21 janvier 2010
VST n° 104 : (L’ homme pensant est-il encore de saison ?)- Editorial -
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Se tuer au boulot

« Se tuer au boulot », « se tuer à la tâche » : on connaît l’expression
populaire qui qualifie ainsi ceux qui investissent tellement leur travail
qu’ils en oublient le reste, parfois les autres, y laissent quelquefois leur
santé et éventuellement leur peau. Brassens l’a si bien chanté sur le
texte de Paul Fort : « Le petit cheval dans le mauvais temps… ».
On connaît aussi depuis longtemps le travail qui tue, lentement mais
sûrement : les mines, la pêche en mer, la sidérurgie, la métallurgie,
avec des conditions de travail qui ont détruit des générations d’ouvriers.
Accidents, silicose, surdité, alcool pour supporter… On peut lire
à ce propos le beau livre de Martine Sonnet, Atelier 621, qui mêle souvenirs
familiaux et solide travail d’histoire pour parler de la vie et de
l’usure professionnelle des employés des forges et presses chez
Renault.
La souffrance quotidienne au travail, liée non pas à des conditions physiques
éprouvantes mais à des choix souvent lucides de l’encadrement,
est d’identification plus récente. Il a fallu que Marie-France Hirigoyen
publie Le harcèlement moral2 pour que la question soit déposée sur la
place publique. On le savait pourtant depuis longtemps, car pressions
diverses et placardisations ne datent pas d’aujourd’hui.
Les pressions permanentes à la production, les mises en tension, en
rivalité, « l’individualisation des rémunérations », bonus et voyages
pour les bons et « séparation » pour les mauvais, évaluations individuelles
renvoyant à sa propre culpabilité, ne sont pas non plus des
découvertes. Les milieux de la grande distribution, de l’informatique,
de la vente en sont de terribles exemples. Mais jusque tout récemment
on n’en mourait pas, ou du moins pas directement.
Et voici la série de suicides à France Télécom. Que se passe-t-il là de
plus que chez tous les employeurs appliquant avec une terrible efficacité
les techniques les plus modernes du management ? À moins
d’admettre que les employés de France Télécom ont, beaucoup plus
que la moyenne nationale, une structure psychique laissant ouverte la
possibilité de se donner la mort, il faut bien admettre que dans l’enchaînement
suicidaire qui lie une structure psychique personnelle, un
contexte particulier et un événement déclencheur, la responsabilité de
l’employeur est massive en ce qui concerne le déclencheur et n’est pas
sans lien avec le contexte. Il y a là (peut-on en parler au passé ?) le
produit de l’accélération brutale d’un changement, changement de
métiers, de repères, de cadres de travail, négation des compétences
acquises, parfois en plus changements successifs et pressions qui sont
de la pure maltraitance institutionnelle, il y a tout ce qui peut laisser
penser à quelqu’un qu’il n’y a plus d’issue possible et que demain sera
encore pire. Et c’est bien cette souffrance au travail issue des choix
d’organisation, ou plutôt de désorganisation de celui-ci, qui en
pousse certains à bout. C’est également ce qui se passe à la Protection
judiciaire de la jeunesse, où une réforme de fond des objectifs et
des pratiques lamine les références, les pratiques professionnelles, le
sens même du travail. Et là aussi, le suicide a semblé être la seule issue
possible pour une professionnelle qui ne s’y retrouvait plus.
Alors, on peut toujours trouver des éléments qui vont atténuer cette
accusation. Se dire qu’il y a des pathologies particulières, individuelles,
qui ont agi là : peut-être des enchaînements de conduites spectaculaires
sur le versant de l’hystérie, peut-être des mises en spectacle
accusatrices évoquant les conduites paranoïaques. Se dire que les
structures mentales étaient là, de toute façon. Se dire que l’interdit
moral, anthropologique, du suicide une fois levé, le prochain geste en
devient moins inconcevable. Mais de toute façon, il n’y aurait pas eu
ces accumulations et ces accélérations des maltraitances que rien ne
se serait alors passé.
Au XIXe et au XXe siècle, on se tuait au boulot ou on mourait de sa
dureté ; au XXIe siècle naissant, c’est une nouvelle organisation scientifique
du travail qui tue. Quel progrès !

FRANÇOIS CHOBEAUX


1. Éditions Le Temps qu’il fait, 2008. 2. Paris, La Découverte et Syros, 1998.




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