 Ajouter au panier

Qu’elles étaient belles ces pages des philosophes découvertes en Terminale,
qui montraient comment l’homme est passé de l’état de
nature à une organisation, une vie en société, régulée non plus par la
force mais par le droit. C’est là ce qui le faisait homme, cette capacité
à faire le pari conscient, lucide, d’une contrainte librement consentie,
dont les bénéfices seraient plus importants que ce qui était abandonné.
La violence était mise de côté, contrôlée par tous, exercée seulement
par certains sur délégation et sous le contrôle de tous, afin de
garantir l’intérêt de tous. De grandes valeurs collectives en sont
issues : la solidarité, l’équité… Plus tard, la psychanalyse, l’anthropologie,
le marxisme viendront interpeller cette représentation paradisiaque
des rapports humains, sans pour autant la remettre en cause
sur le fond.
Le contrat social, c’était aussi la certitude que le but de toute société
humaine responsable est que ses lendemains soient meilleurs pour
tous. Le progrès scientifique, technologique, le progrès des connaissances,
tout cela ne pouvait substantiellement exister que pour le bien
de tous et des générations futures. L’histoire est passée par là pour
relativiser ce positivisme naïf.
Reste cependant la base : nos fonctionnements démocratiques, le
principe de service public, la protection sociale… Et on voit bien combien
cette base peut chanceler : une démocratie élective ignorant la
démocratie permanente, directe. Des services publics attaqués au
nom de la rentabilité économique. Une protection sociale dont la surface
se réduit peu à peu au rythme de choix budgétaires basés sur la
seule responsabilisation individuelle. Un intérêt commun discuté,
combattu au nom d’intérêts individuels ou catégoriels. L’équité qui
fait place à l’inégalité, la charité et l’assistance qui remplacent la solidarité
publique.
Le contrat social, c’était également l’ascenseur social. Mais voici des
années que celui-ci est en panne, et – sauf exception sociale pour
livres d’images à usage de communication politique – si tu travailles
bien à l’école, tu passeras tout de même par l’ANPE. Alors, certains en
concluent que tout ceci n’est qu’un piège ou un tissu de mensonge,
et vive la loi de la jungle basée sur la débrouille individuelle. L’exemple
vient de haut, et de loin : do it yourself !
Et quand les grands dispositifs intégrateurs sont en difficulté, quand
l’espoir d’avenir n’est plus là pour justifier d’accepter de limiter sa part
de liberté et d’autonomie sauvages pour une liberté plus grande
garantie par tous, revoici l’action par la violence publique qui intervient
non plus en dernier recours, mais en première réponse. On
enferme, on condamne, on contrôle, on portiquedesécurité, on rêve
de karcheriser racailles et sauvageons.
Ce beau et grand contrat social n’est pas attaqué que par la frange
de ceux qui ne croient plus qu’en eux-mêmes par désespoir. Il est
transgressé de toutes parts : par la spéculation immobilière, par les
refus racistes ou sociaux de location de petits propriétaires, par les
choix scolaires des classes moyennes qui privent l’école publique de sa
mixité sociale et culturelle, par la banalisation du travail au noir qui
contourne impôt et cotisations sociales, par la confusion construite
entre citoyen et consommateur…
L’alternative est simple, mais le projet est immense : re-faire société
ensemble. Comment y parvenir ? Peut-être déjà, là où c’est possible,
là où on a professionnellement barre sur les organisations collectives,
agir pour que la démocratie et la citoyenneté existent et associent
tous les présents. Groupes de vie, pratiques de l’institutionnel… le
social et la psy ont ici des outils solides et valables. Et en matière d’exclusion,
de souffrance psychique ou sociale, parfois aussi de santé,
chercher systématiquement des réponses groupales, des faire
ensemble, qui permettent que les « usagers » isolés destinataires de
la solidarité nationale deviennent des acteurs de ce qui les concerne.
C’est aussi, dans les mots qui disent toujours l’inconscient, ne plus travailler
« sur » une population, « sur » un quartier, mais dans et avec.
C’est avoir comme posture la question que posait Lucien Bonnafé au
moment de l’invention de la sectorisation de la psychiatrie, à ceux qui
n’avaient rien demandé : « Bonjour, qu’y a-t-il à votre service ? »
C’est l’éternel enjeu du lien social qui revient là, dont les remailleurs
ne peuvent cependant pas être que ceux payés pour recoller, réparer,
rabibocher comme ils le peuvent dans une société défaillante. Maintenir
le lien qui unit, faire ainsi que le contrat social reste partagé par
tous, ce ne peut pas être de la seule responsabilité de ceux qui font le
social par l’éducation, la relation, la santé, l’aide. Parce que social,
dans cette idée-là, cela équivaut à citoyenneté, et que c’est l’affaire de
tous.
Ça ne changera probablement pas d’un seul coup la société individualiste
de ce début de siècle, mais ces possibles à usage des professionnels
font qu’on ne sera pas restés les bras croisés à pleurer sur nos
souvenirs de Platon et de Jean-Jacques Rousseau.

FRANÇOIS CHOBEAUX





30/07/2009
La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE 2017
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Politiques sociales
Pratiques culturelles
MÉDIAS, ÉDUCATION CRITIQUE et ENGAGEMENT CITOYEN